Europe et international

Australie et Nouvelle-Zélande : mais où est l'Etat ?

05 juillet 2005 • Nicolas Lecaussin

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En France, Villepin prononce 22 fois le mot "Etat" dans son Discours de politique générale. Dans d'autres pays, celui-ci commence même à disparaître du vocabulaire.


Aucun pays au monde ne s'est autant débarrassé de l'Etat que la Nouvelle Zélande. Longtemps considéré comme l'un des plus protectionnistes et des plus étatistes, c'est à partir de 1984 et sous l'incitation du ministre travailliste des finances, Roger Douglas, que le pays soumet ses structures économiques à de profondes transformations alors que son économie était descendue du 5ème rang mondial en 1950 (pour le revenu par habitant) au 26ème rang dans les années 1980.

Le gouvernement de gauche (qui, malgré la dureté des réformes, sera réélu en 1987) commence par ouvrir le plus possible l'économie en réduisant (voire en coupant) tous les tarifs douaniers à l'importation et les aides à l'exportation et aussi en supprimant toutes les subventions aux agriculteurs. Le système fiscal est complètement simplifié : le taux maximum d'impôt des individus est passé de 66% à 33%, celui sur le revenu des sociétés de 45% à 33%. Cet alignement des deux taux a rendu beaucoup plus facile le calcul des impôts et a éradiqué la fraude fiscale. Le secteur bancaire est complètement libéralisé et le secteur public privatisé (Air New Zealand, The State Insurance Office, Postbank, The Telecom Corporation).

Sur le plan social, l'âge du départ à la retraite est fixé à 65 ans, les indemnités de licenciement sont réduites et les prestations de santé sont tarifées en fonction du revenu des usagers (la concurrence entre caisses est généralisée). La loi "Employment Contract Act" de 1990 met fin à la pratique du syndicat obligatoire, introduit un régime de contrats individuels ou par groupes et ouvre la voie à des négociations salariales décentralisées et non plus tenues au niveau national entre patronat et syndicats.

Entre 1992 et 2002, la Nouvelle Zélande a connu une croissance de 3,6% en moyenne et une baisse du chômage de 12 à 5%. Les dépenses publiques sont tombées de 59% en 1987 à 33% en 2005. Pour avoir une idée de l'ampleur des transformations subies par l'Etat, voici quelques exemples : en 1984, le ministère des Transports employait 5600 fonctionnaires, dix ans plus tard, il n'en comptait plus que 53 ; le Département des
Forêts est passé de 17 000 fonctionnaires à 17 et le ministère de l'Emploi de 28 000 à un seul, son ministre ! Le poids du gouvernement a été réduit de 66% en seulement quelques années.

D'après un rapport [1] de la Banque mondiale, la Nouvelle-Zélande est le pays dont l'économie est la moins réglementée et celui dans lequel la création d'entreprises est la plus facile.

En octobre 2004, John Howard a été réélu pour la quatrième fois consécutive à la tête du gouvernement australien. Les médias ont prêté peu d'attention à cet événement, à tort car c'est un nouvel exemple de réussite due à une énorme volonté de changement. Le libéral John Howard a complètement transformé l'économie de son pays même si les premières réformes ont été lancées par le Labour au début des années 1980 : privatisations, suppression des tarifs douaniers, déréglementations, démantèlement des syndicats comme en Grande-Bretagne, suppression du statut de fonctionnaire. Il s'en est suivi 15 années de croissance économique ininterrompue pendant lesquelles Howard a fait baisser les prélèvements obligatoires de 44% (le taux français) à moins de 30%. Aujourd'hui, le taux de chômage est de 5% et l'industrie manufacturière emploie à tour de bras, une performance affichée plus souvent par les pays asiatiques.

Une des plus célèbres mesures du gouvernement Howard a été l'introduction des AWAS (Australian Workplace Agreements), des contrats individuels entre l'employeur et l'employé. Les études montrent que les employés bénéficiant de ces contrats gagnent en moyenne 35% de plus par semaine que ceux qui sont restés avec des contrats collectifs. Grâce à cette flexibilité, le salaire minimum (fixé par le marché) est parmi les plus élevés au
monde : 1300 euros par mois (900 euros en France).

Malgré une économie insolente, le gouvernement a annoncé en mai 2005 une baisse d'impôts d'environ 13 Mds d'euros qui profitera en particulier aux classes moyennes. Il n'y a pas de limites pour le recul de l'Etat…

[1] "Doing Business 2004"

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