Europe et international

Comparaison France - Royaume-Uni. Le retard français : 7 millions d'emplois, Pourquoi ? Que faire ?

25 février 2004 • l'équipe de la Fondation iFRAP

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Cette réunion, présidée par François Goulard, député-maire de Vannes et vice-président de la commission des Finances, a réuni une cinquantaine de députés à l'Assemblée nationale le 25 février 2004. L'objectif était de faire en prévision des débats de la loi sur l'emploi voulue par le Président de la République, le point le retard français en terme d'emplois.

Depuis l'arrivée de la nouvelle majorité en 2002, il y a eu un virage considérable dans l'élaboration des politiques de l'emploi ; aux chimères poursuivies par les gouvernements précédents qui se traduisaient en définitive par des politiques de parking faisant disparaître les chômeurs des statistiques, ont succédé des approches beaucoup plus réalistes visant à desserrer les garrots paralysant les créateurs d'entreprises et à encourager la création de vrais emplois dans le secteur marchand.

Malgré ce réalisme nouveau, on peut craindre que ces politiques s'avèrent insuffisantes, notamment en matière de financement, car mal dirigées faute d'une carte indiquant quelles entreprises sont susceptibles de réduire le chômage. Ce colloque se donnait pour objectif de remplir de façon aussi précise que possible une première carte établie à partir des informations quantifiées, provenant de cette discipline nouvelle qui est la "démographie des entreprises" (qui se propose d'expliquer et de prévoir comment les entreprises naissent, se développent, meurent et sous quels effets). Le format de cette carte est donné dans l'annexe au déroulé de la réunion et a été complétée par les exposés suivant :

I. Où placer la barre-objectif d'une politique de l'emploi ?

Sandrine Gorreri de l'iFRAP a présenté les chiffres comparés de l'emploi marchand en France et au Royaume-Uni : 7 millions de plus avec environ 24 millions contre 17 en France, dont 6 supplémentaires créés dans les 20 dernières années. La part de la population employée dans le secteur marchand par rapport à la population en âge de travailler (15-65 ans), le Royaume-Uni, comme les USA ou la moyenne du G7, n'a cessé de progresser, atteignant environ 75% alors qu'il baissait en France et se situe en dessous de 65%. Résultat : même en 2003 le chômage en UK a chuté et s'établit en dessous de 5%.

Olivier Torres, maître de conférence à Montpellier et chercheur associé à l'Ecole de Management de Lyon a présenté la position de la France en matière de création d'entreprises, création d'entreprise innovantes et création d'emplois. Cette étude qui se répète depuis 5 ans et qui en 2003 a porté sur 31 pays, entraîné près de 100.000 enquêtes sous les auspices de la London School of Economics et du Babson College à Boston, place la France systématiquement dernière ou avant-dernière

II. Résultats des politiques récentes de l'emploi

Jospin : les 1,5 millions d'emplois créés représentent 1,7% de croissance annuelle de la population employée contre 1,9% pour la moyenne OCDE. Si on enlève les emplois créés dont l'augmentation ne peut continuer(emplois-jeunes, fonctionnaires supplémentaires, 35heures) , on tombe à 0,7% ce qui signifie que pendant la période Jospin, marquée par une croissance internationale comme on n'en reverra pas avant longtemps, la croissance de l'emploi dans le secteur marchand atout juste équilibré l'accroissement de la population en quête de travail.

Dutreil 1 : des réalisations indéniables ne doivent pas cacher que la croissance de la création d'entreprise, observée depuis 18 mois, n'aura qu'un effet négligeable sur l'emploi et le chômage car il s'est produit dans les entreprises créées sans salariés, dont la France regorge déjà et dont il est prouvé qu'elles ne créent pas ou peu d'emplois.

Fillon : paraît se limiter à mieux ajuster le demande d'emploi à l'offre existante soit 350.000. Objectif : réduire de 100.000. Mais ce sera très difficile car la marque d'un marché dynamique, c'est qu'il existe des offres non satisfaites ; les Anglais en ont 600.000. Une politique plus vigoureuse serait de jouer sur l'offre : libérer le travail le dimanche( probablement 150.000 emplois nouveaux), permettre aux entreprises de licencier (avec indemnités) ce qui leur permettraient d'embaucher (non chiffré mais plusieurs centaines de mille. Et surtout se demander pourquoi les Anglais ont fait beaucoup mieux que nous.

III. Faire mieux

B.Zimmern : les "gazelles" apparaissent l'explication principale du succès anglais. Ce n'est pas dans les entreprises individuelles que se crée l'emploi, contrairement à la fausse impression que donne le seul examen du nombre de créations d'entreprise, ce sont dans les entreprises capitalisées à 100.000€ ou plus et une étude réalisée il y a quelques mois semble montrer que les Anglais créent au moins moitié plus de gazelles, des gazelles beaucoup mieux capitalisées et qui ont de ce fait un développement beaucoup plus rapide. Les estimations de l'iFRAP basées sur cette étude indique que l'écart est de l'ordre de 100.000 emplois de plus créés par chaque cohorte de gazelles, peut-être plus. Il reste 200.000 emplois par an à expliquer pour comprendre l'écart avec les .Anglais et ceci donnera lieu à des travaux ultérieurs mais dès à présent on peut penser qu'une grande partie provient des emplois induits créés par les gazelles( sous-traitance, etc.) et de la privatisation des services publics passés dans la même période d'environ 7 millions de salariés à 5 millions.

Serge Hayat (créateur d'entreprises Internet, de Kangaroo Village, etc. et professeur à l'Essec) : le financement des "gazelles" est le problème N°1 car il n'y a pas d'argent en France pour elles. Le capital-risque, les FCPI, les FIP en cours de développement ne peuvent s'intéresser à la création d'entreprise car les montants sont trop faibles. Il ne s'intéresse qu'au -dessus de 1 à 2 millions d'euros. Les seuls capables de financer la création des gazelles sont les Business Angels qui financent avec leur argent personnel. Mais il y en moinsde 4.000 en France contre 40.000 au Royaume-Uni et plus de 500.000 aux USA. En France, le frein le plus grave est l'ISF ; 12 parmi les jeunes entrepreneurs ayant le mieux réussi sont français mais ils sont tous à l'étranger. Si l'on veut rattraper l'investissement réalisé par les Anglais en faveur de leurs gazelles et qui se monte à environ 10 milliard d'euros annuellement contre 1,5 en France, il faut mobiliser l'argent chez ceux qui en ont et qui sont ceux qui paient l'ISF. Une enquête a montré qu'en autorisant la déduction du paiement de l'ISF de la moitié de l'investissement effectué par un contribuable dans des entreprises nouvelles au cours de l'exercice pour lequel l'ISF est à payer, on réunirait près de 5 milliards d'euros (les FIP ont réuni 20 millions et on espère 100...) et que le coût pour le Trésor d'un emploi ainsi créé serait inférieur au coût d'un RMIste.

Cet article fait partie du colloque Une comparaison France - Royaume-Uni. Le retard français : 7 millions d'emplois.

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