État et collectivités

Jean Montaldo

Montaldo et le voleur de l'Elysée

Chirac et les 40 menteurs

30 mars 2007 • Nicolas Lecaussin

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Il a encore frappé. Le plus grand des journalistes d'investigation français s'attaque au système Chirac. Dans son nouveau livre (Chirac et les 40 menteurs, Albin Michel, 2006), il décortique les dossiers noirs des années chiraquiennes, entre la mairie de Paris et la présidence de la République.

Le nouveau locataire de l'Elysée n'a rien à envier à son prédécesseur. Chirac a continué de plus belle l'œuvre de corruption de Mitterrand en la portant à des sommets dignes d'un dictateur africain. Avec le temps et en commençant avec la mairie de Paris, Chirac est devenu « le commandant de bord d'une monstrueuse machine à tromper et à corrompre ». Pourtant, Montaldo se faisait quelques illusions au début des années 1990 en espérant naïvement que celui-ci allait nettoyer, au moins en partie, les écuries de celui-là. Vains espoirs trahis dès 1997-1998 lorsqu'il enquêtait sur la mirifique mine d'or péruvienne que la France avait vendue et bradée en 1994-1995 lors d'une opération de privatisation truquée qui aura coûté au contribuable français plus de 26 milliards de francs). Il découvre un personnage étrange, homme d'affaires, qui commerçait avec le tyran Saddam Hussein qui ne cessait de se considérer comme l'ami intime du président de la République. C'est celui qui fera de la France un acteur majeur du scandale onusien « Pétrole contre nourriture ».

La puce à l'oreille, notre journaliste regarde plus attentivement les affaires des « emplois fictifs » et des « HLM de la Ville de Paris », apprend pas mal de choses sur l'ancien maire de Paris, sur les 118 voitures avec chauffeurs dont il disposait pour son usage personnel, celui de son cabinet et de ses obligés, sur les « frais de bouche », les voyages en jet privé payés sur fonds occultes, sur les emplois fictifs proposés aux copains dans des entreprises privées sans jamais y mettre les pieds. Mais il a regardé aussi ce que les juges n'ont pas pu (ou voulu) voir. Comme l'histoire de cette Association pour l'élection de Jacques Chirac créée le 31 décembre 1987 avec 0 franc. Dans les semaines qui suivent, son compte gonfle rapidement, trop rapidement, avec des dizaines de chèques déposés mais aussi, et surtout, des sommes en liquide. Au 16 octobre 1988, le compte de l'Association s'élevait à presque 98 millions de francs, un total supérieur à celui officiellement déclaré (95 millions de francs). Sur ces dizaines de millions, environ 10% sont des sommes déposées en liquide s'élevant parfois à plus de 950 000 francs alors que la loi interdisait à cette époque tout versement en espèces supérieur à 150 000 francs. Beaucoup de chèques aussi venus… d'ailleurs et d'un montant élevé : le 15 avril, un chèque de 10 millions de francs ! Bizarre association, étrange compte, inquiétantes sources de financement pour un candidat dont seuls 8,52% des dépenses proviennent de dons réellement militants.


Ce n'est que le début d'une longue série d'affaires. Comme celle des marchés truqués des lycées de l'Île-de-France jugée au printemps 2005. Un système de racket commencé en réalité dans les années 1960-1970 par le Parti communiste puis développé par le Parti socialiste (révélé par l'affaire Urba-Gracco). En gros, il s'agit d'innombrables marchés payés avec l'argent des contribuables et attribués par le conseil régional d'Île-de-France (alors présidé par le futur ministre RPR Michel Giraud, puis le gaulliste Pierre-Charles Krieg, et de nouveau par Giraud) en violation du Code des marchés publics. C'est, d'après le juge, un « dispositif d'entente anticoncurrentielle, de favoritisme, de pratiques corruptrices » et d'un « marché » de bakchichs au profit des politiques. Ainsi, 2% du montant des marchés devaient être versés par les entreprises aux différents partis politiques. Il est important de rappeler que tous les partis en ont profité (par un miracle, le PC a échappé aux juges), y compris les centristes et les écologistes ce qui fait de cette affaire un cas unique dans le monde démocratique occidental moderne. Les sommes volées s'élèvent à 560 millions de francs de commissions frauduleuses. À la tête du RPR, Jacques Chirac était en première ligne pour savoir que son parti profitait largement des prébendes de ces marchés.

En 1994, les choses se gâtent car une autre affaire, étroitement liée à la première, est dévoilée par les juges. C'est l'affaire des HLM de Paris dans laquelle des entreprises déjà citées dans les magouilles des marchés d'Île-de-France sont à nouveau citées. Là aussi, la plupart des partis sont concernés grâce aux révélations faites par Jean-Claude Méry, promoteur et homme d'affaires, dans deux cassettes vidéo et dont les déclarations sont publiées par Le Monde. Le promoteur Méry avait reçu en 1992 de la part de l'OPAC (Office public d'aménagement et de construction), chargé des HLM de Paris, environ 6,5 millions de francs (versés dans un compte en Suisse) sur un marché de rénovation et d'entretien des ascenseurs pris en charge par la Lyonnaise des eaux de Jérôme Monod et sa consœur la Générale des eaux, d'un montant 1,5 milliard de francs. Le rôle de Méry était de répartir les fonds entre les différentes formations politiques du conseil régional d'Île-de-France.

Il y a aussi l'affaire des fausses factures politiques des années 1990 révélée par les Pacary (Michel et Chantal) qui tenaient une « officine » de financements frauduleux. C'est Montaldo qui détient le dossier de cette activité consistant en un système de prêts accordés aux collectivités locales par Rhodlams, la société des Pacary. Nombreux étaient ceux qui se servaient de ces prêts, y compris le trésorier du RPR, Jacques Durand, qui passait chercher son enveloppe en liquide au siège de la société. Le RPR prenait en réalité un « impôt révolutionnaire » de 25 % sur tous les bénéfices de Rhodlams. Environ 7 à 10 millions de francs par an.

Juillet 1993 : Chirac paye en espèces trois billets d'avion pour New-York. Montant : 119 330 francs. Les billets sont pour sa fille Claude, son garde du corps et pour lui-même. À la demande du juge Zanotto, le patron de l'agence Gondard qui a vendu les billets est interrogé par la Brigade financière. En confirmant la vente, il révèle l'habitude du maire de Paris de voyager, lui et sa cour, à l'œil et sans aucun remords.

Mais Chirac est intouchable. Il nie tout en bloc lorsqu'un journaliste un peu plus culotté ose lui poser une question allusive, refuse de répondre aux convocations et méprise tous ceux qui étaient hier ses compagnons de brigandage. Grâce à la complicité de Roland Dumas, ancien président du Conseil constitutionnel, Chirac est, depuis le 10 octobre 2001, au-dessus des lois : « Le président de la République ne peut, pendant la durée de son mandat, être entendu comme témoin assisté, ni être mis en examen, cité ou renvoyé pour une infraction quelconque devant une juridiction pénale de droit commun. » (Article 68 de la Constitution) Aux Etats-Unis, le président peut être destitué de ses fonctions et, par une décision de la Cour suprême, être jugé – même pendant son mandat – comme un citoyen ordinaire devant un tribunal ordinaire. C'est peut-être l'une des raisons de la haine de Chirac à l'égard des Américains…

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