Fonction publique et administration

ENA : petite histoire de rameur

30 novembre 2004 • Bernard Zimmern

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Les chroniques racontent qu'en 1994 aurait eu lieu un challenge d'aviron entre l'équipe de rameurs de l'ENA et ceux d'une université de province. Les rameurs de l'Université brillèrent dès le départ, et arrivèrent avec une heure d'avance sur l'équipe Enarque...

De retour dans les locaux de l'ENA, le Comité de Consultation se réunit pour analyser les raisons d'un résultat si imprévu et déconcertant.

Leurs conclusions furent les suivantes :

1) L'équipe universitaire était formée d'un chef d'équipe et de 10 rameurs...

2) L'équipe de l'ENA était, elle, constituée d'1 rameur et de 10 chefs d'équipe.

La décision fût portée à la sphère de planification stratégique pour l'année suivante, avec une réforme dont les répercussions se feraient ressentir à tous les niveaux de la délégation.

En 1995, lors du départ du nouveau challenge, l'équipe universitaire reprenait une fulgurante avance. Cette fois-là, l'équipe Enarque arrivait avec 2 heures de retard...

La nouvelle analyse du Comité de Consultation rendait les constatations suivantes :

1) Dans l'équipe Universitaire, il y avait 1 chef et 10 rameurs.

2) L'équipe de l'ENA, suite aux réformes décidées par le Comité de Consultation et approuvées par la haute sphère de planification, comprenait :

·Un chef d'équipe

·Deux assistants au chef d'équipe

·Sept chefs de section

·Un rameur

La conclusion du Comité fut unanime et lapidaire : « Ce rameur est un bon à rien ».

En 1996 se pressentait une nouvelle opportunité pour l'équipe Enarque. En effet, le Département du Haut Management de l'ENA, en collaboration avec le Département de Recherche sur les Ressources Humaines de cette même école, avait mis au point une stratégie novatrice qui améliorerait sans aucun doute possible le rendement et la productivité, grâce à l'introduction de substantielles modifications dans la structure. C'était la clef de voûte du succès, l'aboutissement ultime d'une méthodologie qui ferait pâlir d'envie même les meilleurs managers au monde...

Le résultat fût catastrophique. L'équipe Universitaire arrivait cette fois avec 3 heures d'avance sur l'équipe énarque. Les conclusions furent effroyables :

1) Dans un évident but de déstabilisation spéculative, l'équipe universitaire avait opté pour la formation traditionnelle : 1 chef d'équipe et 10 rameurs.

2) L'équipe Enarque avait introduit une formation avant-gardiste :

·Un chef d'équipe

·Deux consultants Qualité

·Un auditeur en empowerment

·Un superviseur de downsizing

·Un analyste de procédures

·Un technologue

·Un contrôleur

·Un chef de section

·Un technicien chronomètre

·Un rameur

Après plusieurs jours d'épuisantes réunions et autant de séances de Brainstorming, le Comité décidait de punir le rameur en lui supprimant ses bourses d'étude et en le radiant de l'école, dont la Grandeur et la Réputation risquaient de se voir ternies par une telle incompétence.

Lors de la réunion de clôture, le Comité, appuyé par le corps enseignant, statuait :

« Pour le prochain challenge, nous engagerons un nouveau rameur, mais par le biais d'un contrat d'Outsourcing, de manière à éviter toute friction syndicale et d'esquiver tout contrat de travail et charges sociales qui en découlent, éléments qui, sans aucun doute, ont jusque-là dégradé l'efficacité et la productivité de nos ressources humaines ».

NDLR : « Toute ressemblance avec des organisations actuelles ou passées... »

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