Évaluation des programmes économiques des candidats à l'élection présidentielle

Qui baissera les dépenses ? Et les impôts ? Qui fera reculer le plus le chômage ? Qui atteindra le meilleur taux de croissance ? Grâce à un modèle économétrique universitaire, Nemesis, la Fondation iFRAP a évalué les mesures des candidats à l'élection présidentielle dont nous avons pu détailler les programmes  : François Fillon, Benoît Hamon, Marine Le Pen, Emmanuel Macron et Jean-Luc Mélenchon (pour consulter toutes les propositions des candidats, rendez-vous sur notre comparateur des programmes). Lorsque les candidats ont produit, eux-mêmes, le chiffrage comptable de leurs mesures (ampleur des baisses de dépenses ou des allègements de prélèvements obligatoires), nous les avons respecté et nous n'avons complété que les éléments manquants. Ces modélisations représentent donc le scénario d'application complète des promesses des candidats sur leurs quinquennats ainsi que les répercussions que leurs politiques auraient jusqu'en 2027. 

Les évaluations sont réalisées en considérant un scénario de référence (une évolution de l’économie « au fil de l’eau » sans mise en place de réformes). Il s'agit d'une prospective d’évolution de l’économie française, comme si les administrations continuaient à tourner toutes seules sans changement majeur de trajectoire. Ce scénario a été bâti à partir des projections de Bercy pour la période 2017-2019, puis à un peu plus long terme. 

Dépenses publiques

La marche à gravir pour redresser l’économie de la France est haute. Cela ne se fera pas avec des demi-mesures.

C'est un fait nouveau dans une campagne présidentielle mais deux candidats se positionnent sur une véritable stratégie de baisse des dépenses publiques, annoncée et chiffrée lors de la campagne. François Fillon promet ainsi 100 milliards d'euros d'économies (mais seulement 84 milliards d'euros d'économies, une fois les hausses de dépenses prisent en compte) quand Emmanuel Macron en promet 60 milliards (mais seulement 15,5 milliards d'euros d'économies, une fois les hausses de dépenses prisent en compte. Une stratégie qui s'accompagne d'un plan d'investissement de 50 milliards d'euros). 

Emmanuel Macron détaille les 60 milliards d’économies de la façon suivante : 25 à la charge de l’Etat, 15 à la charge de l’Assurance maladie, 10  sur les dépenses des collectivités locales, via un dispositif de bonus/malus et la contractualisation (certainement par une reprise des baisses de dotations de 2 milliards/an), et 10 pour l'assurance chômage. Pour le détail des économies chez François Fillon, on ne trouve pas forcément beaucoup plus d’éléments, avec un gros bloc de 50 milliards d’économies sur l’Etat et les collectivités pas très détaillé. Concernant l’Assurance chômage, le candidat des Républicains espère, comme son concurrent, réaliser 10 milliards d’économies grâce à une baisse du nombre de demandeurs d’emploi en durcissant les règles de versement des indemnités, en plafonnant le taux de remplacement à 75% et en introduisant de la dégressivité. Pour l’Assurance maladie, Emmanuel Macron propose d’économiser 15 milliards d’euros tout en proposant de rembourser à 100% l’optique, le dentaire et même les audioprothèses à l’horizon 2022. Même stratégie chez François Fillon. 

Au final, tous les deux font donc diminuer le poids des dépenses publiques dans le PIB : celui-ci atteint 51,3% en 2022 pour François Fillon et 53,5% pour Emmanuel Macron contre 53,9% dans le scénario de référence. Un objectif raisonnable est en effet de viser les 50% de dépenses publiques par rapport au PIB pour ramener la France dans la moyenne (haute) de l'Union européenne.

C'est une stratégie très différente que propose les autres candidats qui, malgré le niveau élevé de la dette publique et le solde public encore largement déficitaire neuf ans après la crise économique et financière, font le pari d’un dérapage budgétaire qui, à leurs yeux, permettrait le retour de la croissance. Cela concerne Jean-Luc Mélenchon, Benoit Hamon, Marine Le Pen et… même Emmanuel Macron la première année.

Il y a néanmoins une certaine différentiation dans la stratégie « aventurière » de hausse des dépenses publiques. Dans le programme de certains candidats (Benoît Hamon par exemple) elle s’accompagne d’une hausse parallèle des prélèvements obligatoires (afin de maintenir un solde public « présentable » pour la Commission européenne). Chez d’autres, qui remettent en cause l’appartenance de la France à l’Union européenne ou à la zone euro, le dérapage budgétaire est plus clairement assumé (Marine Le Pen, Jean-Luc Mélenchon). Les mesures de Benoit Hamon laisse donc les dépenses publiques stables au niveau élevé qu’elles ont atteint ces dernières années (autour de 56%) alors que Jean-Luc Mélenchon et Marine Le Pen, qui ont des programmes bâtis autour de nombreuses dépenses supplémentaires et interventions accrues du domaine public, aboutissant à une hausse extrêmement forte du poids des dépenses publiques qui atteindrait 61,6% en 2022 avec le programme de Marine Le Pen et 62,4% dans celui de Jean-Luc Mélenchon.

Fiscalité et recettes

La question de la pression fiscale est au coeur des préoccupations des Français. Face à cela, trois stratégies fiscales différentes sont proposées par les candidats :

  • Le stato quo pour Emmanuel Macron et Marine Le Pen dont les propositions de baisses et de hausses fiscales se compensent, les laissant suivre la strajectoire de référence. Les deux candidats compensent cette stabilité fiscalité par des mesures sur les salaires et les charges pour rendre du pouvoir d'achat aux ménages. 
  • La hausse des prélèvements obligatoires pour Benoit Hamon et Jean-Luc Mélenchon qui ont choisi de financer une partie de leur surcroît de dépenses publiques par un accroissement sensible des prélèvements obligatoires. En 2022, le taux des prélèvements obligatoires atteint 46,5% avec le programme de Jean-Luc Mélenchon et 46,1% avec celui de Benoît Hamon soit respectivement 2 et 1,6 points au-dessus du niveau de la trajectoire de référence.

La hausse de fiscalité programmée par Jean-Luc Mélenchon n’est d'ailleurs pas suffisante pour permettre de compenser le surcroît très important de dépenses publiques. Par ailleurs, cette stratégie de dérapage budgétaire, dont nous avons considéré qu’elle affolerait les marchés financiers et aboutirait à une hausse des taux de rendement des obligations d’Etat, amène un alourdissement des charges d’intérêt sur la dette, ce qui détériore encore le solde public. En 2022, la stratégie du programme de Jean-Luc Mélenchon amènerait un déficit public de 8,6% du PIB. Nul doute qu’une inflexion dans cette stratégie aurait lieu avant d’aboutir à ce niveau très élevé de déficit

  • La baisse des prélèvements obligatoires pour François Fillon qui propose une stratégie de "contre-choc fiscal" : toutes les baisses desprélèvements (principalement sur les entreprises et les charges) auraient lieu la première année, soit en 2018, avant une stabilisation (notamment par la hausse de la TVA) pour about à 0,7 point en-dessous de la trajectoire de référence (43,8% en 2022 avec le programme Fillon contre 44,5% dans le scénario de référence). 

Solde public et dette

La stratégie de dérapage budgétaire de Jean-Luc Mélenchon et Marine Le Pen font d'eux, les candidats qui vont le plus dégrader le solde budgétaire (jusqu'à -7,5 et -8,9% du PIB). Ils sont donc, sans surprise, les deux seuls candidats à faire passer la dette au dessus du seuil des 100% et ce, dès 2018 pour atteindre les presque 115% d'endettement en 2022. 

  • La mise en place du programme de Marine Le Pen pèserait très fortement sur le solde public qui serait déficitaire de 9,1% en 2022 (soit 254 milliards d’euros). Ceci provient à la fois des nombreuses dépenses nouvelles engagées mais également du surcroît d’intérêt de la dette (dette plus lourde et envolée des taux d’intérêt qui atteindraient 10% à partir de 2019).
  • Pour Jean-Luc Mélenchon, la hausse de fiscalité programmée n’est pas suffisante pour permettre de compenser le surcroît très important de dépenses publiques. Par ailleurs, cette stratégie de dérapage budgétaire, dont nous avons considéré qu’elle affolerait les marchés financiers et aboutirait à une hausse des taux de rendement des obligations d’Etat, amène un alourdissement des charges d’intérêt sur la dette, ce qui détériore encore le solde public. En 2022, la stratégie du programme de Jean-Luc Mélenchon amènerait un déficit public de 8,6% du PIB. 
  • La stratégie de Benoit Hamon apparait comme contrôlée dans une moindre mesure puisqu'il serait en 2022 à 1,4% du PIB en dessous du scénario de référence. Un dérapage "contrôlé" grâce à sa stratégie de hausse de la fiscalité qui lui permet de présenter un solde des administrations publiques proche du niveau de référence, malgré les dépenses nouvelles engagées (revenu universel, hausse du point d’indice dans la fonction publique…).
  • La stratégie d’Emmanuel Macron en matières de finances publiques ne permet pas de revenir à l’équilibre budgétaire au cours du quinquennat. Le solde public demeure déficitaire de 0,7% en 2022 (soit 17,8 milliards d’euros).
  • La mise en place du programme de François Fillon permet de dégager des excédents budgétaires en 2022. Le solde public est excédentaire de 0,7% en 2022 (soit 19 milliards d’euros) ce qui permet de faire diminuer significativement le poids de la dette.

Taux de chômage

Comme le montrent les graphiques suivants sur l’évolution de l’emploi marchand et du taux de chômage, la stratégie médiane choisie par Emmanuel Macron de faibles économies de dépenses mais également de faible baisse des prélèvements obligatoires apparaît peu favorable à la création d’emplois marchands (537.000 emplois marchands créés sur la période soit 72.000 de moins que dans le compte de référence).

La stratégie tournée vers l’amélioration de la compétitivité des entreprises choisie par François Fillon est celle qui permet la création du plus grand nombre d’emplois marchands sur la période (717.000 emplois marchands créés sur la période avec le programme de François Fillon soit 109.000 de plus que dans le scénario de référence).

Les stratégies de hausse des dépenses publiques pour stimuler la croissance (Benoît Hamon, Jean-Luc Mélenchon, Marine Le Pen), dont on a vu précédemment les incidences sur les prix et la compétitivité, sont finalement décevantes en matière de création d’emplois marchands (chez Marine Le Pen, la sortie de l’euro en 2019 renforce les effets négatifs sur l’emploi). Sur la période, la stratégie de Benoît Hamon permet la création de 551.000 emplois marchands (57.000 de moins que dans le scénario de référence), celle de Jean-Luc Mélenchon 531.000 (78.000 de moins que dans le scénario de référence) quand celle de Marine Le Pen en détruirait 324.000 (soit 933.000 emplois marchands en moins que dans le compte de référence).


En 2022, le taux de chômage est ainsi de 8,6% avec le programme de François Fillon, 9,2% avec celui de Jean-Luc Mélenchon, Emmanuel Macron et Benoît Hamon, 12% avec celui de Marine Le Pen (contre 9% dans le scénario de référence).

PIB, balance commerciale et inflation

Une autre variable économique qui permet de saisir les dynamiques économiques à l’oeuvre dans les différents scénarios est l’évolution des prix (ci-dessus saisie par le taux de croissance du déflateur du PIB). La stratégie de baisse de la fiscalité chez François Fillon, cumulée avec une stratégie de baisse des dépenses publiques, a des effets déflationnistes. C’est le seul candidat dont l’indice du prix du PIB croît plus lentement que dans le scénario de référence sur l’ensemble de a période (taux de croissance moyen de 1,1% sur la période 2017-2022 contre 1,3% dans le scénario de référence). Les autres candidats, par leurs stratégies de hausse de la fiscalité et d’augmentation des dépenses publiques (prestations sociales, augmentation des salaires dans le secteur public…), voient les prix progresser plus vite que dans le scénario de référence.

Il faut nuancer ce constat pour Emmanuel Macron dont la montée en charge des baisses de prélèvements obligatoires et des économies de dépenses publiques finit par peser sur la progression des prix en fin de quinquennat (le déflateur du PIB croît de 1,4% en moyenne sur la période et de 1,5% en 2022 contre 1,6% pour le scénario de référence). Le déflateur du PIB croît de 1,8% en 2022 avec le programme de Jean-Luc Mélenchon (1,7% en moyenne sur 2017-2022), de 2% avec le programme de Benoît Hamon (1,7% en moyenne sur 2017-2022) et de 3,1% en 2022 avec le programme de Marine Le Pen (3,2% en moyenne sur la période 2017-22).

Ces différences d’évolution des prix expliquent en partie les évolutions de compétitivité et donc les variations du solde commercial sur la période. Les stratégies inflationnistes ou de gonflement de la croissance par les dépenses publiques détériorent la balance commerciale, parce qu’elles entravent les exportations (hausse des prix relatifs par rapport à nos concurrents) ou qu’elles stimulent les importations (hausse de la consommation des ménages français par de la distribution de pouvoir d’achat sans que le système productif français soit en mesure de répondre compétitivement à cette demande).