Fonction publique et administration

Fin des « Happy Hours » et lutte contre l'alcoolisme

Les très riches heures du lobby anti-alcool

22 mai 2008 • Julien Lamon

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Après l'interdiction totale de fumer dans les bars, cafés, discothèques, le lobby interventionniste de lutte contre les addictions avance ses pions. Paré de la vertu que lui confère son discours de « santé publique », il s'attaque à une nouvelle liberté : la politique commerciale des bars, restaurants, discothèques et autres débitants de boissons en matière de commercialisation des boissons alcoolisées. N'entrons pas dans le débat sur la privation de libertés au profit de l'intervention de l'Etat nounou, mais jetons plutôt un œil sur les acteurs de la politique de prévention : une bureaucratie associative lourdement subventionnée, bien souvent opaque et aux missions redondantes.

La proposition étudiée par le cabinet du ministre de la santé a été soufflée par la Mildt (mission interministérielle de lutte contre la drogue et la toxicomanie). Cette bureaucratie existe depuis 1994 et entretient le flou le plus complet sur ses actions et son budget. L'iFRAP avait montré dans une enquête que son budget de fonctionnement et d'intervention annuel dépassait les 36 millions d'euros. Clientélisme dans le versement de subventions aux associations amies, exclusion des voix dissidentes, même officiellement autorisées (le comité national d'information sur la drogue en a par exemple fait les frais).

A ses côté, l'ANPAA (association nationale de prévention en Alcoologie et Addictologie), association de loi 1901, presque intégralement subventionnée pour un budget annuel de plus de 60 millions d'euros (88 % de fonds publics, dont moins de 5 % par la Mildt, le reste par l'Assurance maladie et l'Etat). Elle emploie ainsi 1266 personnes et brille surtout par ses campagnes d'actions judiciaires contre les publicités autour du vin.

Il faut également mentionner l'INPES (institut national de prévention et d'éducation pour la santé) qui exerce des missions redondantes pour un budget annuel de 100 millions d'euros. Aux côtés de ces structures le très récent Conseil de la Modération créé par le décret du 14 février 2006 à la suite des états généraux de l'alcool, et qui officiellement « ne se substitue pas aux instances qualifiées en matière de santé publique ou de politique agricole », ajoutant évidemment à l'incohérence et à la gabegie du système.

La Cour des Comptes, dans son rapport annuel 2007 résume bien la situation : « Trois ans après que la Cour ait relevé les hésitations et incertitudes entourant les choix stratégiques en matière de lutte contre l'alcoolisme, le constat reste pour l'essentiel inchangé. […] Les objectifs et seuils de consommation à risque ont été partiellement mis en cohérence, mais les financements dédiés à la lutte contre l'alcoolisme demeurent dispersés. La coordination des acteurs nationaux et locaux reste également insuffisante pour garantir l'efficacité de cette politique. ».

Plutôt que de s'attaquer à de nouvelles libertés, les pouvoirs publics devraient commencer à faire le ménage dans ces structures, et mettre en place une politique de prévention faisant appel en priorité à la responsabilité des buveurs plutôt qu'à l'intervention des administrations.

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