Fonction publique et administration

Cette histoire des 50 000 postes de l’Etat soi-disant vacants…

16 juillet 2015 • Agnès Verdier-Molinié

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Selon la rapporteure du Budget, Valérie Rabault, en 2014, près de 50.000 postes  sur les plafonds d’emplois votés par le Parlement n’auraient pas été pourvus. Elle en fait dans son rapport pour le débat d’orientation budgétaire, un sujet important.

Pourtant c’est un non sujet et le rapport le dit entre les lignes, il y a tous les ans des postes vacants : 46.000 en 2013 et 38.131 en 2012. Pendant ce temps-là, le nombre d’emplois hors plafond d’emplois, c’est-à-dire les emplois dans les agences de l’État et les opérateurs assumés par ces derniers (sans compensation dans les subventions pour charge de service public qui leur sont allouées) ne cessent d’augmenter: ils étaient 49.000 en 2012, ils sont 53.000 en 2014 et ceux-là ne sont pas comptabilisés dans la masse salariale de l’État. C’est d’ailleurs ce qui contribue à faire déraper la masse salariale globale qui tourne officiellement autour des 81 milliards pour l’État mais est en réalité quasiment à 90 si on réintègre les satellites de l’État (en y incluant cependant également les agents sous plafond d’emplois au sein des opérateurs, qui sont rémunérés également hors dépenses de personnel (titre 2) sur les dépenses de fonctionnement de titre 3).

On peut faire un parallèle amusant entre les -17.406 postes  non pourvus dans l’enseignement supérieur et la recherche, et les 39.043 effectifs hors plafonds qui ont été embauchés ces dernières années dans ce même ministère.

Source.

Alors, déplorer que 48.000 postes soient vacants est un peu étonnant quand il faudrait surtout demander que la masse salariale de l’État et des opérateurs soit dûment documentée de manière beaucoup plus fine (ces dernières années, le budget de l’État est le plus vague possible sur le sujet) ; la rapporteure devrait surtout insister pour un meilleur suivi de la masse salariale consolidée de l’État et des opérateurs.  

Il est saugrenu que cette information arrive au moment où l'on comprend que la promesse de maintien des effectifs de l’État ne sera pas tenue par le gouvernement. Et où l'annonce tombe de 8.300 créations de postes pour l'État en 2016. Il est clair qu’il aurait fallu gager l’augmentation des effectifs de défense qui est nécessaire (les effectifs de défense sont passés de 320.612 en 2008 à 265.846 en 2015, soit plus de 50.000 postes en moins) sur une réduction du nombre d’agents dans les autres ministères, notamment en réduisant les effectifs au ministère des Finances. Le gouvernement ne prévoit la suppression que de 2.548 postes aux Finances pour 2016 alors même que les prévisions de départs en retraites pour ce ministère sont de plus de 13.000 par an. Quand le gouvernement annonce le passage au prélèvement à la source de l’impôt sur le revenu, il serait de bon ton d’annoncer aussi des réductions de postes. Les 8.300 postes de plus annoncés pour 2016 pourraient être entièrement gagés de la sorte sans dérapage de la masse salariale.

Evolution des effectifs d'après les premiers élements du Budget 2016 (par rapport à 2015)

Parce qu’il faut souligner que le nombre d’agents publics, y compris les emplois aidés, n’a jamais été aussi important : en 2013 il était de 5,6 millions (y compris environ 180.000 emplois aidés) avec 2,4 millions dans la fonction publique d’État, 1,9 million dans la fonction publique territoriale et 1,1 million dans la fonction publique hospitalière. À titre de comparaison, fin 2010, le nombre total d’agents, y compris emplois aidés, était de 5,37 millions. Soit environ 230.000 agents au total de plus en 3 ans…

Alors, faut-il vraiment s’inquiéter pour les 50.000 emplois non pourvus ou pour les plus de 200.000 postes crées ces dernières années qui portent le coût de la masse salariale publique à 23% du total de la dépense publique annuelle (l’équivalent de la totalité des dépenses de retraites) ?

Ne pourrait-on pas commencer par appliquer les 35 heures de travail effectives dans nos collectivités et nos hôpitaux qui pour la plupart, entre les régimes dérogatoires aux 35 heures et l’absentéisme qui sévit (lien), sont en sous-productivité chronique ? Rien que pour la région Nord-Pas-de-Calais, passer aux 35 heures effectives permettrait plus de 5 millions d’euros d’économies par an. À l’échelle de l’ensemble de la fonction publique territoriale, cela représenterait 1,5 milliard  d'euros d’économies par an…  

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