Fonction publique et administration

Xavier de Lesquen - Editea

Un énarque en terre "ultra-libérale"

Etat de choc : Un pays sans fonctionnaire

16 avril 2008 • Julien Lamon

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Qui pourrait ainsi imaginer, en France, que des services publics de qualité, adaptés aux exigences de la société, puissent être délivrés sans aucun fonctionnaire ? C'est pourtant ce qu'a découvert Xavier de Lesquen, énarque français et ex-patron de la société AREVA, au cours des deux années passées dans l'enfer ultra-libéral de la Nouvelle Zélande. Dans un livre agréable à lire, bien documenté et à l'ironie souvent mordante, il nous fait découvrir une vision des services publics aux antipodes de l'héritage français.

La fin du statut de fonctionnaire

L'esprit français « armé d'un cartésianisme en forme de couteau suisse, et qui trouve diverses traductions, dont celle du maintien absolu des acquis sociaux » défend coûte que coûte une fonction publique représentant 21,6 % des actifs, dont 4,3 millions sous statut de fonctionnaire à vie. A l'autre bout du monde, sous les latitudes australes, la fonction publique néo-zélandaise ne représente que 12,7 % des actifs, pour une population totale estimée à 4 millions d'habitants. C'est le fruit d'une réforme menée dans la seconde moitié des années quatre-vingts par un gouvernement travailliste fraîchement élu sur un programme clairement libéral. Entre 1984 et 1995, les effectifs des administrations centrales passent de 88.000 à 35.000 employés. En parallèle, les collectivités territoriales vont passer de 625 à 86. Mais la grande révolution néo-zélandaise réside surtout dans le démantèlement du statut de la fonction publique entamé en 1986 et achevé en 1988 avec la « State Sector Act ». Concrètement, les employés du secteur public deviennent dorénavant des employés comme les autres. Ce vent de réformes (statut de la fonction publique, mais aussi réforme du droit du travail, fin des subventions aux agriculteurs, réduction du budget de fonctionnement de l'administration…) impensable en France va redynamiser une Nouvelle Zélande jusqu'alors moribonde (taux de chômage de 11 %, croissance atone…). Les résultats parlent d'eux-mêmes : le chômage reste durablement en dessous de 4 % depuis 1992, la croissance du PIB est de 2,8% en 2007, le pays se situe au deuxième rang du classement de la Banque Mondiale « Doing Business » de 2007… Toutefois, le récit de Xavier de Lesquen prend un intérêt supplémentaire dans l'attention toute particulière qu'il porte au système éducatif néo-zélandais, qu'il nous fait découvrir au fil des pages.

"Te Ihi, Te Mana, Te Mātauranga - Permettre une pleine éducation"

C'est en effet en tentant de comprendre à quel type d'éducation il va confier son fils, qu'il commencera par se documenter. Ses découvertes, qu'il distille tout au long de son ouvrage, sont édifiantes. "Te Ihi, Te Mana, Te Mātauranga - Permettre une pleine éducation", telle est la devise du ministère de l'éducation nationale néo-zélandais qui, effrontément, ose affirmer : « l'influence du ministère sur l'éducation est indirecte, nous ne fournissons pas les services d'éducation … ». Ce sont en effet les parents et les écoles qui sont au centre du système scolaire, là-bas, comme ici, gratuit (payé par les impôts) pour tous, mais basé sur la liberté et la responsabilité quand notre système se fonde sur la bureaucratie et l'immobilisme.

Les établissements sont en effet indépendants. Gouvernés par un board of trustees regroupant parents d'élèves, principal de l'établissement et un représentant du personnel rendant compte des performances de l'école devant le ministère, ils gèrent de façon autonome leur budget. La liberté est quasi totale : adaptation du programme dans les limites des exigences fixées par le ministère (les « National Education Guidlines » et des « National Curriculum Statements »), choix ou non d'une tenue vestimentaire, choix du recrutement des professeurs (qui n'ont pas besoin de passer par des concours), liberté des parents de choisir leurs écoles, pas de bataillons d'inspecteurs, mais un véritable rôle de management du chef d'établissement… Et les résultats, là encore, sont parlants : les professeurs sont mieux payés et le système éducatif est à la fois plus performant et plus équitable qu'en France, plaçant la Nouvelle-Zélande troisième pour les performances de lecture en 2006 (France 14e), ou cinquième en mathématiques (France : 15e) selon les tests PISA de l'OCDE. Les faits sont décidément têtus…

La dérive de l'Etat omniprésent

Rares sont les livres décrivant honnêtement les résultats concrets des réformes libérales effectuées en Nouvelle-Zélande, modèle de la réussite du libéralisme encore trop peu connu des Français. Il mérite donc le détour pour ceux qui veulent comprendre un peu plus ce pays. S'y ajoute une plongée dans l'histoire de la construction de la fonction publique française, à laquelle l'auteur consacre plusieurs paragraphes nous permettant de comprendre une réalité française qu'il nous résume en ces mots :« Plus l'Etat est imposant, plus il pèse, plus il pèse, plus il pousse les éléments les plus faibles vers le Social ; plus la société se livre au social, plus elle attend de l'Etat ; alors l'Etat, entonnant le couplet de la sincère compassion, de l'ample générosité et de l'impérieuse nécessité, s'alourdit encore. Drapé dans son auguste splendeur, il s'enfonce irrésistiblement, emportant avec lui le Social et le pays. »

On pourra toutefois regretter que Xavier de Lesquen ne s'aventure pas à analyser la stratégie politique du changement ayant conduit à la réussite des réformes libérales dans un pays au préalable englué dans l'étatisme et le marasme économique. Peut-être dans un autre ouvrage ?

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