Fonction publique et administration

Interview
Denis Payre, pour le renouvellement de la vie politique

21 novembre 2013 • la Fondation iFRAP

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L'entrepreneur, Denis Payre, fondateur de Business Objects et Kiala, vient de lancer un mouvement politique non partisan, NOUS CITOYENS voulant mobiliser les Français pour lancer les réformes structurelles dont le pays a besoin. En début de semaine, le mouvement publiait ses 6 propositions pour le renouvellement de la vie politique française.

Fondation iFRAP : Vous souhaitez rompre le lien entre la fonction publique et les charges publiques électives (fonction de parlementaires ou exécutif local). La société civile a-t-elle selon vous un plus grand rôle à jouer en politique ?

Denis Payre : Bien sûr ! Il est urgent de recréer de la confiance entre le politique et la société civile car nous sommes dans une situation terrible pour notre démocratie : 88% des Français considèrent que les hommes politiques pensent plus à la conquête du pouvoir qu'à l'intérêt du pays (étude BVA Le Monde de juin 2013) et ils ne sont plus que 1% à ressentir du respect pour leurs représentants (sondage Opinion Way/LCI/ Le Figaro d'avril 2013).

Le poids de la fonction publique est partout écrasant. C'est notamment le cas au Parlement et au Sénat : 43% des députés et 48% des sénateurs sont issus de la sphère publique alors que les fonctionnaires ne représentent que 20% de la population active française. Ces élus ont pour seule référence l'organisation de cette dernière souvent très centralisée et parfois archaïque. Ils ne connaissent souvent pas l'économie ni le monde, ce qui limite leur capacité à prendre les bonnes décisions pour le pays.

Nous avons aussi beaucoup trop de politiques qui raisonnent en termes de carrière, et non pas en termes de mission. Loin de servir l'intérêt général, ils abdiquent souvent devant la difficulté à mener les réformes indispensables pour ne pas compromettre leur réélection.

Fondation iFRAP : La diminution des effectifs publics est au cœur de vos propositions, notamment, à court terme, au travers la réduction du nombre de parlementaires et, à long terme, du nombre d'agents publics dans nos administrations. Comment voyez-vous la réforme du statut public ?

Denis Payre : Actuellement, nous vivons sur un modèle dépassé avec un Etat et une administration omniprésents qui ne font pas confiance à la société civile, que ce soit au niveau national ou local. La France compte des fonctionnaires de qualité, mais trop nombreux. La gestion des ressources humaines du personnel de l'administration est archaïque et ne les pousse pas à donner le meilleurs d'eux-mêmes, d'où une qualité de service parfois médiocre rendue à nos concitoyens et un coût très élevé.

Nous sommes favorables à un très faible renouvellement des départs à la retraite des fonctionnaires, voire à des mécanismes d'incitation au départ. Pour les quelques renouvellements, nous proposons qu'ils soient en majorité faits sous le régime du droit commun du travail. Nous proposerons dans quelques mois des mesures précises de réformes allant dans le sens d'un Etat plus régulateur que producteur.

Fondation iFRAP : Vous proposez de limiter les mandats des parlementaires, des élus locaux et, exceptionnellement en 2017, du président de la République. La politique est-elle selon vous un métier ?

Denis Payre : Les dirigeants politiques veulent nous faire croire que la politique est une affaire de "professionnels". Ils nous ont surtout démontré qu'ils étaient des professionnels de la hausse des dépenses publiques, des réglementations, des impôts, du chômage et de l'endettement du pays. La politique ne doit pas être un métier, mais une mission temporaire durant laquelle un citoyen apporte ses compétences à la collectivité.

Pour renouveler la vie politique, nous demandons une limitation à 2 mandats consécutifs l'exercice d'une même fonction de parlementaire ou de responsable d'un exécutif local d'une certaine taille. La mise en œuvre de ce principe permettrait une renouvellement de 58% des sièges de députés en 2017. Nous voulons également limiter à 4 mandats maximum, pour une même personne au cours de sa vie, l'exercice d'une fonction de parlementaire ou de responsable d'un exécutif local. Compte tenu de la situation de notre pays, le prochain président de la République doit exceptionnellement, selon nous, s'engager pour un seul mandat afin d'éviter toute logique électorale. Enfin, nous souhaitons une égalité d'accès au monde politique pour les personnes issues de la fonction publique et celles issues du secteur privé, ce qui passe notamment pas la démission de la fonction publique des élus qui en sont issus.

Fondation iFRAP : Vos propositions en faveur du renouvellement de la vie politique, principalement de la vie parlementaire, s'inscrivent-elles aussi dans un mouvement visant à donner plus de poids au Parlement ?

Denis Payre : Sans rentrer dans des questions institutionnelles que nous aborderons plus tard, force est de constater que le Parlement joue mal son rôle de représentant du peuple car il souffre de deux maux : un manque de diversité comme nous l'avons vu plus haut et un trop grand nombre d'élus.

Avec 577 députés et 348 sénateurs, la France compte trop de parlementaires. Le nombre d'habitants représentés par un parlementaire aux Etats-Unis est de 566.000, en Allemagne de 104.000, en Espagne de 75.000 et en France de 71.000. La conséquence est triple : le coût de fonctionnement des assemblées est plus élevé, le travail des parlementaires, concernant le vote des lois ou le contrôle de l'exécutif, est moins efficace et on assiste à une inflation législative.

Au-delà du regard novateur que pourrait apporter la société civile il faut un travail plus efficace. Nous demandons pour cela la baisse du nombre de parlementaires.

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