État et collectivités

Interview avec Nicolas Dufourcq, directeur général de Bpifrance

30 novembre 2015 • Sandrine Gorreri

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Suite à nos différentes publiciations sur les investissements publics et notamment sur la Bpifrance, Nicolas Dufourcq, directeur général de Bpifrance, a accepté de répondre à nos questions : 

Vous avez déclaré "nous en avons assez d'élever des bonsaïs". Que vouliez-vous exprimer ?

 Nicolas Dufourcq : L’écosystème de l’innovation française est incroyablement bouillonnant et l’énergie créatrice qui se diffuse est inimaginable. Les initiatives en faveur de l’innovation qui ont été prises ces dix dernières années par les pouvoirs publics – dont la création de Bpifrance - ont permis à cet écosystème de se déployer et de donner naissance à un flux important de création d’entreprises à fort potentiel.

Il est essentiel de le redire : innover en France est plus facile que presque partout ailleurs dans le monde ! Nous disposons des meilleurs ingénieurs, de très bonnes écoles de management, notre écosystème est désormais solide et structuré. Et nos jeunes élites croient aujourd’hui que la réussite professionnelle passe par l’épanouissement dans la création.

Tous les ingrédients ont été réunis pour disposer de nombreuses et belles start-up. Soit. Mais la start-up n’est pas l’alpha et l’oméga d’une économie développée. Les innovations ont vocation à trouver un marché et à être industrialisées.

Tout en préservant les outils et dispositifs en faveur des start-up innovantes, c’est la transformation de celles-ci en PME puis en ETI et, enfin, en grandes entreprises qui doit guider nos actions.

Nous devons continuer à planter des bonsaïs, mais dans la perspective permanente d’en faire des baobabs, et ce, dès la détection du potentiel de l’entreprise. Les prochains GAFA doivent être français !

Ainsi Bpifrance propose des outils de financement aux entreprises innovantes, qui permettent d’assurer un continuum de financement puissant, de l’amorçage jusqu’à la cotation en bourse, en crédit, en garantie et en fonds propres.

Quel est le montant à partir duquel Bpifrance est légitime, selon vous, pour investir en capital dans une entreprise ?

Nicolas Dufourcq : Tout le travail qui a été réalisé depuis plus de deux ans maintenant consiste précisément à supprimer les effets de seuil, de « tiroirs bureaucratiques » qui freinent notre réactivité et nous déconnectent de la temporalité de la start-up. Notre légitimité s’inscrit dans notre capacité à favoriser le déploiement d’entreprises de croissance aux côtés de partenaires privés.

Une de nos obsessions ? Le continuum de financement. Le continuum de financement, c’est être capable de soutenir une entreprise de sa création à son introduction en bourse pour pouvoir répondre avec nos partenaires privés, aux entrepreneurs, de plus en plus nombreux, qui poussent la porte de Bpifrance, avec l’esprit de Magellan et l’audace de bâtir des business plans mondiaux dès le départ.

Notre intervention en fonds propres se fait principalement par le biais de fonds d’investissement privés et indépendants dans lesquels nous sommes souscripteurs minoritaires aux côtés d’investisseurs privés. Ces fonds investissent directement dans les entreprises. Ce système permet un double effet de levier privé - lors de la souscription dans le fonds puis lors de l’investissement dans l’entreprise.

Cette activité de « fonds de fonds » qui date du milieu des années 1990 a permis de structurer une industrie du capital-investissement, leader en Europe, qui assure aujourd’hui de très beaux succès.

Quelles sont les solutions que vous préconiseriez pour financer l’amorçage des start-up ? Dans de nombreux pays, des incitations fiscales fortes existent pour que l’épargne finance la création d’entreprises dans sa phase la plus risquée (EIS britannique par exemple). Faudrait-il s’en inspirer selon vous ?

Nicolas Dufourcq : Disposant d’un système de private equity désormais solide et en pleine concentration, il est aujourd’hui nécessaire d’orienter massivement l’épargne des Français vers l’entreprise en général, innovante en particulier.

L’EIS britannique est un exemple intéressant de ciblage de l’épargne vers les entreprises. Les Français bénéficient aussi de dispositifs fiscaux orientant l’épargne vers les PME. Il faut évidemment continuer sur cet élan, réfléchir à une montée en puissance et à la création de nouveaux outils financiers innovants, et sécuriser l’entreprise en sanctuarisant l’engagement long-termiste.

Mais il faut aussi vivement inciter les acteurs institutionnels, qui drainent l’épargne, à prendre plus de risques et à accompagner les chefs d’entreprise qui voient grand. Il faudra aussi travailler avec nos collègues européens à l’émergence de grands fonds pan-européens, qui pourront aller encore plus loin pour impulser la création de champions mondiaux.

De manière plus générale, il faut favoriser tout dispositif drainant les fonds vers l’entrepreneuriat : qu’il s’agisse de crowfunding, de crowdequity, du Love Money, ou des Business Angels.

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