Fonction publique et administration

L'ENA, l'enseigne de la bureaucratie

A-t-on besoin d'une école pour hauts fonctionnaires ?

15 juillet 2003 • Bernard Zimmern

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Lorsque le rapport Thibault de Silguy nous assène que les pays étrangers nous envient l'ENA, il parle des pays en voie de développement, d'Afrique noire, ou qui émergent du sous-développement comme la Turquie, mais pas un seul pays développé n'a créé une école censée être la voie en principe unique d'accès à la haute fonction publique.

Au contraire, ils cherchent tous et la diversité des formations, et la compétition entre ces formations et, enfin et surtout, des carrières souples permettant d'entrer et de sortir, pas de rester bloqués avec des individus dont l'Etat ne peut se défaire avant leur retraite.

Le seul pays développé qui opère suivant un modèle proche du modèle français, est le Japon où l'Université Impériale de Tokyo constitue le vivier d'où sort la haute fonction publique, notamment celle des Finances. Mais les résultats de ce modèle parlent d'eux-mêmes : société bloquée, corruption, népotisme et au bout du compte chômage ; tous les maux que l'on retrouve à des degrés similaires en France et pour les mêmes raisons.

En fait, l'ENA est une école qui a été créée pour un autre âge, celui où l'Etat devait être un Etat fort et où il avait besoin d'une administration réunissant l'élite du pays. C'était bien le cas à l'époque où il fallait reconstruire la France après la guerre, une France détruite où il était essentiel que l'Etat assure la meilleure allocation des ressources disponibles. Mais très rapidement, dès 1965-1970, la France est rentrée dans l'ère de l'opulence, une ère où l'Etat est plus une gêne ou un fardeau paralysant car le développement de la société ne dépend plus des actes de quelques hauts fonctionnaires éclairés mais de l'énergie, de la rage de créer qui anime ses entrepreneurs.

Sorti des domaines régaliens de la défense, justice et police, le rôle de l'Etat est de se faire aussi petit que possible, sa seule fonction dans le domaine économique et social étant de maximiser le potentiel de développement individuel et non pas de vouloir rétablir une égalité que l'histoire et la nature des choses démontrent comme impossible.

Une nation qui a parfaitement intégré ce modèle est les Etats-Unis où l'Etat, sur le plan économique et social est un nain, et où son rôle essentiel est le maintien d'une concurrence entre les acteurs du privé. Le résultat est une nation qui a créé 50% d'emplois en plus en vingt ans et qui connaît, en fait, très peu de chômage, surtout de longue durée.

En France, au contraire, fonctionnaires et hauts fonctionnaires ont fait de l'intervention du social en économie leur bannière, ce qui leur a permis, au nom de la charité et de l'entraide, de se créer une situation lucrative et des privilèges avec comme résultat une nation française qui dépense deux fois moins pour aider ses malheureux ou ses chômeurs mais où la bureaucratie prélève un pourcentage au moins 5 fois plus élevé du budget social.

Ce qui amène à dire que nous avons besoin de diriger l'élite de nos jeunes vers la création d'entreprises car c'est là que se crée l'avenir et pas vers la fonction publique. Vouloir attirer vers la fonction publique les meilleurs d'une génération, c'est vraiment opérer à contre-histoire.

A lire également dans ce dossier :

- A-t-on besoin d'une école pour hauts fonctionnaires ?

-Pour en finir avec l'ENA

- Une institution à la réputation inversement proportionnelle à la connaissance qu'on en a, par Philippe Raphaël, ancien élève de l'ENA

- "L'ENA, un immense gâchis de talents et d'intelligences !", interview de Michel Fourgous, député UMP des Yvelines

-Embouteillage au sommet de l'administration

-Les énarques dans le privé

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