Fonction publique et administration

Peut-on réformer l'ENA ?

30 novembre 2004 • Bernard Zimmern

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L'idée même d'une école de formation de fonctionnaires est absurde et aucun pays étranger, sauf en Afrique, ne l'a suivie car on n'y enseigne pas de disciplines comme le droit ou la physique. Tout ce que l'ENA réussit à faire c'est reproduire à l'infini le même modèle et à bloquer l'évolution de la fonction publique. Alors : peut-on réformer l'ENA ?

A notre avis, non, car le concept même d'une école pour former ses fonctionnaires est a priori absurde ; aucun grand pays n'a d'ailleurs copié notre ENA. Même les Japonais, où le pouvoir de l'administration est proche du nôtre, prennent leurs futurs hauts fonctionnaires à l'université.

En quoi y aurait-il une science ou même un art de la Fonction publique ? De la résistance des matériaux ou du droit, oui. Mais de rédiger des circulaires, des discours de ministre ou des notes de synthèse ? Le principe même conduit à cette caricature que nous ont décrite la promotion Senghor et d'autres experts.

Mais dira-t-on, on a créé l'ENA pour éviter la multiplication des concours séparés, du corps de l'Inspection des Finances, du Conseil d'Etat, du quai d'Orsay, etc.

Supprimer l'ENA, c'est retomber dans ce travers.

Ce raisonnement contient dans ses prémices une hypocrisie fondamentale, c'est celle qui consiste à penser qu'il doive y avoir un concours pour rentrer dans l'un des corps susnommés.

Qui dit concours dit alors que ceux qui ont été reçus vont avoir un monopole à vie sur les postes de ce corps. Nous retrouvons les fondements mêmes du mandarinat avec toutes les conséquences et la paralysie qui en découlent.

En fait, il n'y a aucune raison pour que les postes de l'Inspection ou ceux du Conseil d'Etat soient confiés à ceux qui ont réussi un concours quel qu'il soit ; et toutes les raisons au contraire pour qu'entrent au Conseil d'Etat des juges ayant fait leurs preuves dans les tribunaux administratifs, ou à l'Inspection des personnalités ayant eu une carrière dans le privé ou le public où ils ont fait la preuve de leurs capacités.

Et nous touchons là à l'une des grandes réformes qui doit accompagner la suppression de l'ENA : la fin du recrutement des hauts postes de la fonction publique parmi des corps.

Comme la plupart des pays étrangers l'ont fait, la haute fonction publique ne peut plus continuer de se priver des compétences du privé ; elle y fait d'ailleurs appel dès qu'elle n'est plus capable de résoudre les problèmes (ex : T. Breton, F. Mer, etc.)

Ce dont nous avons besoin ce n'est pas de spécialistes de la rédaction d'arrêtés ou de discours ministériels, mais de gestionnaires, car une fois les objectifs fixés par le Parlement, il n'y a pas de différence entre la gestion d'une grande entreprise privée et celle d'une administration.

Ne ferions-nous pas sauter cette barrière que la nécessité nous y pousserait : qui peut encore croire que la haute fonction publique pourra continuer à recruter des jeunes de talent lorsque les seules perspectives qui s'offriront à eux en entrant au service de l'Etat seront de devoir réduire de 30 à 40% les effectifs de gens placés sous leurs ordres ou faire disparaître leur propre service ?

Cet article est tiré du livre Le dossier noir de l'ENA

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