Grève des associations d'usagers de la SNCF

Entretien avec David Charretier

18 janvier 2011 • Agnès Verdier-Molinié

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Mardi 18 janvier, des associations d'usagers de la SNCF ont lancé un mouvement de grève pour protester contre la dégradation du service sur leurs lignes, et notamment de l'augmentation des retards. Nous avons interviewé David Charretier, président de l'AASTP (Association des abonnés SNCF de la ligne Tours-Paris [1]), résidant à Tours et consultant dans une grande entreprise à Paris.

Fondation iFRAP : Monsieur Charretier, vous êtes le président de l'Association des abonnés SNCF de la ligne Tours-Paris. Vous venez de lancer un mouvement de grève des usagers. Qu'est-ce qui a motivé cette grève d'un genre assez inhabituel ?

David Charretier : Ce mouvement de grève est parti de la grève lancée par les usagers de la ligne Le Mans-Paris. Comme d'autres usagers, nous constatons une dégradation de la qualité du service de la SNCF, et notamment une forte augmentation des retards sur la ligne Tours-Paris : 42 heures de retard par abonné en 2010 ! Et ce, alors que les abonnés paient entre 447€ et 560€ par mois pour emprunter cette ligne pour se rendre sur leur lieu de travail. Depuis 2002, le tarif des abonnements a augmenté de 26%, soit le double de l'inflation. En 2011, la SNCF nous annonce une nouvelle augmentation de 2 à 3%.

Notre association a été créée il y a 20 ans et nous travaillons depuis près de quatre ans avec la SNCF pour améliorer la qualité du service. Or depuis 2 ou 3 ans, nous constatons une forte dégradation de la ponctualité des trains sur cette ligne. Cette grève est donc une opération « coup de poing » pour dire à la SNCF que la situation ne peut plus perdurer. Si cette journée d'action ne suffit pas, si nous n'obtenons pas l'indemnisation des 42h de retard par abonné en 2010, la grève des usagers sera reconduite. Nous souhaitons aussi être reçus par la Ministre des Transports, Nathalie Kosciusko-Morizet et que les élus prennent conscience du ras-le-bol des usagers.

Fondation iFRAP : D'après vous, quelle est la raison principale de ces retards ?

David Charretier : Aujourd'hui, nous ne pouvons qu'être observateurs de la dégradation du service, et de ces retards que nous avons comptés. Un des membres de notre association relève l'heure d'arrivée effective de chacun des trains aux heures de pointe, et la compare avec l'heure prévue initialement. En décembre 2010, nous n'avons constaté que 32% de trains à l'heure ! Même Guillaume Pépy (Président de la SNCF), a reconnu le problème en classant la ligne Tours-Paris parmi les lignes « malades ».

Pour expliquer ces retards, la SNCF évoque des problèmes de signalisation, de fermeture de porte, de gestion du trafic, d'acheminement du conducteur… On a même eu des retards pour cause de « feuilles sur les voies » qui empêchaient les TGV de rouler à pleine vitesse !

A titre personnel, je pense qu'à la SNCF, il y a surtout un problème d'organisation et de communication entre les services. Quand un des membres de notre association apprend que son train a percuté un animal sur la voie, il le dit aux autres sur facebook, et je l'apprends dans la minute. Mais les contrôleurs des trains suivants, eux, ne sont pas informés. A la limite, je dirais même que c'est nous qui informons les contrôleurs…

Fondation iFRAP : Quelles sont les conséquences de ces retards à répétition pour les usagers ?

David Charretier : Elles peuvent être dramatiques. Ces retards sont extrêmement pénalisants pour la trajectoire professionnelle des usagers (licenciement, …). En janvier, un grand nombre de salariés a son entretien annuel avec sa hiérarchie, et le problème de la ponctualité est souvent abordé et reproché.

Fondation iFRAP : Quelles sont vos liens avec les syndicats de la SNCF ?

David Charretier : En tant que Président de l'Association, j'ai toujours refusé d'avoir des contacts avec les syndicats. J'estime que nous avons le devoir d'être en-dehors de ce jeu politique.

Fondation iFRAP : Comment comptez-vous développer ce mouvement de grève des usagers ? Allez-vous fédérer d'autres réseaux d'usagers de la SNCF ?

David Charretier : Nos contacts avec les autres associations d'usagers sont pour l'instant très informels, mais fréquents. Ce matin, j'ai par exemple reçu un appel de la ligne Rennes-Paris et nous rebondissons régulièrement sur les différents blogs des uns et des autres. Nous avons eu avec d'autres associations l'idée d'une fédération des usagers des lignes Paris-Province sous forme d'un blog fédérateur, mais ce n'est encore qu'un projet. Il est vrai que les nouveaux outils de communication (web social type Facebook) nous permettent désormais de nous fédérer très rapidement et de lancer un mouvement de grève d'ampleur nationale.

[1] Site Internet de l'association : http://ligne-tours-paris.blogspot.com/

Commentaires

  • Par Robert Erdt • Posté le 02/03/2011 à 09:53 La Bahncard 100, qui donne droit à un an tous trains sur le reseau allemand, coûte € 3800 ICE Grande Vitesse inclus un deuxième. Ca ne suffit même pas pour 10 mois Paris - Tours. Pas de réservation obligatoire - qui empêche la libre circulation des abonnés - attendre jusqu'à prochain train disponible et payer très cher c'est dur. Le salaire en France est moins élèvé qu'en Allemagne (sauf pour les cheminots - là c'est le contraire. Dans le joint-venture Alleo-TGV Est le cheminot français gagne environ le double que son collegue allemand pour le même travail) et le train plus cher. Paris - Tours n'est pas le pire. Depuis 2007 le tarif Paris - Strasbourg a doublé, en période de crise, de € 45 un AS deuxième est passé à ca. € 90. Toute relation corail/TER supprimé en obligeant les voyageurs de payer cher. Guillaume Pepy multiple les périodes de pointe, coupe les réductions en période de crise - la demande baisse. On se pose la question: Est-ce que nous sommes tous bêtes, qui étudient l'économie industrielle en tant que science normative, fondée sur une analyse empirique et une logique théorique - quand les énarques arrivent et ne comparent pas, agissent contre toute logique et donnent très souvent la priorité au prestige et à la presentation et ne pas à la prestation? La solution semble simple: enfin un absolvent d'une université libre à la tête de l'SNCF. La France a des très bons gérants - pourquoi on n'ouvre pas le chemin pour la logique économique et sociale - finissons avec l'énarquie dans les transports publiques.
  • Par stephadc • Posté le 23/01/2011 à 22:20 En fait , vous faite les frais du cadencement ordonné par RFF (Réseau Ferré de France) !

    Il s'agit d'optimiser l'exploitation du réseau en libérant et fiabilisant les sillons(marches des trains) et augmenter la capacité du réseau !

    Donc , pour cela , les dirigeants ont décidés de supprimer les correspondances !

    C'est fait en dépit du bon sens , et ce sont des décisions actées par les politiques à la tête des AO(Autorités Organisatrices)

    Vous devez probablement avoir une association d'usagers vers chez vous , consultez les !
  • Par Claudec • Posté le 20/01/2011 à 19:42 « Fondation iFRAP : Quelles sont vos liens avec les syndicats de la SNCF ? David Charretier : En tant que Président de l’Association, j’ai toujours refusé d’avoir des contacts avec les syndicats. J’estime que nous avons le devoir d’être en-dehors de ce jeu politique. »

    Difficile à croire !

    Les syndicats d'usagers doivent bien avoir leur petite idée sur les causes réelles des dysfonctionnements de la SNCF et du rôle des syndicats de cheminots dans l'affaire ?

    C'est se faire objectivement leur alliés que de pas les dénoncer, et se faire leurs alliés tout court que de réclamer toujours plus de moyens, serait-ce implicitement.
  • Par Denise • Posté le 18/01/2011 à 20:57 j'utilise régulièrement la ligne TER Genève/ St-Etienne et subit non seulement les retards, le surpeuplement du train mais aussi depuis le mois de décembre 2010, des horaires aberrants où chaque correspondance pour St etienne correspond à l'heures d'arrivée du TER à Lyon Part Dieu : 19h21, 21h21 et m'oblige à retarder mon arrivée à Saint-Etienne de 40 mn. Qui peut m'expliquer la pertinence de tout ça? Qui pense à la vie de famille des usagers, aux enfants qu'on laisse plus tarde chez la nourrice? Qui paye? Toujours les mêmes : les usagers! N'y a t'il donc personne pour réfléchir intelligemment à tout ça?