Europe et international

Compétitivité France/Allemagne : les lacunes du rapport Rexecode

25 janvier 2011 • Bernard Zimmern

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A la demande du ministère de l'Economie, des Finances et de l'Industrie, l'institut COE-REXECODE vient de remettre un rapport au titre fier : « mettre un terme à la divergence de compétitivité entre la France et l'Allemagne ». Ce rapport est riche en observations sur le décalage de compétitivité qui s'est créé entre France et Allemagne et donne des informations détaillées sur l'évolution de la qualité des prix, des délais, le comportement des chefs d'entreprises, la fuite des salaires et charges sociales, etc. Mais l'on se demande comment un gouvernement pourra en tirer une politique globalement efficace alors que les deux principales causes du dérapage français par rapport à l'Allemagne n'ont même pas été mentionnées.

Les deux causes du dérapage français par rapport à notre voisin allemand

La première est que dès après 1991, l'Allemagne s'est mise à baisser le nombre de ses fonctionnaires et est passée de 6,7 millions de fonctionnaires allemands à 4,5 en 2008 [1] tandis que pendant le même temps la France augmentait, elle, de 4,3 à 5,2 millions. Avec 83 millions d'habitants, l'Allemagne a maintenant proportionnellement 34% de fonctionnaires en moins que la France. Et notons que si de 1991 à 2008, les effectifs fédéraux ont diminué de 29%, ceux des Länder ont baissé de 24% et ceux des communes de 39%.

Le deuxième facteur est le taux de création d'entreprises naissant avec au moins un salarié, les entreprises naissant sans salariés étant bien souvent des coquilles vides. La moyenne des créations d'emploi de ces entreprises sur les 5 dernières années est de 314.000 emplois en Allemagne, et 105.000 en France [2]. Avec le retard accumulé au préalable, les Allemands ont 33 millions d'emplois marchands, nous 20 ; si on ramène l'Allemagne à la population française soit de 83 à 65 millions, 25 millions des Allemands travaillent dans le secteur marchand, nous 20 millions seulement.

Le problème de l'autofinancement des entreprises

Il n'est alors pas étonnant de constater que, gonflés par un excès de 34% de fonctionnaires et une base contributive 20% plus faible, les prélèvements obligatoires mangent l'autofinancement total des entreprises françaises qui était seulement de 120 milliards en 2008 alors qu'il était de 260 milliards en Allemagne. L'autofinancement, c'est la capacité à investir et donc à croître. Elle est moitié en France par rapport à l'Allemagne et Rexécode l'évoque en une demi-ligne page 90
Certes, Rexécode a raison d'écrire page 97 en conclusion : « La divergence des efforts de recherche des entreprises ou des bases industrielles (érosion relative du nombre d'entreprises ou de la valeur ajoutée industrielle en France) sont bien sûr des causes de la rupture de compétitivité à l'exportation. Mais ce ne sont pas des « causes premières ». Elles ont été induites par la divergence des coûts et des résultats des entreprises et par la moins bonne « capacité à travailler ensemble » pour maintenir la compétitivité. » Cela souligne bien qu'une grande partie des difficultés françaises naissent des relations sociales et du poids exagéré pris par les prélèvements sociaux.

Mais nous nous demandons bien où ce rapport va nous mener lorsque deux des principaux facteurs qui expliquent notre perte de compétitivité n'y sont pas évoqués. Pour nous, il faut plus et proposer que comme l'Allemagne, la France réduise l'ensemble de ses fonctions publiques de 30% en 5 ans (le remplacement d'un fonctionnaire sur deux ne suffit pas lorsqu'il s'en rembauche encore davantage au niveau des collectivités locales), et triple le nombre d'emplois créés dans les entreprises en redirigeant l'épargne des Français vers les entreprenants capables de créer des emplois en France.

[1] « Fonction Publique : une comparaison franco-allemande » Société Civile 105 septembre 2010.

[2] Sources Destatis et APCE. Voir Société Civile 105 et Les Echos 18/1 : « ETI, on se trompe de diagnostic »

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