Il vaut souvent mieux être salarié que patron

13 novembre 2008 • Bertrand Nouel

Il y a des coïncidences cruelles. Confidence récente d'un juge au Conseil de Prud'hommes de Paris (depuis 22 ans) : les statistiques montrent que la Cour d'Appel de Paris augmente dans 50% des cas les condamnations d'employeurs prononcées par ce Conseil à l'occasion des litiges pour licenciement. Cela proviendrait selon ce juge, non pas de critères d'ordre juridique, mais d'une attitude des magistrats d'Appel généralement compassionnelle à l'égard des salariés, attitude liée au rôle social que ces mêmes magistrats assignent aux entreprises, qui « peuvent bien payer ».

Autre confidence ces jours-ci, cette fois d'un juge au Tribunal de Commerce de Paris, qui fait part de la sinistrose ambiante, le Tribunal étant accaparé par l'augmentation en flèche du nombre de faillites, lesquelles conduisent maintenant le plus souvent directement au prononcé de la liquidation sans passer par la case du redressement judiciaire.
Les statistiques d'Altares, spécialiste de l'information sur les entreprises, confirment effectivement cette augmentation, qui atteint 17% sur un an, avec 11.407 procédures sur le troisième trimestre et une estimation de 53.000 défaillances sur 2008, chiffre jamais constaté depuis 1997. A noter aussi que cette augmentation touche maintenant particulièrement les entreprises moyennes et grandes, puisqu'elle est proportionnelle à la taille.

Aujourd'hui même encore, les observations du Secours Catholique font état d'une nouvelle population de demandeurs d'assistance, celle des petits patrons et commerçants dont les comptes bancaires sont bloqués.

Il existe en France environ 1,8 million d'entreprises individuelles sans salarié et un million de chefs de très petites entreprises (9 salariés au plus). Le nombre de travailleurs indépendants est quant à lui d'environ 2,3 millions. Autant de personnes non salariées et « petits patrons » qui n'ont aucune sécurité de l'emploi, aucun préavis ni droit quelconque, aucune indemnité de licenciement ni de chômage, parce que le droit du travail ne leur est tout simplement pas applicable.

Il serait temps que les mentalités et discours changent à propos de ces patrons. Ils sont fort peu nombreux à « pouvoir payer » et assumer un rôle social.

Commentaires