État et collectivités

Les aides publiques à la création d'entreprises

Des fonds publics dirigés en majorité vers les chômeurs-créateurs

15 septembre 2006 • Julien Lamon

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Malgré la communication importante faite autour des réseaux associatifs d'aide à la création d'entreprises, seulement 10% des entrepreneurs passent au travers de ces réseaux, soit environ 30% des entrepreneurs aidés. En 2004, l'ensemble des réseaux d'accompagnement et de financement a accueilli environ 80.000 entrepreneurs potentiels, pour finalement ne concourir au financement que de 25.000 entreprises. Cet effet "d'entonnoir" consistant à ne sélectionner que les projets les plus viables, à l'instar des pratiques exercées par les banques ou les fonds de capital risque, contribue d'ailleurs à expliquer le fort taux de survie des entreprises aidées. Le montant total des prêts accordés par les 4 plus grands réseaux a atteint en 2004 l'équivalent de 120 millions d'euros. Le budget total de fonctionnement de ces réseaux équivalait, pour la même période, à près de 80 millions d'euros. Sur cette somme, 67 millions proviennent de financements publics. Près de 80% d'entre eux vont servir à accompagner des créateurs chômeurs, qui, nous l'avons vu, ne créeront que peu ou pas d'emplois supplémentaires.


D'après les calculs de l'iFRAP, corroborés par un rapport du Plan sur les aides aux TPE, le coût d'accompagnement complet par entreprise créée est d'environ 3.000 euros (une analyse analogue, publiée par le commissariat général au plan, évaluait quant à elle le coût moyen à 3.575 euros en 2003). Cela cache bien évidemment des disparités, variant d'environ 2.000 euros pour l'Adie à 15.000 euros pour le réseau Entreprendre. Ce coût d'accompagnement doit évidemment être pris en compte par comparaison avec le montant moyen prêté par les différents réseaux aux créateurs.



Ainsi, si l'Adie prête en moyenne 3.000 euros par création, le réseau Entreprendre, s'adressant à un public plus professionnel et des projets plus ambitieux, verse quant à lui des montants moyens de 25.000 euros. Enfin, il faut noter que ces montants permettent, par effet de levier, d'obtenir de 4 à 8 fois plus de fonds privés et publics (prêts régionaux, banques, capitaux risqueurs, business angels…). A titre d'exemple, ces réseaux sont également délégataires pour l'attribution des prêts à la création d'entreprises (PCE). Mis en oeuvre par Oséo-BDPME, le PCE est un crédit de 2.000 à 7.000 euros sans garantie ni caution personnelle du créateur. En 2004, 16.300 créateurs, tous projets confondus, en ont bénéficié, pour un montant total de 100 millions d'euros. Au regard du coût d'accompagnement d'un chômeur, il semble donc assez rentable, à première vue, de financer de tels réseaux afin de subventionner la création d'entreprises.

Budget annuel de fonctionnement (M€) nombre salariés (2004) nombre bénévoles (2004) créations entreprises (2004) coût par création (en euros) montants prêtés(M€) Prêt moyen (en euros)
Classique 17,4 350 7.100 4.691 3.703 40,34 8.599
Précaires 60,8 1.630 9.200 21.403 2.839 78,16 3.651
Source : calculs iFRAP d'après bilans annuels des différents organismes

Pourtant, il existe des limites à ce modèle. Tout d'abord, ces réseaux sont extrêmement consommateurs de personnels, salariés comme bénévoles. En effet, Pour créer 10 entreprises, soit 18 emplois à la création en moyenne, il faut l'intervention de près de 1 salarié et de 6 bénévoles. Ainsi, la croissance de ces réseaux d'accompagnement est inféodée à l'Etat de manière quasi linéaire (aucune économie d'échelle n'a été faite depuis l'année 2000, malgré une forte croissance des réseaux). On voit mal comment un tel système d'aide à la création pourra résorber le chômage de masse qui frappe la France. En effet, pour accompagner ne serait-ce que la totalité des chômeurs créateurs d'entreprises qui s'adressent chaque année aux 4 principaux réseaux de financement (RGB exclu car spécialisé dans l'accompagnement en amont), soit 80.000 personnes, il faudrait un réseau associatif de 8.000 salariés et 48.000 bénévoles ! Les pouvoirs publics devraient consacrer, chaque année, environ 800 millions d'euros au fonctionnement et à l'abondement des fonds garantis. Quand bien même ces 80.000 personnes créeraient leurs entreprises, nous avons vu que l'emploi induit atteindrait péniblement 120.000 emplois par an. Compte tenu des faibles perspectives de créations d'emplois par ces entreprises sur le long terme, la solution à la production de richesses ne peut résider dans ce modèle inspiré des recettes qui fonctionnent pour les seuls pays du tiers-monde, dont certains réseaux s'enorgueillissent d'ailleurs de s'inspirer.

Microcrédits, subventions de faibles montants, dilution du risque et des responsabilités et nombre disproportionné de bénévoles… Ces conditions typiques des modèles d'aide au développement « tiers mondiste » sont inadaptées aux enjeux de croissance de l'emploi marchand en France.


Le réseau Entreprendre est le seul qui se positionne formellement sur le segment des gazelles, en témoignent d'ailleurs ses résultats tels que la mesure de la taille moyenne des entreprises aidées. A 5 ans, plus de 13 emplois contre moins de 9 pour le concours. Plus inquiétant, le taux de survie à 5 ans des entreprises passant par le concours public n'est que de 68 %, ce qui n'est pas très élevé au regard des sommes (plus de 300.000 euros, incubateurs compris) attribuées en moyenne à chaque projet lauréat.

A l'examen, les dispositifs d'aides sont tous efficaces, à des degrés divers. Ils conduisent tous à un taux de survie significativement meilleur que celui des créations non aidées (au moins 10 points au-dessus de la moyenne nationale), et ils entraînent sans doute aussi un rythme de développement plus rapide (1 emploi de plus en moyenne au bout de 5 ans pour les entreprises aidées). Les raisons en sont claires : la qualité de l'accompagnement managérial avant et encore plus après création, surtout dans les réseaux autonomes Entreprendre et FIR. L'ouverture au crédit, mesurée par l'effet de levier de 4 à 6 permettant un apport conséquent en capitaux joue également un rôle non négligeable. Il est en effet prouvé que le montant des capitaux propres à la création impacte significativement la pérennité de l'entreprise. Mais ce taux de survie tient peut-être à l'effet d'entonnoir (environ 25 % seulement des entrepreneurs accueillis créeront leur entreprise), ne sélectionnant que les projets les plus aptes a réussir. Il reste cependant impossible d'évaluer l'influence exacte de chaque facteur pris indépendamment des autres, au regard des seules données disponibles pour notre étude.

Le retour sur investissement pour les capitaux publics est considérable, en particulier pour les demandeurs d'emploi qui passent d'un coût pour la collectivité de l'ordre de 5.000 euros par an à une création de valeur ajoutée de l'ordre de 40.000 euros année après année pour un coût public initial de l'ordre de 3.000 euros par emploi créé.

Pour autant, l'emploi marchand stagne depuis des années : ces résultats pour satisfaisants qu'ils soient n'apportent pas de réponse à l'atonie des PME soulignée en introduction. Ce modèle d'accompagnement peut donc paraître peu dispendieux, mais il reste inadapté aux besoins réels du pays en matière de création d'entreprises à forte croissance, seules capables d'offrir un nombre suffisant d'emplois dans le secteur marchand.

Il reste maintenant à chercher du côté des entreprises innovantes, fer de lance de la politique d'accompagnement menée par les pouvoirs publics et monopolisée par la technostructure administrative Oséo-Anvar.

Pour aller plus loin, lire également :

- 200.000 entreprises créées entre 2000 et 2005, mais pas plus d'emplois

-Sur 60 milliards d'aides aux entreprises, au moins 6 milliards à la SNCF, 600 millions pour la création d'entreprises

- Aides aux créateurs précaires : 1 euro de frais pour 1 euro de prêté

- Associations d'aide à la création : 1 salarié et 7 bénévoles pour créer 18 emplois

- Concours national d'aide à la création d'entreprises de technologies innovantes : 1 emploi coûte 70.000 euros

- Le monopole de l'Anvar pour le financement de l'innovation

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