Europe et international

Quel véritable lien entre investissement et emploi ?

Partie II.3 Allons chercher la croissance !

22 février 2008 • Agnès Verdier-Molinié

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Par Sandrine GORRERI, Responsable des Études statistiques de l'IFRAP.

Je vous présente une synthèse des résultats d'études statistiques menées à l'IFRAP.

Depuis 1999, l'IFRAP étudie le lien création d'entreprise/capitaux/création d'emplois. Dès 2003, nous avons demandé à une société spécialisée qui s'appelle le pH Group, qui compile dans une base de données les résultats, les bilans des entreprises françaises et anglaises, de nous fournir des résultats sur les gazelles. C'est-à-dire ces champions économiques, ces jeunes entreprises au fort potentiel de croissance susceptibles de créer massivement de l'emploi. Nous avons donc défini ces gazelles comme des entreprises capitalisées avec plus de 100 000 euros au départ.

La force du financement en amorçage en l'Angleterre

Cette étude révèle plusieurs points. La France crée environ 3 000 gazelles par an, contre 4 500 au Royaume-Uni. La différence importante réside dans le fait que ces jeunes entreprises anglaises mobilisent dès leur création beaucoup plus de capitaux que leurs homologues françaises. Cela permet une croissance très rapide de l'entreprise en termes de capitalisation et directement en termes d'emploi. En sept ans, les effectifs sont multipliés pratiquement par quatre en Angleterre.

Il faut souligner cette force du financement en amorçage au Royaume-Uni. Selon différentes estimations, le Royaume-Uni arrive à mobiliser pour le financement en amorçage environ 9 milliards d'euros là où la France ne mobilise que 2 milliards environ.
Cette étude a été pour nous un véritable enseignement. Nous l'avons poursuivie en 2007 pour affiner la recherche. Nous nous sommes intéressés à la vitesse de croissance de ces entreprises. Non seulement les entreprises anglaises ont possibilité de croître avec des capitaux beaucoup plus importants, mais elles croissent plus vite. En détail, les graphiques montrent que le pourcentage d'entreprises dont les capitaux ont doublé entre 2003 et 2007 est double au Royaume-Uni par rapport à la France, et particulièrement pour les plus jeunes entreprises et pour les plus petites. C'est-à-dire ces entreprises capitalisées jusqu'à 1 million d'euros. Cela montre que les entreprises anglaises mobilisent beaucoup plus de capitaux et croissent beaucoup plus vite que les entreprises françaises.

« Pourquoi les entreprises françaises restent-elles atones ? »

Pourquoi n'arrivent-elles pas à mobiliser cet argent ? Selon un constat largement partagé aujourd'hui, les financements en amorçage ont surtout été le fait d'investisseurs institutionnels, que ce soient des investisseurs privés ou publics, qui n'ont malheureusement pas la possibilité d'intervenir dans cette phase de démarrage, d'amorçage. C'est un point-clé, nous l'appelons communément le « trou de financement », qui se situe au départ de ces entreprises, au début de la chaîne de financement. Pourtant, il est indispensable pour les entreprises de trouver les 100 000 à 1 million d'euros, premiers capitaux pour démarrer. Pour des sociétés de capital-risque, pour des fonds d'amorçage, pour des incubateurs, il est beaucoup plus facile d'intervenir au-delà d'un certain seuil. Ils ont alors les moyens d'amortir les frais d'études, de recherche. Au-dessous de ce seuil, quand un projet est hors-norme, il est très difficile pour des institutions de faire le pari sur un projet un peu déviant qui pourtant pourrait être un champion économique de demain.

Voilà le problème crucial à notre avis en France. Cela a été confirmé par un certain nombre d'études récentes. L'agence publique OSÉO a publié récemment des chiffres sur les PME innovantes qu'elle accompagnées. Elle montre que malgré les efforts financiers le niveau des effectifs reste très modeste. Une chercheuse au CNRS a publié récemment dans Le Monde un article qui dégage l'idée suivante : « 20 ans de soutien à la création d'entreprises ont conduit à la multiplication de très petites unités exclues des grands courants d'échange économique. » Elle incrimine les remèdes administrés par la France pour soutenir les PME, alors que le problème numéro 1 est celui du financement en amorçage.

Il faut combler ce retard que toutes les sources confirment, tant les enquêtes auprès de réseaux de Business Angels que les chiffres macro-économiques des études du pH Group. Ce retard est d'environ 7 milliards d'euros : 10 milliards environ de financement en amorçage au Royaume-Uni contre 2 milliards d'euros de financement en amorçage en France.

Conséquences du retard de financement en amorçage en France : l'emploi

La conséquence est la suivante. Je reprends le graphique que Bernard ZIMMERN vous a présenté en introduction. La conséquence porte bien évidemment sur l'emploi marchand. L'emploi marchand ne se développe pas en France. La France n'a pas ces entreprises capables de devenir les champions de demain. Cela se confirme dans un certain nombre de palmarès internationaux : le Royaume-Uni a beaucoup de jeunes grosses entreprises, là où la France n'a malheureusement que de vieilles grosses entreprises. Les termes ne sont pas élégants, mais ils sont parlants : nous ne sommes pas suffisamment capables pour l'instant de créer ces champions économiques de demain. L'impact, bien entendu, est sur l'emploi. Nous avons un retard de 6 millions d'emplois marchands. Pour nous, il semble indispensable de mettre « le feu sous la cocotte » : il nous faut être capables de mobiliser beaucoup plus d'argent pour l'amorçage, pour le démarrage de nos entreprises.

Cet article fait partie du colloque Allons chercher la croissance ! Les entrepreneurs sont notre avenir.

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