Fonction publique et administration

Echec de la France, échec de l'Enarchie

30 novembre 2004 • Bernard Zimmern

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Comme le montrent les organigrammes du pouvoir et en a conscience l'opinion populaire, la France est dirigée par l'Enarchie. Mais les multiples désastres financiers auxquels sont associés les énarques, notamment les inspecteurs des finances, depuis le Lyonnais en passant par France-Télécom ou Vivendi montrent que nos "petits messieurs" (Mendès-France) n'ont pas la formation nécessaire, seulement le brillant. Et pourquoi seraient-ils meilleurs dans les politiques publiques, qui va de la lutte contre le chômage au contrôle de la dépense publique, et qui sont une suite d'échecs ?

La liste des échecs des grandes entreprises (à la date de 2006) gérées par des énarques est écrasante.

Dans le système bancaire en particulier où, de 1989 à 1999, la valeur ajoutée du secteur des établissements financiers recule de 27% en francs constants alors qu'il augmente dans la plupart des autres pays (+ 39% en Grande-Bretagne, + 50% aux USA) et dans le reste des services marchands français (+ 17%).

C'est le cas du désastre du Lyonnais, du Crédit Foncier, de l'Agence Française de Développement, le trou que creuse la Banque de France, 900 milliards de francs de pertes de change dans les années 1997-1998 dont les médias n'ont jamais parlé. La banque française s'effondre devant ses concurrents étrangers et de nombreux fleurons sont rachetés par des concurrents européens plus performants.

Ainsi en 2003, selon le palmarès des 100 premières banques européennes réalisé par l'agence Ficht Rating, la première banque française en termes de rentabilité n'est que 22ème.

Dans le secteur des grandes entreprises non financières, ce sont les catastrophes de Michel Bon à France Télécom, de Jean-Marie Messier à Vivendi Universal, de Pierre Bilger et Philippe Jaffré à Alstom, tous énarques, inspecteurs des finances.

Face à ces échecs, le nombre de succès dus à des énarques est infime : lorsqu'on a cité Schweitzer chez Renault, Spinetta chez Air France et Jacques Calvet chez Peugeot, on a cité la quasi-totalité des succès internationaux d'entreprises dirigées par des énarques.

On remarque une corrélation indéniable entre une bonne gestion de l'entreprise et la qualité de non-énarque. Ainsi dans son livre, Les intouchables, Ghislaine Ottenheimer, citant Antoine Bernheim, reprend la liste des plus grandes réussites et leur qualification : Bernard Arnault (Polytechnique), Vincent Bolloré (droit), Serge Kampf (Sciences-Eco, recalé à l'Ena), Martin Bouygues (rien), « Il n'y a pas beaucoup d'inspecteurs des finances ».

Il n'y a pas de raison que « ces jeunes messieurs », comme les appelait Pierre Mendès-France, soient meilleurs dans la gestion des entreprises publiques ou de l'administration, mais l'absence de concurrence masque leur incapacité.

Il faut alors ne pas s'étonner si chaque fois ou presque qu'on aborde une institution publique ou une entreprise publique non soumise à la compétition, elle soit mal gérée.

Les énarques ont en effet envahi tous les secteurs où la concurrence ne sévit pas, où donc les pertes ne sont pas visibles parce que l'Etat comble le trou ou leur confère des prélèvements forcés, véritables taxes parafiscales :

- La SNCF (Louis Gallois, Guillaume Pepy)

- La RATP (Anne-Marie Idrac, Jean-Marc Janaillac)

- EDF (François Roussely)

- La Caisse des Dépôts et Consignations (Francis Mayer)

- Une partie de la radio et télévision publiques

- Même le secteur de la Santé où ils se sont multipliés à l'Assistance Publique de Paris et dans les Agences Régionales d'Hospitalisation où ils occupent plus de la moitié des postes de direction.

Pourquoi seraient-ils meilleurs dans ces positions protégées que quand ils sont dans des postes exposés ?

Et d'une façon générale, pourquoi seraient-ils meilleurs dans les postes de direction du gouvernement ?

Surtout, il n'y a pas de vrai contrôle de l'efficacité de la dépense publique et le ministère des Finances, où ils occupent une position dominante, écrase tout de sa puissance.
Les conséquences en sont les désastres du chômage car ils ne comprennent pas comment se créent les emplois, le gâchis d'argent public car ils refusent que d'autres que des énarques aillent mettre leur nez dans leurs comptes, le non-développement du mécénat car ils craignent que le mécénat privé ne leur fasse concurrence et mette en évidence l'inefficacité publique, notamment dans la Culture, devenue un fief énarchique.

Cet article est tiré du livre Le dossier noir de l'ENA

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