État et collectivités

Manque de fondations : ce que perd la France en mécénat

30 novembre 2004 • Bernard Zimmern

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La législation française limite les fondations à des organismes ayant une surface déjà importante, avec un patrimoine d'au moins un million d'euros. Ce dispositif exclut les petites fondations qui, aux USA sont légion avec des budgets annuels qui ne dépassent pas souvent 50.000$ et dont l'influence sur la société est au moins aussi grande que celle des grandes fondations type Ford ou Rockfeller. Elles irriguent tous les Etats et jouent dans le domaine non lucratif le même rôle que les PME par rapport aux grandes entreprises. Elles sont d'ailleurs la prolongation des entrepreneurs qui, dans le domaine lucratif, font l'Amérique industrielle.

Seules les grosses fondations sont admises ce qui nous prive de la vitalité des petites.

De même que les médias n'ont d'yeux que pour les grandes entreprises en oubliant que ce qui façonne le futur, ce sont les entreprises en création ; que ce sont elles qui créent chaque année 300.000 emplois alors que les grandes entreprises en perdent autant, de même les médias ont les yeux fixés sur les grandes fondations américaines, celles de Bill et Melinda Gates ou de Rockefeller, et ignorent que les fondations les plus importantes ne sont pas celles-là mais les dizaines de milliers de petites fondations, débutant souvent avec moins de 50.000 euros ; car ce sont celles-ci qui irriguent en profondeur la société américaine, celles-là à travers lesquelles la Société Civile s'exprime dans l'Amérique d'en bas, au niveau des petites villes ou des bourgs pour une école, une crèche, un musée local, un orchestre, la construction d'une nouvelle aile de l'hôpital.

Et non seulement ces petites fondations sont les plus importantes pour la vie des Américains, mais ce sont aussi d'elles que naissent les grandes fondations. Comme les entreprises, la plupart des grandes fondations sont nées petites, leur fondateur ne pouvant leur donner au départ que des sommes minimes qu'il a complétées par la suite et auxquelles d'autres ont ajouté leur obole.

Et le parallèle entre le développement des entreprises et celui des fondations va plus loin, car les fondations américaines, pour l'essentiel, ne sont que l'extension dans le domaine non lucratif de la créativité et de l'énergie créatrice des entrepreneurs américains.

C'est en effet l'une des caractéristiques que l'on retrouve dans tous les pays où l'entrepreneuriat n'a pas été bridé, bloqué, écrasé par l'Etat comme en France : ce sont les mêmes qui créent des entreprises prospères et qui, en fin de carrière, consacrent leur fortune, leur énergie, leurs relations à créer d'autres entreprises, celles-là non lucratives, pour aider leurs semblables.

En France, les étatistes, ceux qui vivent de l'Etat, veulent à tout prix confiner les créateurs dans le ghetto du lucratif. Un entrepreneur, un chef d'entreprise, cela ne peut être bon qu'à gagner de l'argent et à payer des impôts. Il n'a rien à faire dans le caritatif, le social où seuls les fonctionnaires sont dignes d'officier, car ce sont les seuls dont on puisse garantir le désintéressement, ceux qui ont endossé la bure ascétique du service public.

De même que la France de l'économie et du social meurt de voir les entrepreneurs, les créateurs de richesse, ostracisés, dénoncés comme profiteurs, traqués fiscalement pour les inviter à l'exil, de même la France de la charité, de l'entraide, se voit privée de tout l'apport lucratif des créateurs d'entreprises. Et quelle perte !

Car ce qui fait la force du mécénat américain, de l'épanouissement de cette société, des chances qu'elle offre aux jeunes générations, ce sont ses collèges, ses musées, ses orchestres, ses hôpitaux, financés par des entrepreneurs. Vers la fin de leur vie, ayant épuisé toutes les joies que donnent l'argent et la réussite, ayant pour beaucoup refusé de donner à leurs enfants d'autres dons que le seul viatique d'une éducation en sachant trop que l'argent facile pourrit, ils se décident à consacrer leur fortune au bien-être et à l'élévation de leurs semblables, en apportant, bien au-delà de leur fortune, leur imagination, leur créativité, leur efficacité, et leurs relations.

Quel contraste entre la culture prodiguée par notre ministère de la Culture, ses FRAC (Fonds régional d'art contemporain), ses artistes subventionnés, et l'éruption de vie et de créativité qui jaillit du mécénat culturel américain et qui fait que nos jeunes vivent maintenant à l'heure de la culture américaine ! Pour ne pas parler de l'art moderne français, remplacé par l'art officiel, et dont le grand critique d'art du New York Times, Hilton Kramer, a pu dire qu'il a pratiquement disparu [1] de la scène internationale.

Cet article est tiré du livre Le dossier noir de l'ENA

[1] Voir le colloque de l'iFRAP sur les arts plastiques : Les Dossiers de l'iFRAP n° 10

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