Fonction publique et administration

Réussite professionnelle : Lindsay Owen-Jones (L'Oréal) vs. ENA

11 février 2011 • Philippe François

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Les élites administratives françaises qui, après Polytechnique, Normale supérieure ou Sciences Po, sortent parmi les premiers de l'ENA, ne sont certainement pas moins brillantes que Lindsay Owen-Jones, le PDG de L'Oréal. Mais lui, après avoir fait ses études à Oxford puis en France à l'INSEAD, a commencé sa carrière en vendant des shampoings Dop aux détaillants en Normandie. Un peu plus tard, il a redressé une filiale en difficulté en Italie.

Au moment de prendre sa retraite, après 23 années passées à la tête de l'Oréal, Lindsay Owen-Jones peut être fier des progrès réalisés par son entreprise. Et la France peut lui être reconnaissante des emplois créés, des impôts payés et des richesses produites. Parti de 20 milliards de francs à sa nomination en 1988, le chiffre d'affaires de L'Oréal approche les 20 milliards d'euros en 2010, et la progression des profits est encore plus spectaculaire.

A 42 ans seulement, Lindsay Owen-Jones (ci-contre) était déjà nommé à la tête de L'Oréal. Faire commencer les carrières sur le terrain n'entraîne donc pas un gâchis des compétences et des talents. A condition bien sûr que la gestion des ressources humaines et des carrières soit considérée comme une tâche critique des hauts responsables et que les promotions ne soient faites ni à l'ancienneté ni aux relations ni en fonction d'un diplôme acquis à 20 ans, mais au vu des résultats acquis sur le terrain.

Où sont vos résultats ?

C'est naturellement la question qui devrait être posée aux énarques qui souhaitent accéder à un poste de responsabilité dans un ministère, par exemple à l'inspection des finances. Et il ne s'agit pas, bien sûr, de résultats scolaires à des examens ni de production de notes et de rapports. Mais de réalisations concrètes, de résultats clairement identifiables et attribuables à l'intéressé. Par exemple, avoir mis en place des procédures qui simplifient de façon significative le travail des entreprises, ou réorganisé des services administratifs conduisant à une baisse des dépenses significative (en millions d'euros), ou redressé la performance d'un hôpital ou d'un EPIC.

Détecter les talents et les promouvoir aux postes adéquats est difficile et les chemins sont parfois surprenants. Il peut arriver que certains, sans jamais quitter la haute administration, les cabinets ministériels et la politique, soient très utiles à notre pays. Mais ce serait quand même bien qu'on insuffle 50% de profil Lindsay Owen-Jones dans notre circuit administratif. On ne risque rien à essayer.

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