État et collectivités

Questions à Mathieu Laine

Le plus gros obstacle aux réformes est incontestablement le poids et le pouvoir de blocage de l'administration

16 mars 2010 • Agnès Verdier-Molinié

arton11562.jpg

Fondation iFRAP : Mathieu Laine, avocat, essayiste, éditorialiste au Figaro Magazine, entrepreneur (tu diriges Altermind, une société de conseil en stratégie pour les grandes entreprises), maître de conférences à Sciences-Po, directeur de la collection « Idées fausses, vraies réponses » chez JC Lattès, lauréat du prix Edgar Faure du meilleur livre politique de l'année 2009 pour ton livre Post politique (JC Lattès) : on ne sait plus comment te présenter tellement tu as de cordes à ton arc ! Fort de toutes ces expériences qui te placent à un carrefour d'observation privilégié, quelle est ta vision de l'état de la France aujourd'hui ?

Mathieu Laine : Comme l'iFRAP nous le démontre depuis longtemps avec précision et efficacité, la France est, hélas, terriblement affaiblie par un hyper-Etat qui pèse sur notre économie et pénètre de plus en plus l'intimité de nos vies. En mettant à jour La Grande Nurserie (JC Lattès, 2010, édition poche mise à jour et augmentée), j'ai pris la mesure de la montée en puissance redoutablement efficace de l'Etat Nounou. En à peine quatre ans, c'est étonnant comme le maternage public s'est infiltré, sans provoquer de réelle résistance, dans notre quotidien. « Fais pas ci, fais pas ça », le « tout interdit » est devenu notre devise. La sacralisation du principe de précaution tue sournoisement l'innovation, l'esprit d'entreprise et le goût du risque. Dans un monde extrêmement compétitif, il est urgent de prendre la mesure des effets pervers du délire de précaution et des méfaits de l'hyper-intervention.


La grande nurserie - En finir avec l'Etat Nounou

Fondation iFRAP : Dans ton livre Post politique, tu évoques le pouvoir très réduit de nos responsables politiques. Pourtant, ils pourraient, s'ils le souhaitaient, impulser encore plus de réformes essentielles. Qui (ou qu'est-ce qui) les freine, selon toi ?

Mathieu Laine : Trop de politiques sont enfermés dans le « court-termisme », l'excès de pragmatisme, le relativisme (toutes les idées se valent) et le victimisme. Ils manquent cruellement de vision, pour ne pas dire de convictions, et pensent, à tort, que c'est ce que les électeurs attendent d'eux. Ils oublient que si l'on vote pour eux, c'est pour qu'ils agissent, avec pédagogie et détermination, pour libérer le pays de ses pesanteurs. Je ne leur demande pas, bien entendu, de s'enfermer dans une vision purement doctrinale. Mais il ne faut pas pour autant se départir des valeurs et des promesses de rupture, par excès de « réalisme » ou calcul politicien. Qu'ils assument, également, qu'ils ont de moins en moins le pouvoir de nous sauver. Redonner le pouvoir à chacun d'entre nous et redéfinir l'interventionnisme du nouveau monde : voilà un beau programme. Hélas, trop de politiques souffrent d'inculture économique et sont persuadés que la France n'est pas réformable. Ils se trompent, et nous allons leur prouver.

Fondation iFRAP : En quoi penses-tu que les think-tanks indépendants comme la Fondation iFRAP, et d'autres, peuvent contribuer à changer la donne ? Et notamment impulsent les réformes essentielles pour que la France redevienne compétitive ?

Mathieu Laine : La bataille des idées est un préalable indispensable aux succès politiques et aux réformes audacieuses. Les think-tanks et les fondations comme la Fondation iFRAP ont un rôle crucial à jouer. Votre travail et votre montée en puissance, que je salue et que j'admire, me rendent profondément optimiste.

Fondation iFRAP : Quelles sont, pour toi, les réformes les plus urgentes à mener en France ? A quelle échéance ?

Mathieu Laine : Vaste programme ! La refonte totale du droit du travail, en parallèle d'une réforme du statut de la fonction publique, sur laquelle je rejoins les propositions de la Fondation iFRAP, serait un signal très fort d'une France qui a compris les vertus, pour tous, de la souplesse et d'une confiance accrue entre employeurs et employés. Sans oublier, dans le même temps, une authentique révolution fiscale. Tout cela, porté avec pédagogie et en tenant compte des bouleversements provoqués par la crise que nous traversons et des exigences très fortes de compétitivité qu'impose, pour notre bien, la mondialisation.

Fondation iFRAP : Quels sont, selon toi, les plus gros obstacles au changement dans notre pays ?

Mathieu Laine : Le plus gros obstacle est incontestablement le poids et le pouvoir de blocage de l'administration. Le conservatisme de droite et de gauche sur un trop grand nombre de sujets ne nous aide pas non plus. Quant à la quasi-cogestion du pays avec la CGT, elle n'a rien de rassurant…

Fondation iFRAP : Au-delà du constat assez négatif que l'on peut faire sur la France aujourd'hui, quel « moteur » te conserve toujours aussi optimiste ?

Mathieu Laine : Je suis profondément et structurellement optimiste ! Sans doute parce que je crois infiniment en l'Homme. La capacité des individus à avancer vers le progrès est considérable. En réalité, si l'on regarde l'Histoire, nous avons déjà eu bon nombre de victoires. Avec la Fondation iFRAP et tous nos amis et alliés, travaillons ensemble au triomphe de nos belles idées ! Elles sont enracinées dans le bon sens et porteuses de tant de réussites. A terme, nous ne pouvons pas ne pas gagner.

Fondation iFRAP : Quel serait le message que tu voudrais délivrer à tous ceux qui se soucient de la création de richesses et du contrôle de la dépense publique ?

Mathieu Laine : Le message que je veux leur passer est clair : il y a beaucoup à faire et même si tout ne semble pas toujours aller dans la bonne direction, il faut rester convaincus de nos idées et toujours plus les défendre. Je vois émerger une nouvelle génération de talents qui, formée par nos maîtres, doit redonner de l'espoir à ceux qui s'essoufflent. Il faut soutenir plus que jamais les initiatives efficaces et les énergies porteuses de liberté ! La Fondation iFRAP est très clairement au premier poste de ce mouvement qui, j'en suis certain, finira par s'imposer.

Commentaires

  • Par Louvin • Posté le 19/03/2010 à 10:05 L'hypertrophie de l'état (quasi soviétique), l'aliénation par les subventions et les indemnisations, la sujétion à la pensée unique tuent la France jour après jour. Des mots et des expédients pour éviter d'affronter les vraies questions. Nos enfants le paieront cher ! et nous, la minorité active et surimposée, nous vivons une triste période sans espoir apparent.

    Quand les fonctionnaires et les syndicalistes dictent leur loi (leurs intérêts) aux politiques, c'est effectivement sans espoir!
  • Par Refonderlamorale • Posté le 19/03/2010 à 09:28 Le vrai problème est de redéfinir le rôle de l'Etat dans la définition de l'intérêt général, de la prévision et de la gestion de l'avenir, du partage entre le national et le local... Quelle Europe nous voulons et quelle place pour notre économie dans la mondialisation...

    La Gauche et la Droite ont eu tout faux jusqu'à présent.

    Les fondements d'une société sont faits de valeurs qui produisent une morale publique avec ses règles, ses lois... C'est cette morale que nous devons refonder pour vivre ensemble et construire la France du 21ème siècle.
  • Par MP • Posté le 18/03/2010 à 21:35 Je partage la vision de M.Laine dont j'apprécie les éditoriaux, quand j'ai l'occasion de les lire...car je n'achète plus la presse "généraliste" depuis longtemps.
    D'accord également avec la remarque sur les quadras (dont je suis) et jeunes quinquagénaires, qui ont la particularité de n'avoir connu depuis leur enfance que des politiques sociales-démocrates et leur corrolaire, une économie nationale en déliquescence, doublée d'une dépression morale qui va en s'aggravant.
    Sur les scénarios de sortie de crise (la vraie, durable, celle de la société Française, pas celle, temporaire, que vivent les pays développés) je serais cependant moins optimiste,

    au moins à court terme.
    Le système social et économique Français a réussi à constituer au sein de la population un groupe spécifique, celui des "état-dépendants", assemblage hétéroclite de fonctionnaires et assimilés, retraités, agriculteurs, professions libérales et jeunes en quête d'une activité professionnelle et d'un sens à leur vie.

    Ce groupe, qui représente pas moins de 40% de la population, pèse sur les projets politique de gauche, mais aussi,hélas, de droite, dans le sens d'un maintien des situations acquises et d'un renforcement de l'intervention de l'Etat dont ils sont parvenus à se convaincre qu'il les protège.
    Je n'aperçois pas, au jour d'aujourd'hui, de perspective démocratique permettant d'envisager

    une inversion, même progressive, de cet état de fait.

    J'en viens à espérer que la France soit face à une situation "à la Grecque" pour qu'elle soit obligée de renoncer à sa drogue étatique, et j'ajouterais, si possible sous un gouvernement de gauche, comme la Grèce.

    Il reste sans doute beaucoup de chemin à parcourir pour que nos compatriotes réalisent, pour reprendre la formule lumineuse de R.Reagan, que "l'état n'est pas la solution, c'est le problème"
  • Par Jacques Morisot • Posté le 17/03/2010 à 19:09 Il n’existe pas de possibilité de réformer autre que portée par des hommes qui assument la douleur du changement.
    Une nouvelle génération, non lamentablement pusillanime comme celle au pouvoir, pourra l’incarner. Ceux là, au pouvoir, en poste depuis trois décennies, sont condamnés aux réflexes étriqués dont ils sont coutumiers, aux grandes phrases pour peu d’effets.
    Un certains nombre de trentenaires, de quarantenaires de droite trépignent à l’idée de donner un solide coup de pied dans cette fourmilière conservatrice incapable d’agir et d'apporter aux fonctionnaires et à l’état de mauvaises nouvelles.

Fermer

Newsletter

Inscrivez-vous à la lettre d'information hebdomadaire de la Fondation iFRAP.

Recevez chaque semaine notre lettre d'information pour vous tenir au courant de l'activité et des travaux de la Fondation iFRAP.