État et collectivités

Xavier Fontanet

"L'État doit voir comment concéder ou privatiser ce qui n'est pas régalien"

30 novembre 2007 • Agnès Verdier-Molinié

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Ingénieur civil de l'École nationale des ponts et chaussées et diplômé d'un master of science in management, Xavier Fontanet a commencé sa carrière au Boston Consulting Group. Il est depuis 1991 à la tête de l'entreprise numéro 1 mondiale de l'optique ophtalmique Essilor et président-directeur général depuis 1996.

Agnès Verdier-Molinié : Quel est selon vous le principal défaut de l'administration française ?

Xavier Fontanet : Ce serait plus agréable de commencer par me demander les qualités ! Selon moi, c'est avant tout qu'elle s'est trop développée. Ce n'est pas d'ailleurs la faute des fonctionnaires quand on sait que le budget, présenté par le gouvernement et voté par le Parlement, est en déficit depuis plus de trente ans. Le monde politique a laissé grandir notre sphère publique à un niveau que notre pauvre pays ne peut plus supporter. Si encore les impôts étaient bas, on pourrait réduire ce déficit, mais nous avons un niveau d'imposition, certes récemment allégé, mais encore élevé. Nous avons donc à la fois une dette énorme sur les bras, elle excède très largement les actifs de l'État et un déficit chronique ; est-ce digne que nos enfants aient à payer les chèques sans provision tirés par leurs parents ?

AVM : Quelle est, selon vous, la principale qualité de l'administration ?

XF : Comme la grande majorité des Français, leur administration est honnête, compétente et attachée au pays. Je suis sûr que les fonctionnaires savent qu'il faut changer et que le pays a besoin d'eux pour réformer sa sphère publique.

AVM : Quelle serait, d'après vous, la grande réforme à mener en France ?

XF : Les Français ayant le sens de l'équité, il faut agir en même temps sur la sphère privée et sur la sphère publique. Aux premiers, on expliquera qu'il faut mettre plus de flexibilité dans le marché du travail en rendant la séparation avec l'employeur plus facile et on dira à ces salariés-là que, moins la séparation sera difficile, plus l'entreprise embauchera, et donc plus le chômage diminuera. Regardez partout ailleurs, ce mécanisme marche. La première réforme sera le marché du travail ; je crois d'ailleurs que le dossier avance assez bien, nous devons encourager ceux qui sont à la table des négociations. Aux membres de la sphère publique on dira : il n'est pas pensable de léguer à nos enfants ces déficits publics et cette dette d'État, il faut réorganiser l'État en profondeur pour en réduire les coûts. Il faut lutter contre la dépense, on va vous demander pour cela de modifier votre façon de travailler, on va vous demander de changer de service ou même de ministère pour remplacer les partants ; on va utiliser l'informatique et le web. Les grandes banques et les grandes assurances ont transformé leur organisation au fil des dix dernières années, pourquoi l'administration ne ferait-elle pas de même ?

AVM : Quelles administrations devraient être supprimées ?

XF : Le changement se réalisera d'autant mieux que les idées viennent de la fonction publique elle-même ! Mon avis en la matière est celui de quelqu'un qui a voyagé et observé ce que les autres pays ont fait. L'État doit absolument faire tout ce que le privé ne peut absolument pas faire. La vraie réforme est donc à mes yeux de concentrer l'État sur ses fonctions régaliennes (justice, police, armée, affaires étrangères), ce sont les fonctions les plus nobles et les plus difficiles que de permettre à ses concitoyens de vivre en harmonie les uns avec les autres. Hors du champ régalien, l'État doit voir comment concéder et/ou privatiser ce qui n'est pas régalien ; il y a des trésors à tirer de l'expérience de nos voisins qui ont déjà procédé à ces évolutions.

AVM : Quels sont les atouts de la France ?

XF : De tout temps, le commerce entre pays est venu de la différence. La France, comme chaque pays, a beaucoup de différences à vendre. Par ailleurs, les Français sont désobéissants mais créatifs, en un mot ils sont débrouillards, qualité dont il faut savoir faire preuve pour se développer à l'international. Il y a aussi des technologies majeures dans lesquelles la France est leader mondial. Nos grandes entreprises ont démontré que la technologie et la culture de management françaises permettent de se placer dans la concurrence mondiale ; c'est un exemple pour les jeunes.

AVM : Quelle devise pourrait donner confiance aux jeunes entrepreneurs ?

XF : La mondialisation est une énorme chance pour les audacieux. Jamais pendant toute l'histoire de l'humanité la croissance mondiale n'a été aussi forte ; jamais le champ d'exercice des talents n'a été aussi ouvert. N'ayez pas de complexe, soyez vous-même, voyagez et osez !

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