II. L'ANVAR du décor

10 septembre 2008 • Bernard Zimmern

Où nous retrouvons pris dans les mailles de l'Anvar notre inventeur de boisson fermentée en bouteille, le k'fir, et où l'on découvre que l'agence publique se fait de la publicité à bon compte...

C'est pourtant sur ce Business Plan que va se réunir la commission régionale d'attribution des aides à l'innovation qui rassemble, entre autres, autour du délégué général de l'ANVAR, seul décisionnaire final de l'aide, les représentants du conseil régional, de la Drire, de la Banque de France, de la trésorerie générale.

Cet aréopage décide, après délibération, d'attribuer une aide de 100.000 euros payable en 2 versements de 60.000 et 40.000. Aucune disposition n'est prise pour ce qui constitue pourtant l'essentiel du Business Plan : l'investissement de la seconde phase.

A ce stade, on ne peut que s'interroger sur l'absurde de la situation : quel est le sens de réunir de telles notabilités pour décider :

- D'un dossier qui est aussi bâti sur du sable
- Où l'on voit mal ce que ces notabilités peuvent amener

- Pour un investissement aussi minuscule ? Les organismes de capital-risque ne commencent à réunir leurs comités d'investissement que pour des montants de l'ordre de 2 millions ; comment l'Etat peut-il penser à jamais mener des opérations qui ne soient pas un gâchis de l'argent du contribuable si, pour des montants aussi faibles, il faut établir un dossier, faire intervenir un expert qui n'est pas gratuit, prendre leur temps à des notabilités qui ont bien d'autres charges. Gageons que pour investir 100.000 euros, l'Etat a bien dû en dépenser presque autant en seuls frais administratifs. Et au bout de ce projet, il n'y a aucune certitude que le projet débouche car sa rentabilité financière n'est pas démontrée, le plus difficile reste à faire.

A quoi sert ce décor ? La réponse apparaît très vite.

Encouragé par les promesses et les aides, Christian M. investit dans l'affaire son temps, et son argent (près de 190.000 euros) et celui de ses proches (40.000 euros). Le produit trouve des clients sur les foires et des contrats avec des distributeurs locaux et nationaux (Grande distribution, Grands magasins parisiens, magasins spécialisés, magasins "de régime"...). De nouvelles idées commerciales émergent pendant la phase de lancement (ajout d'arômes naturels, développement de la distribution en tireuse sur les foires, développement d'une station mobile de distribution…). L'Anvar et le conseil régional se félicitent de ce projet qui brille, les font passer à la radio et dans la presse.

Le 25 janvier 2005, le projet est même retenu par les Masters 2005 de la création d'entreprise du Sénat, et Christian M. se voit remettre au Sénat, dans une cérémonie organisée avec tous les médias présents, un diplôme co-signé par les ministres de l'époque. Les organismes et pouvoirs publics s'offrent ainsi à bon compte une publicité à forte valeur ajoutée qui leur permet de s'afficher en hérauts de l'innovation.

à suivre...