Emmanuel Macron

Le programme économique d’Emmanuel Macron semble rechercher un équilibre entre différentes options ou stratégies : l'une des conséquences de ce choix est que, en 2022, le programme d'Emmanuel Macron rejoint la trajectoire de référence (c'est-à-dire une évolution de l’économie « au fil de l’eau », comme si les administrations continuaient à tourner toutes seules sans changement majeur de trajectoire.) A noter que seules les mesures d'économies et le plan d'investissement que propose Emmanuel Macron ont été chiffrées par ses équipes, nous avons donc completé ce chiffrage avec les mesures de hausses de dépenses publiques que le candidat propose. 

Dépenses publiques

Economies de dépenses publiques dans le Programme d’Emmanuel Macron, en milliards d'euros

Montants en milliards d'euros des mesures détaillées (par an)

Mesures d'économies sur l'Etat (modernisation administrations, responsabilisation des ministères)

23,6

50.000 postes en moins dans la FP

1,2

Instauration d'un jour de carence

0,2

70.000 postes en moins dans la FPT

1,8

Mesures d'économies sur les collectivités (trajectoire à la baisse de leurs dépenses)

8,2

Economies sur l'assurance maladie

15

Economies sur l'assurance chômage (suspension des droits si refus d’une offre  ou recherche insuffisante)

10

Total des économies de dépenses publiques

-60

Hausses de dépenses publiques dans le Programme d’Emmanuel Macron, en milliards d'euros

Montants en milliards d'euros des mesures détaillées (par an)

Revalorisation de 50% de la prime d'activité sur les bas salaires

2

Verser l'assurance chômage aux démissionnaires (c'est l'unique mention dans son programme "officiel")

3

D'ici 2022, 50% des cantines scolaires devront être bio ou circuits courts

2

Prime pour l'achat d'un véhicule propre de 1.000 euros

1

Création d'une banque de données numériques par les administrations chargées d'autoriser les activités et les licences

0,35

Mise en place système de retraite universel, sans toucher à l'âge ni au  niveau des pensions

0

Recrutement de 10.000 policiers et gendarmes + création d'une police de sécurité quotidienne

1,5

Création de 15.000 places de prisons

1,5

Monter le budget Défense à 2% du PIB

8

Aboutir à 12 élèves par classe dans les ZEP + versement d'une prime de 3.000 euros/an aux enseignants des ZEP

0,251

Viser la création de 80.000 nouvelles places dans les filières pro de l'enseignement supérieur et création de 80.000 nouveaux logements pour les jeunes

8,2

Ouverture des bibliothèques le soir et le week end, création d'un pass culture pour tous les jeunes de 18 ans (500 euros)

0,401

Prime de 15.000 euros en 3 ans pour les entreprises qui recruteront en CDI des jeunes vivant localement (banlieue) "contrats francs"

0,751

Valorisation minimum vieillesse 100 euros / mois

0,43

Valorisation AAH 100 euros / mois

0,103

100% remboursé sur les lunettes, prothèses auditives et dentaires

5

Prise en charge par l'Etat des exonérations de la TH pour les collectivités

10

Total des augmentations de dépenses publiques

44,5

Les baisses de dépenses publiques envisagées atteignent 60 milliards d’euros en 2022, de sorte qu’on pourrait rapprocher ce programme de celui de François Fillon, mais les dépenses publiques supplémentaires sont de 44,5 milliards d’euros en 2022, auxquelles il faut ajouter un plan d’investissement dont nous avons estimé le montant annuel à 9 milliards d’euros à cet horizon, ce qui le rapproche du programme de Benoît Hamon… Finalement, l’évolution nette des dépenses publiques en 2002 est de -6,5 milliards d’euros (44,5 + 9 - 60). Si on rapporte ce montant de 6,5 milliards d’euros de baisse nette des dépenses publiques en 2022 aux 1.420 milliards d’euros qu’atteignent les dépenses publiques cette année dans le scénario de référence, on s’aperçoit que l’effort de baisse est tout à fait marginal. On peut même remarquer que dans la première partie du quinquennat, la stratégie repose sur une relance par les dépenses publiques.

Fiscalité et recettes

Baisse des prélèvements obligatoires dans le Programme d’Emmanuel Macron, en milliards d'euros

Montants en milliards d'euros des mesures détaillées (par an)

Fiscalité des entreprises (IS à 25%)

10

Réduction des cotisations salariales (salariés, indépendants, fonctionnaires), Gain 500 euros net par travailleur

10

Baisse des cotisations sociales employeurs de 6 points pour remplacer le CICE et jusqu'à 10 points au niveau du smic

0

Exonération des heures supplémentaires

1

Suppression RSI et doublement plafond pour bénéficier régime fiscal de la micro-entreprise (baisse de charges indépendants)

2,24

Transformation de l’ISF en impôt immobilier

2

Prélèvement forfaitaire unique du capital au taux de 30%

2,3

Baisse de la Taxe d’habitation sur 80% des ménages

10

Total des baisses de prélèvements obligatoires

37,5

Hausses de prélèvements obligatoires dans le Programme d’Emmanuel Macron, en milliards d'euros

Montants en milliards d'euros des mesures détaillées (par an)

Augmentation de 1,7 point de la CSG

17

Mise en place bonus/malus sur les types de contrats : contrats courts, plus de charges

1

Lutte contre la fraude fiscale aux prestations sociales

10

Alignement de la fiscalité du diesel sur l'essence

7

Total des hausses de prélèvements obligatoires

35

Le même balancement ou équilibre est relevé en matière d’évolution des prélèvements obligatoires. Les baisses de prélèvements obligatoires envisagées (Impôt sur les sociétés, cotisations sociales salariés, taxe d’habitation) atteignent 37,5 milliards d’euros en 2022. Elles sont cependant quasiment compensées par des hausses d’autres prélèvements obligatoires (CSG, fiscalité sur le diesel…). L’augmentation de recettes fiscales envisagée est de 35 milliards d’euros en 2022 (une partie provenant d’un renforcement de la lutte contre l’évasion fiscale). Finalement, l’évolution nette des prélèvements obligatoires est très faible (-2,5 milliards d‘euros).

Les faibles évolutions nettes des dépenses et de prélèvements obligatoires du programme d’Emmanuel Macron ne peuvent qu’aboutir à de minimes conséquences économiques. Cet « attentisme gestionnaire » (léger déplacement du point d’équilibre de l’économie sans remise en cause majeure des niveaux atteints par la dépense publique et les prélèvements obligatoires) débouche sur une trajectoire finalement très proche de celle du scénario de référence.

Solde public et dette

La stratégie d’Emmanuel Macron en matière de finances publiques ne  permet pas de revenir à l’équilibre budgétaire au cours du quinquennat. Le solde public demeure déficitaire de 0,7% en 2022 (soit de 17,8 milliards d’euros).

La dette publique atteint 2.481 milliards d’euros en 2022 (93,4% du PIB) et serait tout juste inférieure à son niveau du compte de référence (il convient de noter que le PIB en valeur est lui-même différent entre les deux scénarios, notamment du fait de la plus forte progression des prix dans le scénario « programme Emmanuel Macron » sur une grande partie de la période).

Taux de chômage

Dans un premier temps, le plan d’investissement aurait un impact positif sur la création d’emplois dans les secteurs marchands non agricoles : 61.000 emplois créés en 2017. Par la suite les mesures d’économies de dépenses publiques inversent cette dynamique sans qu’une baisse des prélèvements obligatoires d’ampleur n'accompagne la baisse des dépenses publiques. Ainsi, environ 12.000 emplois par an en moyenne seraient détruits entre 2017 et 2022. En 2022, le cumul des évolutions d’emplois marchands serait négatif : 72.000 emplois marchands détruits. Le taux de chômage atteindrait 9,2% en 2022, 0,2 point au-dessus de son niveau du compte de référence.

PIB et balance commerciale

En 2022, le scénario « Emmanuel Macron» aboutit à un PIB inférieur de 0,25% à son niveau du compte de référence. Cette baisse de PIB par rapport au scénario de référence s’explique par la contribution négative de la consommation (-0,60 point de PIB), du fait des conséquences sur le revenu des ménages des économies de dépenses publiques mises en œuvre et de la hausse de CSG. Le programme n’a aucun effet sur la compétitivité et la contribution du commerce extérieur à la croissance est quasi nulle sur l’ensemble de la période. Seul l’investissement contribue positivement à la croissance dans ce scénario « programme Emmanuel Macron ». Il est à la fois stimulé par les mesures fiscales favorables (baisse l’IS, fiscalité du patrimoine) et aiguillé par les investissements du plan d’investissements publics (50 milliards d’euros répartis sur 5 ans dont 14 milliards d’euros en 2018).

Le programme d’Emmanuel Macron continue à produire des effets au-delà de 2022. En 2027 le PIB est presque revenu à son niveau du compte de référence. La contribution négative de la consommation à la croissance (conséquence de la baisse des dépenses publiques) est à peine compensée par la contribution positive de l’investissement (conséquence du plan d’investissement de 50 milliards  d‘euros et des mesures fiscales).

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