Fonction publique et administration

Les machins en [in]-action

09 janvier 2006 • Léa Cannet

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Cela fait des années que l'iFRAP dénonce le nombre scandaleux de comités interministériels ou observatoires, ces « machins » qui ne servent à rien d'autre qu'à replacer des énarques. Dans « Cet Etat qui tue la France », Nicolas Lecaussin a consacré tout un chapitre à ce sujet. Le député UMP Georges Tron a alerté les pouvoirs publics sur le gaspillage engendré par ces quelque 634 organismes dans un rapport de 2003. Même Nicolas Sarkozy s'est prononcé contre la prolifération de ces comités. Pourtant les machins continuent de pulluler (par exemple la création en décembre dernier d'un Centre de coopération internationale en recherche agronomique pour le développement.)


Certains sujets de société sont devenus de bons prétextes à la création de "machins". Prenons l'exemple de la crise des banlieues. Jean-Louis Borloo avait mis sur pied en 2004 un Observatoire national des ZUS, Zones urbaines sensibles, ayant pour objectif "d'avoir une meilleure connaissance des territoires en difficulté". Mais pourquoi se contenter d'un seul organisme quand tant d'autres questions peuvent être posées ? Car ces émeutes de 2005 ont soulevé des problématiques comme l'intégration, l'immigration, l'exclusion ou la discrimination…

Et sur ces thèmes-là, les journalistes ne devaient pas manquer de sources. Rien que sur la question de l'intégration et de la discrimination il existe déjà 7 machins : le FASILD, (Fonds d'action et de soutien pour l'intégration à la lutte contre les discriminations) créé en 1958 qui a pour but "le soutien à l'intégration des populations immigrées d'une part, et la lutte contre les discriminations d'autre part", le Comité interministériel à l'intégration créé en 1989, l'Observatoire des discriminations (2003), le Haut conseil à l'intégration (2003), l'Observatoire statistique de l'immigration et de l'intégration (2004), la HALDE (Haute autorité de lutte contre la discrimination et pour l'égalité créé en 2004.

Absurdité et inefficacité

Comme si cela ne suffisait pas, certains autres organismes publics font aussi des études sur ce thème. Ainsi en novembre 2002 le Commissariat au Plan a publié un rapport de 410 pages intitulé "Immigration, marché du travail, intégration", la DARES a organisé des colloques comme celui du 9 décembre 2005 sur "la lutte contre les discriminations : initiatives publiques et pratiques d'entreprises", l'Insee et le FASILD ont publié un rapport sur "les discriminations des jeunes d'origine étrangère dans l'accès à l'emploi et l'accès au logement", l'INED a plusieurs projets en cours, notamment une étude internationale poussée sur "l'intégration des immigrés, le devenir des "secondes générations" et l'analyse des discriminations"…

Et ce n'est qu'un aspect du sujet. Si l'on prend la problématique de l'inégalité et de l'exclusion, il n'existe pas moins de 6 machins et plusieurs rapports qui s'y penchent. Et l'on peut répéter ce calcul sur presque chacun des grands sujets de société. (cf. tableau ci-dessous).


Il est certes nécessaire d'essayer d'apporter des solutions à une crise. C'était la mission des premiers organismes. En revanche, comment expliquer la multiplication sur un même thème de comités qui n'ont de différent que le directeur et l'équipe de fonctionnaires ? Ces comités reflètent la politique française, qui, loin de prôner l'action préfèrent les analyses et les palabres stériles.

Commentaires

  • Par pépé le moko • Posté le 04/11/2008 à 09:07 Bien d'accord avec vous mais que peut-on faire ?

    Moi, je ne vois pas. J'ai déjà contacté plusieurs fois mon député sur d'autres sujets, sans aucun succès. Ne me demandez pas son appartenance...

    Bon courage !

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