Fonction publique et administration

Arrêtons de diviser la France entre public et privé

21 avril 2008 • Bernard Zimmern

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C'est un des grands thèmes de ceux qui s'opposent à l'amélioration de la productivité des services publics que ceux-ci ne devraient pas être soumis aux règles d'efficience et à la concurrence, considérées comme une spécialité du secteur privé, dont on sait qu'il est mû par le profit ; le service public, parce qu'il est désintéressé, devrait être selon eux affranchi de ces contraintes mercantiles.
Ce raisonnement fait totalement abstraction du fait que service public et secteur privé forment une même communauté et que l'une ne peut vivre indépendamment de l'autre.

Si le secteur privé s'effondre, où prélever l'impôt et avec quoi continuer de payer nos fonctionnaires ? Inversement, si le secteur public livre des prestations très en dessous de celles que l'on trouve dans les autres économies européennes, si les trains sont plus en retard, les lettres plus longues à arriver, les transports perturbés par des grèves à répétition, les répercussions sur le secteur privé sont graves ; déjà, les grandes entreprises japonaises ont établi le siège de leurs filiales européennes à Londres ou Dusseldorf, Paris étant simplement l'arrêt détente et plaisirs. Sommes-nous proches de devenir le parc de loisirs des chinois riches ? Les fonctionnaires n'ont pas bien mesuré ce que l'excès d'emplois publics coûte à la communauté.

Dans une étude qui remonte à plus d'une dizaine d'années mais qui reste encore parfaitement utilisable, l'OFCE, cet institut économique financé en grande partie par Sciences Po et dirigé par Jean-Paul Fitoussi, qui fut conseiller économique de Lionel Jospin, Premier ministre, a pu calculer qu'une augmentation de dépense publique de 73.354 euros se traduit par une disparition d'un emploi dans le secteur privé si elle est financée par la TVA ; seulement 43.500 euros suffisent à assurer cette destruction si le financement se fait par la taxe professionnelle. En face de ces chiffres, il faut rappeler que les 2,5 millions de fonctionnaires d'Etat coûtent 120 milliards en traitements et 161 milliards si on ajoute leurs retraites soit, par fonctionnaire, 48.000 euros sans retraites et 64.400 avec retraites.

On voit donc qu'un fonctionnaire supplémentaire entraîne mécaniquement en gros la disparition d'un emploi dans le secteur privé. En effet, lorsque l'Etat accroît ses prélèvements, comme les revenus ne sont pas expansibles, il oblige en fait les Français à acheter plus de services publics et donc moins de biens et services fournis par le privé. D'une certaine façon, si l'on compare la feuille de paie d'un salarié français et celle d'un Anglais, d'un Espagnol, de tous ces pays où les prélèvements obligatoires sont beaucoup plus faibles, il est clair que le pouvoir d'achat des Français est mangé par l'excès bureaucratique. Si encore, pour notre argent, nous avions des services super-performants… Mais c'est l'inverse qui se passe.

Bien que la Poste avec son directeur Bailly ait fait des progrès, elle est encore loin des performances de ses collègues européens en matière de délais. Nous avons depuis longtemps démystifié l'idée que la SNCF avait moins d'accidents que les chemins de fer anglais ; et parlez donc des retards ou simplement de régularité à tous les banlieusards du réseau de la gare du Nord.

Quand il y a trop de monde dans une institution, n'importe quel jeune qui débute dans le conseil en organisation sait que cela désorganise les services, la pression individuelle n'étant plus de satisfaire l'usager mais de justifier son job quitte à multiplier les contrôles ou les paperasses inutiles. Et nous savons tous que les administrations sont encombrées de gens placardisés, dont on ne peut se libérer à cause du « statut » et que l'on garde à ne rien faire. Cela va des ambassadeurs du Quai d'Orsay au pool de secrétaires condamnées à tricoter pour s'occuper. Tout cela conduit à s'insurger contre la fausse réforme actuellement en cours d'élaboration consistant à diminuer le nombre de corps, et donc de statuts, en imaginant des corps par métiers. Cela va peut-être améliorer un peu la gestion des personnels publics à la marge mais va continuer à faire perdurer deux France : l'une embauchée sur contrat et théoriquement révocable même si les conventions collectives peuvent rendre des renvois exceptionnels ; l'autre embauchée sur concours et qui, dès qu'elle a réussi, est assurée d'un emploi à vie.

Le modèle du genre : l'ENA.

Il ne faut plus qu'il y ait deux France : le service public ne présente pas de difficultés si importantes qu'il ne puisse recruter sur titres et sur contrats comme le font les entreprises privées, grandes ou petites. On nous donne toujours comme modèle les réformes du Canada ou des USA. Mais, dans ces pays, le personnel public n'a pas de statut, pas d'emploi à vie.

Même les juges ne sont pas comme chez nous recrutés à 20 ans sur la foi d'un concours et d'une école mais après 45 ans et des années d'expérience passées dans des cabinets d'avocats privés. Si au lieu d'écoles comme celle de la magistrature, de Rennes ou de l'ENA, nous avions des embauches dans le service public sur dossier, avec la preuve d'une carrière derrière soi, nous n'aurions plus probablement les scandales d'Outreau et 80% du personnel de l'Inspection des finances qui est partout, à pousser sa carrière, sauf à l'Inspection.

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