État et collectivités

La Caisse des dépôts et consignations peut-elle sauver la France ?

28 avril 2008 • Agnès Verdier-Molinié

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« La Caisse des dépôts, nous allons en faire un instrument de cette politique de défense et de promotion des intérêts économiques primordiaux de la Nation », déclarait le président Nicolas Sarkozy lors de sa conférence de presse du 8 janvier dernier.

On ne peut qu'applaudir à la volonté de notre président de défendre les intérêts économiques français avec énergie. En présentant le nouveau plan stratégique de la Caisse des dépôts et consignations intitulé « Élan 2020 », son directeur, Augustin Romanet de Beaune, était sur la même ligne. Il a indiqué que son groupe était premier ou deuxième actionnaire de la moitié des entreprises de l'indice CAC 40 et qu'il pouvait soutenir des opérations permettant de stabiliser leur actionnariat dans la durée ou encore de maintenir leurs centres de décision en France.

Ses prédécesseurs tenaient le même langage et la CDC revendique la place de premier investisseur à long terme de la Bourse de Paris. La Caisse est ainsi présente dans Véolia Environnement (10 %), Accor (8,8 %), Suez (2,8 %), Danone (3,6 %) et Eiffage (8,5 %).

Mais, si la CDC manipule bien quelque 250 milliards d'euros, la très grande majorité – plus de 200 milliards – ne sont qu'en transit chez la vieille dame de la rue de Lille pour être in fine consacrés au logement social et à des placements sécurisés dans des obligations d'État. La trentaine de milliards disponibles pour des investissements en actions de moyen et long termes ne représentent que 3 % des 1 000 milliards d'euros de la valeur totale du CAC. Peu de chose face aux centaines de milliards des fonds de pension, fonds d'investissements et fonds souverains. Vu ces montants, on peut légitimement s'interroger sur la pertinence de demander à la CDC d'intervenir pour « sauver » nos entreprises attaquées par des fonds d'investissements, des fonds de pension ou des fonds souverains. Le « bras séculier » de l'État est loin de posséder le trésor de guerre des dits fonds ! David contre Goliath.

Question naïve : face à des fonds étrangers si puissants, où sont les fonds souverains de la France ? Où sont les fonds de pension français ? Finalement, la CDC est, au choix, le seul fonds de pension ou fonds souverain français, mais en taille poupée.

En effet, ses fonds propres (20 milliards) et ses revenus largement dus jusqu'à présent aux secteurs sous monopole (dépôts obligatoires) et protégés (CNP et Caisses d'Épargne) sont faibles.

Son résultat net se situant autour de 2 milliards d'euros par an, elle ne dispose que d'environ 700 millions par an pour renforcer ses fonds propres. Ainsi, la Caisse des dépôts est-elle incapable de répondre aux sollicitations de tous les gouvernements successifs pour faire du « patriotisme économique ».

Un pays qui a refusé le principe de la retraite par capitalisation et qui est en déficit depuis plus de trente ans peut-il faire autre chose que de grands moulinets sur les problèmes de capitaux étrangers qui s'abattent sur nos entreprises ? Bien avant les interventions de ces nouveaux fonds, la moitié des actions du CAC 40 étaient détenues par des particuliers et caisses de retraites étrangers. Par idéologie ou par croyance en une solidarité sans responsabilité, la France s'est coupée de la possibilité d'avoir des fonds de pension français. Dure réalité : dans un dernier sondage effectué auprès des jeunes de 16 à 29 ans au niveau mondial, les jeunes Français sont de loin les moins enclins à payer des cotisations pour les personnes âgées. Cela en dit long sur le principe de solidarité qui lie soi-disant nos générations et sur l'impasse dans laquelle est arrivé notre système.

Pour « défendre avec acharnement » nos entreprises, nous aurions besoin plutôt de l'élan de fonds de pension français et de fonds souverains français et non des quelques milliards de la CDC.

Encore faudrait-il pour cela réformer notre système de retraites en profondeur et endiguer le déficit de la France. Un vaste programme quasi présidentiel.

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