Fonction publique et administration

Hervé Mariton

"La grande réforme à mener en France, c'est de responsabiliser l'administration"

04 mars 2008 • Agnès Verdier-Molinié

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Entretien avec Hervé Mariton, député de la Drôme, ancien ministre de l'Outre-mer, rapporteur de la mission d'information sur la mesure des grandes données économiques et sociales.

Agnès Verdier-Molinié : L'Assemblée nationale vous a nommé rapporteur d'une mission d'information sur la fiabilité des statistiques (pouvoir d'achat, chômage, croissance). Qu'attendez-vous de cette mission ?

Hervé Mariton : Les Français n'ont pas confiance dans les statistiques publiques et, plus largement, pas confiance dans les chiffres du tout.

C'est un problème quand il s'agit de conduire des réformes économiques, c'est un problème de transparence économique. Résultat, le débat politique français est « anumérique », littéraire et ignore les chiffres. Par exemple : le décalage entre l'inflation ressentie et l'inflation constatée est beaucoup plus important en France qu'ailleurs en Europe. Partout en Europe, l'inflation ressentie est inférieure à l'inflation constatée : en France, c'est le contraire.

L'Insee ne devrait-il pas participer à réconcilier les Français et les chiffres ?

HM : Quand on parle de statistiques, on parle souvent « pouvoir d'achat » et croissance. Il m'est cher, comme à l'iFRAP, que l'on garde à l'esprit la règle d'or « moins d'État = plus de pouvoir d'achat ».

Faisons attention à ne pas lire les statistiques à l'envers et à ne pas dire « plus de pouvoir d'achat = plus d'État » ! Quand on parle du pouvoir d'achat de demain, il convient de faire attention à la dette, aux impôts d'après-demain et aux impôts d'après après-demain.

La qualité scientifique de l'Insee n'est pas contestée. Cependant, il n'y a pas de perfection et évidemment l'Insee a des marges de progrès à faire. C'est pour cela que je proposerais, dans le cadre de la mission qui m'a été confiée, une proposition de loi visant à améliorer la gestion et à redéfinir les missions de l'Insee. Cette proposition de loi, telle que je l'envisage, pourrait permettre, par exemple, de faire siéger des membres de la société civile dans un comité scientifique qui aurait voix au chapitre dans les choix statistiques et stratégiques de l'Insee [1] . C'est ce que j'appellerais « accompagner l'Insee de conseils indépendants » afin que l'Institut national des statistiques ne soit plus juste sous la coupe du seul ministère des Finances. Cette dépendance de l'Insee vis-à-vis de Bercy n'est, à mon sens, pas très saine.

Quel est, selon vous, le principal défaut de l'Administration française ?

HM : Le défaut majeur de l'Administration est sa lenteur, son incertitude, sa politisation. Nous avons de surcroît aujourd'hui une Administration moins loyale qu'il y a quelques décennies.

Et sa principale qualité ?

HM : Par définition, la qualité de l'Administration, c'est un service public de qualité. Cette qualité est-elle au rendez-vous aujourd'hui ? Ce n'est pas clair.

Quelles administrations pourraient être, selon vous, supprimées en France ?

HM : Il conviendrait de supprimer les préfets de Département. Oui aux préfets de Région et non aux préfets de Département.

Quelle serait la grande réforme à mener en France ?

HM : La grande réforme à mener en France, c'est de responsabiliser l'administration et l'obliger à respecter des délais. Le temps est la ressource rare de l'être humain. La Lolf active un peu tout cela mais ne suffit pas. De son côté, le Parlement a un rôle à jouer dans le contrôle de l'Administration mais il doit cesser d'avoir peur de son ombre. Le comité d'évaluation des dépenses publiques prévu au Parlement par la commission Balladur, Jean-François Copé et Bernard Accoyer, est un bon projet mais il faut faire attention à ne pas multiplier les actions vers l'administration au risque de brouiller le message sur l'évaluation des politiques publiques.

Quels sont les atouts de la France dans la mondialisation ?

HM : Les atouts de la France sont sa créativité, sa démographie et sa recherche scientifique dans les secteurs de pointe.

Quelle devise pourrait redonner confiance aux jeunes entrepreneurs de notre pays ?

HM : Je dis aux jeunes entrepreneurs d'aller dans leurs projets : « plus loin, plus vite, plus fort ».

[1] NDLR : rappelons que la seule réforme importante serait, comme dans les pays étrangers, d'interdire à un organisme sur fonds publics d'aller au-delà de la collecte des données statistiques, leur traitement et interprétation étant laissés aux cabinets privés. INS oui, INSEE non !

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