État et collectivités

Défense, faut-il élargir le recrutement aux volontaires européens et étrangers ?

02 septembre 2015 • Un expert des questions de Défense

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Dans son 9ème rapport annuel remis le 16 juin 2015 au président de la République dont le thème est : « Les perspectives de la condition militaire, sur la période 2015-2025 », le Haut comité d'évaluation de la condition militaire (HCECM) expose les évolutions prévisibles à 10 ans de la condition militaire à travers ses permanences, ses transformations et les attentes des militaires eux-mêmes. Dans ce cadre, le HCECM a mis en évidence la baisse significative du nombre de candidats volontaires français à s'engager dans les armées : c'est ainsi qu'en l'espace de 5 ans, la baisse du nombre de candidats est évaluée à environ 30% : en 2009, plus de 30.800 jeunes Français ont souscrit un contrat d'engagement, en 2014 seulement environ 19.500 candidats. 

Le président du HCECM, Monsieur Bernard Pêcheur, a évoqué la question de l'attractivité qui est un enjeu majeur »  et est d'autant plus patente que les recrutements annuels des armées sont importants comme le met en évidence le tableau suivant (source Sénat PLF 2013) :

Catégories

2011

2012*

2013**

Armée de terre

Officiers

433

375

409

Sous-officiers

749

613

651

Militaires du rang engagés (incluant la Légion étrangère)

9 863

7 789

8 200

Volontaires

1 349

1 335

1 300

Marine

Officiers

133

139

131

Sous-officiers

757

675

687

Militaires du rang engagés

1292

1 171

1 425

Volontaires

588

342

570

Armée de l'air

Officiers

162

173

165

Sous-officiers

1 064

1 071

1 267

Militaires du rang engagés

550

798

800

Volontaires

77

123

150

* Données arrêtées au 30 juin 2012 ** Chiffres prévisionnels.

Quelles sont les catégories de personnels touchées par cette baisse ?

Malgré un taux de chômage important, surtout chez les jeunes, cette baisse déjà présentée dans le 7ème rapport du HCECM de 2013 qui avait souligné que pour 22.273 postes ouverts tous métiers confondus au recrutement en 2012, seulement 79.194 candidats se sont présentés, concerne :

  • notamment les militaires du rang des armées principalement de l'armée de terre selon le type d'armes dont le taux de sélection est de 2,4 candidats par poste en 2013 ;

  • mais aussi les officiers sous contrat (OSC) dans la spécialité « encadrement des formations » ;

  • ainsi que des sous-officiers des armées dans certains métiers (informaticiens, métiers de bouche et du bâtiment, maintenanciers, spécialités opérationnelles aéronautiques et navales...).

Par rapport aux emplois des différentes catégories de la fonction publique civile (environ 10 candidats pour un poste), la sélectivité du recrutement des militaires est très faible, notamment pour les non-officiers. En revanche, le recrutement direct des grandes écoles d’officiers (École spéciale militaire de Saint-Cyr, École Navale, École de l’Air) est très bon car pour 1 poste le nombre moyen de candidats est de 15,3 en 2012.

Il n'est donc pas certain que la décision du président de la République de réduire la déflation des effectifs précisée dans la loi n° 2015-917 du 28 juillet 2015 actualisant la programmation militaire (LPM) pour les années 2015 à 2019 et portant diverses dispositions concernant la Défense, puisse améliorer la qualité du recrutement. L'article 5 de cette loi précise que la réduction nette des effectifs du MINDEF est la suivante :

 

2015

2016

2017

2018

2019

Total 2015-2019

Évolution des effectifs

0

2300

-2600

-2800

-3818

-6918

Face à cette baisse significative du nombre de candidats à l'engagement, le HCECM préconise de développer l'attractivité du métier de militaire et de favoriser la fidélisation à partir des mesures dont certaines ont un coût financier non évalué à ce jour et qui sont les suivantes :

  • améliorer les conditions de vie en garnison et du personnel en opérations et en service ;

  • améliorer la solde des militaires du rang les plus anciens par rapport aux plus jeunes en augmentant les écarts de solde indiciaire ;

  • accorder la gratuité de l'alimentation et de l'hébergement pour les militaires du rang au grade de caporal-chef et assimilés lors de la vie en garnison ;

  • améliorer le processus de reconversion professionnelle des militaires dans le secteur civil ;

  • mieux prendre en compte la conciliation de l'exercice du métier de militaire et de la vie familiale.

Mais au regard de ses propositions, la bonne question est de savoir si cette baisse de la sélectivité est conjoncturelle ou plutôt structurelle ? Dans le cas de la 2ème hypothèse qui touche aussi des armées d'autres pays, les mesures proposées par le HCECM ne paraissent pas apporter une solution durable.

En raison de leur attractivité1 liée à leurs conditions d'entraînement, la nature de leurs missions et leur esprit de corps, cette baisse de la sélectivité ne concerne pas les troupes d'élite comme la Légion étrangère.

La conscription nationale française qui a montré ses limites en ce qui concerne son caractère universel, n'a duré qu'un peu plus de 100 ans dans l'histoire militaire de la France et de façon discontinue (de 1789 à 1815 et de l’avènement de la IIIème République à 2002 qui consacre la suspension définitive de l'appel aux conscrits). L'histoire militaire française met en évidence que les armées des souverains (rois et empereurs) et de la République ont eu recours au recrutement des étrangers, bien souvent au sein d'unités constituées avec des contingents homogènes de volontaires :

  • régiments d'Écossais, d'Irlandais, de Suisses, de Hongrois, de Croates... sous l'Ancien régime ;

  • formations de différentes nationalités (légions polonaise, belge, irlandaise... régiments suisses, danois, lituaniens, balkaniques...) sous le 1er Empire ;

  • régiments de spahis et de tirailleurs de différentes nationalités (Marocains, Algériens, Tunisiens, Sénégalais, Tonkinois, Annamites, Malgaches...) qui, rappelons-le, n'étaient pas des citoyens français mais des sujets résidant dans des protectorats et colonies français sous les 3ème et 4ème Républiques.

Ayant acquis une aura incontestable et planétaire lors des différentes guerres coloniales et des conflits mondiaux2, La Légion étrangère est composée de régiments engagés à la pointe des différentes OPEX que la France a conduits et conduit depuis la fin de la décolonisation3. La Légion étrangère engerbant environ 7.200 militaires4 sous commandement organique du Commandant de la Légion étrangère (COMLE), est composée des formations suivantes :

  • 5 régiments opérationnels (parachutiste, infanterie, cavalerie, génie)5 basés en métropole auxquels se rajoutera la 13ème Demi-Brigade de la Légion étrangère (13ème DBLE) qui après avoir été stationnée à Djibouti depuis 1962 en tant qu'unité opérationnelle, est depuis 2011 le corps support aux effectifs réduits de la base française aux Émirats-Unis (Abou Dhabi) et rejoindra le camp du Larzac (Aveyron),

  • 2 formations prépositionnées en Guyane (3éme REI) et à Mayotte (Détachement de la légion étrangère - DLEM) ;

  • 1 régiment de formation des légionnaires : 4ème RE ;

  • 1 régiment de gestion administrative des légionnaires : 1er RE ;

  • 1 formation de recrutement de légionnaires : groupe de recrutement de la Légion étrangère (GRLE) auxquels sont rattachés 12 postes d'information de la Légion étrangère (PILE)6.

Source : portail internet de la Légion étrangère

Au début de l'année, le MINDEF a décidé avec justesse de renforcer la Légion étrangère qui recrute actuellement environ 1.000 volontaires7 (dont 85% d'étrangers8) chaque année sur 8.000 candidats, avec des effectifs supplémentaires (plus 70%), notamment au sein de la 13ème DBLE qui devrait atteindre un effectif de 1.000 personnels et du 2ème REI avec un renfort de 150 militaires (avec la recréation de la 5ème compagnie dissoute quelques années auparavant). Cette décision est tout à fait opportune compte tenu que le niveau général évalué au recrutement des légionnaires est assez élevé : 13,5/20.

Compte tenu de ses qualités opérationnelles (notamment sa disponibilité, sa discipline et sa valeur combative), la Légion étrangère n'a pas vocation à armer des bases prépositionnées outre-mer mais à constituer un réservoir significatif de forces projetables sur des OPEX et la proposition présentée supra va dans ce sens. Il ne s'agit pas de constituer une force armée de l'armée de terre constituée uniquement de légionnaires car la défense des intérêts nationaux ne doit pas s'appuyer essentiellement sur des volontaires étrangers. Il reste que la Légion étrangère offre une occasion estimable de recrutement de militaires inégalée dans le monde. Son recrutement effectué à partir de 150 nationalités permet de brasser dans des unités opérationnelles des candidats souvent d’origine slave ou francophone, mais aussi chinoise, brésilienne, africaine… qui signent un 1er contrat de 5 ans, tout en précisant que la durée moyenne des volontaires au sein de la Légion étrangère est de 8 ans environ.

C'est l'instruction n° 2500/DEF/RH-AT/PRH/LEG du 13 février 2012 relative aux engagements à servir dans la Légion étrangère et notamment la possibilité et non plus l'obligation de s'engager sous une identité déclarée9 ou sa véritable identité. Les légionnaires ont aussi la possibilité de recevoir une carte de séjour de 10 ans (accordée dans 95% des cas en 2013) sous certaines conditions (blessures en opération, certificat de bonne conduite...), voire de prétendre à la naturalisation pour qualité des services rendus.

La Légion étrangère enregistre environ 250 désertions motivées plus par des motifs personnels (notamment désir de retour dans son pays, remontée du moral face à un mal vivre au moment de l'engagement...) que pour des raisons professionnelles ou un rejet de cette institution. Le taux d'attrition est en 2012 de 22% au cours des 6 premiers mois et de 10% les 6 mois suivants, ce qui signifie qu'un engagé sur trois (32%) quitte la Légion étrangère au cours de la 1ère année. Mais, cette attrition qui est largement compensée par le nombre élevé de candidats à l'engagement, est à comparer avec les taux de dénonciation des contrats par les militaires français de l'armée de terre au cours de la période probatoire (en règle générale 6 mois) qui sont dûs principalement à leur constat personnel qu'ils ne sont pas faits pour le métier des armes :

Taux de dénonciation de contrat

Officiers sous contrat

Engagés volontaires sous-officiers

Militaires du rang engagés volontaires initiaux

Recrutement 2009

5 %

15,35 %

30 %

Recrutement 2010

9 %

16,12 %

28,7 %

Recrutement 2011

5 %

16,78 %

24,4 %

Si le décret n° 2008-956 du 12 septembre 2008 relatif aux militaires servant à titre étranger précise les conditions de recrutement dans la Légion étrangère, le décret n° 2008-959 du 12 septembre 2008 relatif aux militaires commissionnés  précise celles des militaires commissionnés qui concernent les citoyens français et les ressortissants étrangers. Ils sont recrutés par contrat, en qualité d'officier, sous-officier et officier marinier pour satisfaire des besoins immédiats des armées et de la gendarmerie dans des emplois de spécialistes à caractère scientifique, technique ou pédagogique qui ne sont pas pourvus par les autres modes de recrutement et de formation ou qui font l'objet d'une vacance temporaire.

La France n’est pas le seul pays à recourir aux volontaires étrangers

  • Les États-Unis :

Depuis la fin de la guerre froide, les forces armées américaines10 ont fait appel, dans le cadre du Lodge Act de 1951, au recrutement d'expatriés des pays de l'Est qui devaient intervenir en Europe en cas d'invasion par les Soviétiques. Avec la Seconde guerre d'Irak en 2003 et celle d’Afghanistan en 2001, compte tenu de la désaffection des Américains pour le métier de militaire, elles ont procédé au recrutement de volontaires étrangers venant de plusieurs pays, notamment d'Amérique du Sud mais aussi d'Europe et d'Asie, qui ont intégrés les formations de l'US Army et du corps des marines. Jusqu’à présent, pour s’engager dans l’armée américaine, il suffisait d’avoir la carte verte (« green card ») qui ouvre le droit au statut de résident permanent avec des droits et devoirs identiques aux citoyens américains à l'exception du droit de vote et de siéger comme jury dans les tribunaux et qui permet d'obtenir la nationalité américaine au bout de 5 ans de détention de ce document. Selon une information diffusée par le Pentagone, plus de 58.000 étrangers ont pu acquérir, depuis le 11 septembre 2001, la nationalité américaine parce qu’ils servaient au sein des forces armées américaines. Avec ce système de recrutement, entre 5.000 et 8.000 immigrants détenteurs de le « green card » ont rejoint les forces armées chaque année selon le Pentagone, et environ 29.000 personnes nées à l'étranger qui y servent actuellement ne sont pas citoyens américains, chiffre à rapporter à un effectif total des forces armées d'environ 1 .300.000 personnels.

  • Le Royaume-Uni :

Les forces armées britanniques font de plus en plus appel au recrutement des étrangers pour faire face à leurs problèmes d’effectifs11, notamment vers les pays membres du Commonwealth et anglophones. Selon les données du journaliste, Jean-Dominique Merchet sur son blog en date du 19 février 2008, les effectifs des étrangers dans les armées britanniques étaient, à cette date, estimés à environ à 11.000 personnels représentant environ 8 à 9% de leurs effectifs : îles Fidji : environ 2.000 personnels, Afrique du Sud : environ 800, Ghana : environ 700 personnels, Zimbabwe : environ 500 et les quelque 3.500 Népalais qui servent dans les unités de Gurkhas12, alors qu'au début des années 2000, ils étaient un peu moins de 1.000 (hors Gurkas).

  • L'Allemagne :

Selon un article de l’AFP de 2011, câblant de Berlin, le ministère allemand de la Défense aurait décidé de recruter des ressortissants étrangers résidant en Allemagne pour renforcer la Bundeswehr13. Selon les statistiques publiées par le gouvernement allemand, le nombre des ressortissants étrangers résidant en Allemagne, s’élève à 7.100.000.

  • L'Espagne :

Depuis 2002, l'armée de terre espagnole14 recrute des étrangers dans le cadre de contrats de 6 ans renouvelables dans la limite de 9% des effectifs des militaires du rang. Ils représentent aujourd'hui 5,8% des effectifs et sont issus de pays hispanophones d'Amérique du sud et d'Afrique (Équateur, Colombie, Guinée équatoriale...). Ces étrangers servent dans les unités d'infanterie espagnoles mais principalement dans la Légion espagnole15 qui est une formation de l'armée de terre composée d'une brigade d'infanterie intégrée dans la force d'action rapide de l'armée de terre et d'unités indépendantes basées dans les provinces autonomes d'Espagne enclavées sur le territoire du Maroc que sont Ceuta et Mellila

  • La Belgique :

Comme d'autres pays européens, la Belgique, après sa décision en juillet 1992, a officiellement mis fin, le 28 février 1995 après 86 années d'utilisation, à la conscription en vue de mettre sur pied une armée de métier aux effectifs plus réduits. Les forces armées belges enrôlent les volontaires belges en fonction de quotas démographiques entre les Flamands et les Wallons donnant lieu à des unités homogènes flamandes et wallonnes. Cependant depuis les années 1990, les forces armées belges sont confrontées à des difficultés de recrutement de candidats, notamment des militaires du rang et des spécialistes en linguistique, informatique, médical... qui varient selon les régions de Flandres et de Wallonie et en fonction de leur économie : en clair, plus de Wallons que de Flamands s'engagent dans les forces armées belges.

Face à cette baisse du recrutement qui s'accompagne d'un taux d'attrition important (environ 55% des jeunes soldats ont quitté la Défense entre 2004 et 2012 avant la fin de leur formation16), l'idée de certaines personnalités politiques belges tel le ministre de la Défense, André Flahaut, en 2004 est de faire appel à des volontaires européens ou non avec la possibilité de leur offrir la nationalité belge et donc de supprimer les quotas17. Cependant, cette idée se heurte à une opposition notamment de la population flamande comme le politologue flamand Kris Deschouwer qui précisait que «toucher à la répartition dans l'armée, c'est toucher à la clé de voûte de la Belgique. C'est un geste symbolique. On commence par l'armée et on continue avec le reste».

  • L'Australie :

Les forces armées australiennes connaissent des difficultés de recrutement en raison du boum du secteur minier qui attire, avec des salaires conséquents, une main d’œuvre qualifiée dont beaucoup d'ingénieurs. C'est notamment la Royal Australian Navy (RAN) qui cherche à recruter des marins britanniques sans emploi dans la Royal Navy pour cause de réduction d'effectifs budgétaires dans les métiers aéronautiques et subaquatiques.

  • Israël :

Les forces de défense d'Israël – Tsahal18 - qui a ouvert le recrutement aux membres de minorités arabes musulmanes et surtout chrétiennes comme volontaires, permettent à tout juif étranger non-Israélien de servir en leur sein dans le cadre du programme appelé Mahal19 même s'il existe d'autres programmes de recrutement sous statut civil mais exécutant au profit de Tsahal des missions de type logistique (Sar-El et Marva20). Dans le cadre de Mahal, les volontaires non-Israéliens appelés « soldats seuls »21 n'ayant pas de famille sur le territoire d'Israël et qui effectuent le même type de mission de combat que les israéliens enrôlés dans Tsahal, signent un contrat de 18 mois et ceux qui demandent la citoyenneté israélienne font 18 mois supplémentaires pour les hommes et 6 mois pour les femmes célibataires, conformément à la durée légale de service militaire obligatoire de tout Israélien. Selon les informations de Nefesh B'Nefesh, une organisation d'aide à l'immigration en Israël pour les Juifs étrangers, alors qu'en 2013 les volontaires non-israéliens n'étaient que 330, 3.384 volontaires ont intégré en 2014 Tsahal qui a dans ses rangs environ 160.000 militaires actifs. Parmi cette population de volontaires, environ 2.700 ont reçu la carte d'identité israélienne ; un quart de ces volontaires vient des États-Unis d'Amérique, les autres provenant principalement de France, Russie, Ukraine et Canada.

  • La Russie :

En 2014 a été signé le décret autorisant les étrangers sans nationalité russe mais tout en étant russophones à s’enrôler dans les unités des forces armées de la Fédération de Russie comme non-officiers. Cette disposition s'adresse aux millions de ressortissants russophones22 des anciennes républiques de l'URSS âgés entre 18 et 30 ans pour occuper des postes subalternes avec des contrats initiaux de 5 ans sous réserve de satisfaire les conditions (physiques, judiciaires, et sanitaires) identiques à celles des citoyens de la Fédération et ayant les mêmes devoirs relatifs à la défense des intérêts de la Russie, notamment en cas de conflit armé. Cette ouverture du recrutement ne semble pas attirer un grand nombre de volontaires, peut-être en raison des conditions de vie, d'entraînement et d'engagement en OPEX des militaires russes qui restent très rudes. En 2008, ces volontaires en nombre très limité étaient originaires des anciennes républiques asiatiques de l'URSS (environ 300 venant principalement des ressortissants du Tadjikistan et d’Ouzbékistan).

En 2014, les forces armées russes comptaient 295.000 contractuels et le ministère de la Défense avait l’intention d’augmenter ce nombre à 500.000 à l’horizon 2021. Alors que les forces armées russes sont d'environ 760.000 militaires, cette décision de recruter des étrangers s'appuie sur une désaffection des Russes pour le métier de militaire obligeant ainsi le maintien de la conscription. En outre, selon le lieutenant-général Youri Netkatchev, elle s'appuie sur « la nouvelle donne géopolitique sur l’espace post-soviétique telle qu’elle est décrite dans la nouvelle doctrine militaire, selon laquelle la Russie établit un espace de défense commun avec une série d’États sur le territoire de l’ex-URSS »23.

  • Le Luxembourg :

Le 11 février 2004, au sein de la commune de Schieren, s'est déroulée, en présence du Premier ministre luxembourgeois, Monsieur Jean-Claude Juncker, des ministres de la Défense italienne et portugaise et du représentant du MINDEF, la 141ème cérémonie de prestation de serment des recrues qui a regroupé 86 soldats volontaires, dont 12 de nationalité portugaise, 4 de nationalité italienne et 1 de nationalité française ayant suivi leur instruction militaire de base d'une durée de 4 mois. C'est en vertu des dispositions de la loi du 20 décembre 200224 modifiant la loi modifiée du 23 juillet 1952 relative à l’organisation militaire25 qui précise que les candidats de nationalité d’un des États membres de l’Union européenne (UE), résidant au Luxembourg depuis au moins 36 mois peuvent être recrutés dans les forces armées luxembourgeoises comme volontaires dans les conditions identiques à celles des Luxembourgeois. Auparavant, les non-Luxembourgeois résidant sur le territoire luxembourgeois devaient attendre d'acquérir la nationalité luxembourgeoise pour s’engager dans cette armée.

C'est surtout en raison d'une désaffection des Luxembourgeois vis-à-vis du métier de militaire qu'ont été incorporés les citoyens européens qui représentent 20% des effectifs des forces armées de ce pays.

Conclusion

Depuis un certain temps, les jeunes Européens et Américains se détournent du métier de militaire comme d'autres professions (BTP, métiers de bouche, artisanat...) qui sont connues pour la pénibilité du travail. Seules les troupes d'élite comme les unités aéroportées, de montagne et de commandos attirent une partie de cette jeunesse en raison de leur notoriété opérationnelle. C'est le cas de la Légion étrangère et de la Légion espagnole qui attirent non seulement des étrangers mais aussi des nationaux compte tenu de l'image mythique et héroïque que ces corps véhiculent.

Face à cette difficulté de recrutement, les solutions sont de différentes natures :

  • soit des mesures conjoncturelles proposées par le HCECM dont l'impact, les résultats et l'économie générale ne sont pas chiffrés ;

  • soit des mesures structurelles permettant à la France d'élargir de façon rationnelle et efficiente le périmètre du recrutement des volontaires étrangers dans ses forces armées.

Les éléments cités supra mettent en évidence que de nombreux pays, notamment occidentaux qui, confrontés à leurs obligations de participer à des OPEX avec des militaires de métier, ont abandonné le service militaire obligatoire national et de ce fait font appel au recrutement de volontaires étrangers en raison de la désaffection de leurs citoyens pour le métier de militaire.

L'attractivité des Français dans les forces armées françaises passe par une facilité de reconversion professionnelle dans le secteur civil, notamment public, dont les conditions sont précisées dans le code de la Défense dans l'article L4139-2 relatif à l’accès aux emplois publics réservés aux militaires (dérogatoire aux procédures de droit commun : concours, détachement). Cette reconversion sera d'autant plus facilitée avec la possibilité pour les jeunes Français âgés de moins de 18 ans, d'accéder à des formations professionnelles préparatoires aux métiers de militaires comme l'a souligné l'article de l'iFRAP du 12 mai 2015.

La fidélisation des militaires français suppose une possibilité plus importante offerte aux sous-officiers d'accéder au grade d'officier. La création de nouvelles primes et indemnités en vue d'attirer des volontaires français vers des postes de spécialistes, notamment des activités aéronautiques et sub-aquatiques, a un coût financier et surtout ne facilite pas la mise en œuvre du système d'information « Source solde » qui suppose une stabilisation du régime indemnitaire27 des rémunérations des militaires – ce qui n'a pas été effectué lors de la conduite du projet relatif au raccordement des SIRH à LOUVOIS.

En ce qui concerne les postes de militaires dans les métiers de la logistique non projetables qui souffrent d'une désaffection des Français, il convient de faire appel à l'externalisation du soutien.

Le renforcement des effectifs de la Légion étrangère pourrait être porté au niveau du recrutement de volontaires étrangers d'un niveau égal à celui réalisé dans les forces armées britanniques, soit plus de 3.000 personnels supplémentaires.

L'orientation luxembourgeoise apparaît comme une solution au déficit de recrutement et vers une armée européenne.

Le Grand-Duché du Luxembourg est le premier État membre de l'UE à avoir légiféré pour le recrutement de volontaires européens. Cette loi innovatrice s’inscrit pleinement dans l’idée d’une politique de défense commune des pays de l’UE dans le contexte des OPEX conduites dans le cadre européen. Lors de la cérémonie d'assermentation des volontaires luxembourgeois et européens, les ministres de la Défense du Luxembourg, de l'Italie et du Portugal, ainsi que l'ambassadeur de France, ont soulevé le caractère hautement symbolique de l'assermentation des 17 recrues non-luxembourgeoises qui apporterait une "nouvelle dimension au principe de la citoyenneté européenne" et le rôle précurseur en matière d'intégration du Luxembourg de ressortissants étrangers.

Ainsi, la France devrait élargir le recrutement dans ses forces armées en dehors de la Légion étrangère aux volontaires européens, mais aussi francophones dont le vivier est important comme le met en évidence la carte ci-dessous :

La qualité opérationnelle et le savoir-faire technique des forces armées françaises reconnus en Europe est un sérieux atout pour les attirer et devrait favoriser une augmentation du taux de sélectivité du recrutement.

Même si la présence de soldats étrangers dans les forces armées française peut sembler curieuse en raison de l’habitude de la conscription nationale, cet élargissement du recrutement aux volontaires européens peut être aussi une façon de faire face aux difficultés de recrutement actuelles et de construire l'Europe de la Défense alors que l'utilisation des groupements tactiques (battlegroups)28 peine à être mise en œuvre.


1Confer l'article du journal Le Monde avec l'AFP du 16 décembre 2014.

2Ont été créés en 1940 des régiments de marche de volontaires étrangers désirant combattre les forces allemandes bien souvent pour des motifs politiques de lutte contre le régime nazi.

3C'est notamment le cas du 2ème régiment étranger parachutiste (2éme REP).

4La Légion étrangère qui attire l'élite de l’École militaire de Saint-Cyr, forme ses propres sous-officiers à partir des légionnaires et dont une partie peut accéder au grade d'officier par sélection. Cependant, elle engerbe quelques sous-officiers spécialistes appelés « cadres blancs ».

52ème REP, 2ème REI, 1er REC, 1er et 2ème REG inclus dans des brigades interarmes.

6Paris (3), Lille, Strasbourg, Lyon, Nice, Aubagne, Perpignan, Toulouse, Bordeaux et Nantes.

7Moyenne d'âge : 23 ans. Pour postuler à l’engagement, il faut avoir 17 ans au moins et 40 ans au plus

8Actuellement, 25% des légionnaires sont originaires de l'Europe orientale, 15% de France, 10% de l'Asie (Chine et Mongolie). Un quart des légionnaires recrutés est francophone.

9À l'origine, le recrutement sous identité déclarée visait à permettre l'engagement d'urgence, en cas de conflit, de personnels étrangers qui n'étaient pas tenus de justifier de leur état civil, pour éviter les formalités administratives

10La conscription a été abolie en 1973.

11Il est vrai que la réduction des effectifs engagés dans le cadre des forces armées britanniques à l'horizon 2020 touche plus ces étrangers que les volontaires nationaux

12Sur quelque 14.000 candidats chaque année, seuls 200 à 300 volontaires sont intégrés dans la British Army chaque année. Ils sont intégrés dans une unité interarmes (brigade) dont l'efficacité opérationnelle a été plusieurs fois démontrée dans les conflits récents (Guerre des Malouines, Afghanistan...).

13La conscription a été abolie en 2011.

14Source : direction des ressources humaines du ministère de la Défense (DRH-MD) du 28 juin 2010.

15Créée par ordonnance royale du 28 janvier 1920 en vue de faire face au conflit dans la colonie rifaine du Maroc.

16Sur environ 1.200 soldats recrutés dans l’armée belge en 2008, seulement 628 étaient encore dans l'armée en 2011. Déjà en 2011, le député fédéral socialiste flamand David Geerts avait constaté qu’environ 1 soldat sur 5 quittait l’armée belge au cours de la 1ère année après son recrutement. Dans son édition du 16 avril 2014, la Libre Belgique a indiqué qu’1 militaire sur 2 quitte l’armée avant la fin de sa formation.

17Environ 60% de Flamands et 40% de Wallons.

18Tsva Hagana LeIsrael

19Son origine remonte à création de l’État d’Israël quand des milliers de volontaires, appelés les mahalniks issus de plusieurs pays ont rejoint les rangs de la jeune armée israélienne confrontée aux pays arabes lors de la 1ère guerre israélo-arabe de 1948.

20Pour des durées allant de 3 semaines à 2 mois avec la possibilité de suivre une formation militaire.

21Ces « soldats seuls » (Hayal Boded en hébreu) sont des non-israëliens dont les parents ont émigré à l’étranger, des nouveaux immigrants venus sans leurs parents, des orphelins ou des soldats n’ayant plus de contact avec leur famille.

22Le nombre de russophones résidant en dehors de la Fédération de Russie est d'environ 25 millions de personnes.

23Cette déclaration est à mettre en parallèle avec la réaction de la Fédération de Russie sur un éventuel plan américain de déstabilisation et de liquidation de la République moldave de Transnistrie

24Avec son règlement grand-ducal du 20 mars 2003

25La fin de la conscription établie en 1944 est décidée en 1967 et les effectifs des forces armées luxembourgeoises sont de l'ordre de 800 militaires.

27Confer l'instruction n° 101000/DEF/SGA/DRH-MD relative aux droits financiers du personnel militaire et de ses ayants cause du 13 janvier 2015

28Ces bataillons de 1.500 hommes qui sont formés par un groupe d’États européens volontaires, se tiennent disponibles, par périodes de 6 mois, pour une éventuelle intervention militaire au nom de l’UE. Le dispositif existe depuis 2007, mais n’a jamais été engagé sur le terrain des OPEX.

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