Europe et international

Une réduction drastique des dépenses publiques est attendue au Royaume-Uni

20 mai 2010 • Bertrand Nouel

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Au Royaume-Uni, le nouveau gouvernement issu de la coalition entre conservateurs et libéraux ne va pas y aller de mainmorte pour réduire ses déficits. Comme toujours, des mesures de réduction des dépenses publiques vont être mêlées à des prélèvements sociaux et fiscaux.

Du côté des prélèvements, le Royaume-Uni s'était laissé de la marge puisqu'ils sont actuellement inférieurs globalement d'environ 5 points aux prélèvements français. Donc la cotisation employée aux assurances sociales (National Insurance) va passer de 11 à 12%, et la Capital Gains Tax (plus-value sur le capital) risque de passer de 18 à 40%, cependant que le seuil de l'impôt sur le revenu doit en principe être augmenté jusqu'à 10.000 £, ce qui laisserait 3,6 millions de contribuables hors du champ d'imposition. Une hausse de 2,5 points de la TVA (de 17,5 à 20%) est aussi attendue.

Ce qui surprend le plus est néanmoins le montant de la réduction des dépenses publiques dont il est question : pas moins de 60 milliards de livres (l'équivalent d'un peu moins de 70 milliards d'euros) sur une durée de cinq ans, voire plus brutalement encore pour frapper fort tout de suite au lieu de risquer de ne pouvoir aller jusqu'au bout des mesures. Mieux vaut aller très vite, ce qui permet de voir le bout du tunnel plus tôt.

Dans ces mesures figurent des coupes dans les prestations sociales (allocations logement et prestations aux handicapés), et on envisage même la mise sous condition de ressources des allocations familiales (comme en France il y a douze ans, mais l'initiative est restée sans suite). Le gouvernement a regardé ce qui s'était fait ailleurs pour réduire les déficits publics, en matière de ratio entre la réduction des dépenses et l'augmentation des prélèvements : 7 contre 1 au Canada dans les années 1990, 2 contre 1 en Suède, et il pense adopter quant à lui un ratio de 4 contre 1.

Tout ceci pourrait donner à réfléchir à nos édiles. Bien sûr les syndicats d'Outre-Manche ne resteront pas les bras croisés, mais les Britanniques sont pragmatiques et énergiques. Churchill avait osé ne promettre rien d'autre que de la sueur, du sang et des larmes, et plus près de nous la Dame de Fer n'avait pas reculé. Nécessité fait loi.

On aimerait voir notre gouvernement s'engager pareillement dans des mesures concrètes. Aujourd'hui s'ouvre la « conférence sur les déficits » avec le boycott annoncé des collectivités locales menacées du gel de la dotation de l'Etat, et l'on débat philosophiquement de la question d'introduire une règle constitutionnelle à l'allemande imposant un maximum de déficit. Par ailleurs les annonces gouvernementales de gel des dépenses publiques en valeur ou encore la réduction de 10% des dépenses de fonctionnement et d'intervention de l'Etat sont vagues et largement insuffisantes pour combattre un déficit de 100 milliards €.

On retrouve en France la politique des « injonctions contradictoires » : ne pas casser la croissance tout en réduisant les déficits mais il faut maintenant trancher, et il est illusoire de compter sur un consensus politique. Il nous faut un discours de vérité et des mesures concrètes, claires et de nature à résoudre le problème, même si cela signifie « de la sueur et des larmes ».

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