Fonction publique et administration

Lettre ouverte au ministre de la Santé

30 juillet 2007 • Agnès Verdier-Molinié

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Madame le Ministre,

Vous avez été nommée à la tête d'un des plus importants ministères de France. La Santé préoccupe au premier plan les Français. Les dépenses de santé, quelque 140 milliards €, en font le premier poste de dépense financée par les prélèvements obligatoires. Ces dernières années, des réformes ont été entreprises par vos prédécesseurs et le déficit de la branche maladie de la sécurité sociale a été contenu. Et cela a marché : nous sommes passés de 12 milliards de déficit en 2004 à 5,9 milliards en 2006. Revers de la médaille : tous les moyens politiquement corrects de juguler les dépenses et collecter des recettes ont été utilisés : déremboursements, recettes anticipées (sur les PEL de plus de 10 ans par exemple), ticket modérateur de 1 et 18 euros, baisse de consommation d'antibiotiques, médicaments génériques.

Votre mission, Madame le Ministre, sera d'autant plus délicate que les oracles de la santé nous promettaient l'équilibre budgétaire pour 2007 alors qu'aujourd'hui les indicateurs sont tendus à l'extrême, au bord de l'explosion, comme le comité d'alerte l'a déjà annoncé.

Notre très chère "Sécu", déplore aujourd'hui une dette de plus de 100 milliards d'euros qui reposera sur nos enfants et petits-enfants si nous ne l'épongeons pas. Avec 44% de taux de prélèvements obligatoires, nos concitoyens sont déjà parmi les plus ponctionnés de l'Union européenne. Tout nouveau prélèvement pour financer la santé se ferait durement sentir.

Suite à nos travaux sur le sujet, nous venons vous proposer deux réformes qui permettront de traiter les problèmes – au fond cette fois – et, entre autres, de trouver ces 5,9 milliards qui vous font cruellement défaut. Toutes deux concernent les hôpitaux. Ces établissements de soins représentent plus de la moitié des dépenses d'Assurance Maladie. Le poste hospitalier doit donc être en première ligne des réductions potentielles des dépenses maladie mais ce levier lourdement politique n'a quasiment pas été touché par les précédents occupants de l'avenue de Ségur. Les plans Hôpital 2007 et 2012 auront coûté 20 milliards € et, quatre ans après le début de la réforme de la tarification à l'activité impulsée par Jean-François Mattei, les hôpitaux publics ne l'ont pas mise en place tandis que les cliniques l'ont appliquée à 100% en un an.

Son objectif initial était de permettre de faire émerger les meilleurs établissements hospitaliers, de contenir les dépenses de santé, d'évaluer les hôpitaux et, sur le long terme, de faire en sorte que les prix entre hôpitaux et cliniques convergent. Cet objectif a été quasiment enterré tandis que la convergence des tarifs, votée par le Parlement en 2004, est, comme le Dossier Médical Personnel, au point mort. Pourtant, toutes les instances officielles admettent aujourd'hui que les écarts de coûts entre hôpitaux vont du simple au double et que les cliniques coûtent, pour les mêmes actes et les mêmes types de malades, 40% moins cher que les hôpitaux.

Tout cela changerait, Madame le Ministre, si, dans un premier temps, il n'était plus tabou de faire des classements, de dire aux malades : "Faites-vous soigner dans tel ou tel établissement, les soins y sont de meilleure qualité, moins coûteux et vous y serez bien." Pourquoi ne pas créer dès maintenant un site Internet de classement officiel par spécialité des hôpitaux français comme le font nos voisins ?

En second lieu, nous vous proposons, Madame le Ministre, d'expérimenter les bonnes pratiques de pays comme la Suède et dernièrement l'Allemagne qui confient pour les gérer leurs hôpitaux publics – voire leurs CHU – à des cliniques ou à des hôpitaux privés mutualistes. Les résultats sont spectaculaires : réduction des dépenses, réduction des files d'attente, satisfaction des personnels et des malades. Un seul hôpital qui expérimenterait cette solution en France et vous pourriez juger sur les résultats.
Nous vous remercions, Madame le Ministre, pour l'attention que vous nous avez accordée et vous prions de bien vouloir croire à notre plus haute considération.

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