État et collectivités

Stabilité et sécurité ne s'opposent pas

22 novembre 2015 • Agnès Verdier-Moliniél'équipe de la Fondation iFRAP

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"Le pacte de sécurité l'emporte sur le pacte de stabilité" : une formule malheureuse de François Hollande. Non pas que la sécurité ne soit pas une priorité, mais économies et nécessité causée par l'état de "guerre" ne s'opposent pas. Surtout quand les réformes annoncées ne représentent qu'une très faible partie de nos dépenses publiques. Ainsi, la formule du Président sonne trop comme une excuse à l'oubli des réformes structurelles. Lorsque tous les déficits publics s'additionneront, personne n'ira regarder quelle est la diversité de leurs origines.

Après les attaques dont Paris et les Parisiens ont été victimes, il est plus que jamais temps de regarder en face nos politiques publiques. Pendant les dernières législatures, la France a vu enfler ses dépenses sociales jusqu’à ce qu’elles atteignent 15% des dépenses sociales mondiales1 : de 29% de notre PIB en 2000 à 34% en 2015, soit environ 250 milliards de plus en 15 ans (de 450 milliards d’euros en 2000 à 715 milliards aujourd’hui). Et de gonfler aussi les dépenses locales : plus 100 milliards d’euros en 15 ans (de 150 à 250 milliards d’euros), et de diminuer ou stagner les dépenses régaliennes (Justice, pénitentiaire, Défense).

La Fondation iFRAP a eu l’occasion à de nombreuses reprises au cours des dernières années de tirer la sonnette d’alarme sur les réductions de postes dans la Défense, l’abandon des projets de construction de prisons, la non-exécution des peines ou la récidive. Et ce, alors qu’en parallèle, les revalorisations de minima sociaux, le mille-feuille social et les inventions de nouvelles dépenses (de type rythmes scolaires pour une facture annuelle de plus de 800 millions d’euros) ne cessaient d’affluer sans qu’aucune réforme de fond ne soit entreprise. Couper sur le régalien était la facilité. Maintenant que la France est entrée en état d’urgence, il est encore plus crucial de revoir la répartition des missions publiques. Plus que jamais, l’État doit se recentrer sur ses missions régaliennes. Cette semaine, nous chiffrons les dépenses supplémentaires (600 millions en 2016 dont environ 200 en dépenses de personnels de l’État) annoncées à juste titre par le gouvernement  et nous redisons et nous redirons toujours avec force que ces mesures ne doivent pas enterrer l’objectif d’équilibre budgétaire et de baisse de la pression fiscale qui sont les antidotes contre le chômage et la désespérance.

Avoir obtenu le feu vert et la bénédiction de Bruxelles ne change rien au problème de fond de nos finances publiques. Les Britanniques, avec une dépense publique de 44% (contre 57% pour la France) par rapport au PIB dépensent plus que nous en dépenses militaires et paramilitaires : 57 milliards de dollars au total contre 52 milliards en 2013. Quant aux dépenses de Justice, elles sont de 129 euros par habitant en France contre 223 euros par habitant au Royaume-Uni. Et ce, sans évoquer le pénitentiaire (57.435 places de prison contre 87.784 rien qu’en Angleterre et au Pays de Galles). Les économies à réaliser en réorganisant nos services publics locaux, notre système de retraite, de santé, de chômage, de formation et d’éducation… se chiffrent en milliards. Rien n’a été fait en profondeur.

Renoncer aux reformes structurelles serait aussi dramatique pour notre avenir commun que de refuser de renforcer nos forces de sécurité et notre arsenal de lutte contre le terrorisme. On affronte d’autant mieux les crises qu’on a des marges de manœuvre pour le faire. La bonne gestion publique est toujours un gage de souveraineté. 

[1] L'Organisation mondiale du Travail chiffre les dépenses sociales mondiales à 4.500 milliards d'euros

Commentaires

  • Par Braize • Posté le 01/12/2015 à 17:22 D'abord pardon de vos répondre aussi tard. Ce n'est pas que votre commentaire m'aura demandé de longs jours de réflexion mais je pensais que mon commentaire, auquel vous avez réagi, n'était pas publié. Comme le précédent...

    Il est commode pour se dispenser de penser de fonctionner avec des grilles automatiques, des cases et des tiroirs. Ainsi, désolé de vous décevoir, je ne suis pas "socialiste" comme vous le dites si promptement me voyant ne pas adhérer à votre vulgate... J'essaie pour ma part de ne pas gober les discours tout faits, le prêt à penser qu'on nous sert sans cesse.

    Par exemple sur la dette publique dont vous vous inquiétez pour les générations futures je vous invite à approfondir la réflexion au delà des slogans. C'est un sujet sur lequel j'ai "un peu" travaillé et, en toute immodestie, je vous invite à me lire, vous y verrez que sans vous rejoindre, non plus que toutes les idées reçues, je ne suis pas aussi "obtus" que vous avez pu le croire :

    Cordialement
  • Par Christian • Posté le 24/11/2015 à 14:11 Pour Braize : vous avez raison, continuons à dépenser et à alourdir la dette pour nos enfants et petits-enfants. Avec des raisonnements comme les vôtres nous serons vite dans la situation de la Grèce. Si nous voulons ou si vous voulez privilégier la sécurité, mon cher et doux rêveur, il faudra "taper" sur d'autres postes de dépenses. Il y a par exemple des milliards à récupérer dans le social, versés trop facilement et sans contrôle. C'est bien connu les socialistes sont très forts pour distribuer l’argent des autres ou l’argent qu'ils n'ont pas. Et puis je pense très sincèrement que ceux qui comme vous militent aujourd'hui pour plus sécurité à tout prix ont été les premiers hier qui trouvaient qu'ils y avait trop de policiers, de gendarmes ou de militaires. Donc oui, d'accord avec vous sur les efforts à faire pour la sécurité mais en réduisant d'autres postes de dépenses (social, culture et éducation nationale notamment). Je suppose que pour la gestion de votre propre budget vous faites aussi des choix??. S'agissant de l’éducation ce n'est pas le nombre de "profs" qui importe mais la qualité de l'enseignement. Aujourd'hui moins il y a d'élèves scolarisés, plus il y de profs. ...En conclusion, vu votre raisonnement, vous feriez un bon socialiste (que vous êtes peut être déjà) personne n'est parfait. Si tel est le cas, je ne peux plus rien pour vous.....
  • Par Braize • Posté le 24/11/2015 à 09:31 Je suis consterné d'une aussi courte vue...

    L'article et la plupart des commentaires montrent que les libéraux dans ce pays ne sont plus que de petits comptables, oubliant le premier principe du libéralisme politique et économique : la sécurité, personnelle et collective, est la première liberté sans laquelle les autres n'existent pas.

    Donc, désole, quelle que soit la situation économique la sécurité passe avant la stabilité financière ne vous en déplaise.

    Il est vrai que tout à leur obsession de réduire les dépenses publiques (et donc la redistribution sociale qui leur coute si cher n'est ce pas ?) ils en oublient leurs propres fondamentaux. Et se font plus royalistes que la reine mère, Angela !

    Moi j'irai au delà de Hollande, c'est bien même le "pacte de solidarité" qui doit s'imposer au "pacte de stabilité", faute de quoi vous pleurerez lorsque le FN y arrivera se construisant sur le désastre social que vos égoïsmes auront produit !

    A bons entendeurs salut ! Les autres, on ne peut plus rien pour eux.
  • Par Faveris • Posté le 20/11/2015 à 16:01 Pour se mettre en avant, François HOLLANDE a recours à un nouveau pacte : le pacte de sécurité.
    N'oubliez pas : il avait déjà "inventé" le pacte de responsabilité, le pacte de stabilité et bien d'autres. Autant de pactes destinés, l'un après l'autre, à détourner l'attention des citoyens des échecs successifs de chacun de ces pactes, de l'incapacité de son gouvernement à les mettre positivement en oeuvre, à les traduire pragmatiquement en actes constructifs et restructurants, donc de l'ineptie de ce gouvernement à sauver chacun de nous, citoyens français, des "massacres" fiscaux et patrimoniaux dont nous sommes ses victimes ciblées ... sans qu'il lui soit nécessaire "de se sacrifier" ..... ni les amis de sa bande, ni les bénéficiaires de son népotisme, ni ses affidés et acolytes de l'extrèmisme des prélèvements fiscaux et sociaux ainsi que de la redistribution à tous crins, terreau de l'appauvrissement intellectuel et productif de notre pays.

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