Actualité

Bilan de l'An I d'Emmanuel Macron

Lundi 29 janvier prochain, Agnès Verdier-Molinié, directeur de la Fondation iFRAP, est l'invitée des Rencontres du Figaro pour une grande conférence à la salle Gaveau à 20h. A cette occassion, elle répond aux questions du Figaro pour le point après un an de réformes menées par Emmanuel Macron et son exécutif. Est-on sur la bonne voie ? Que reste-t-il à faire ?

FIGARO - Vous aviez écrit il y a trois ans un ouvrage intitulé «On va dans le mur». L'avons-nous évité ?

Agnès Verdier-Molinié - On va dans le mur est sorti au milieu du quinquennat de François Hollande. La France venait d'essuyer 3 années d'une croissance à moins de 1 % et un chômage qui ne faisait que monter. Le CICE et le pacte de responsabilité n'avaient pas encore porté leurs fruits. Quant à la fiscalité, le gouvernement ne savait que l'augmenter et flirtait avec l'idée de taxer le capital comme le travail et d'imposer à 75 % les hauts revenus, ce qui était aux antipodes de la politique à mener. Ce livre a mis en lumière les freins qui pèsent sur la France: cascade d'impôts, poids de la dépense publique, empilement des réglementations, enchevêtrement des compétences, opacité dans la gestion publique… Bref, les travers de ce que l'on appelle le «modèle français». Un modèle qui génère plus de dette, de déficit et de chômage que dans la plupart des pays européens.

Depuis, et heureusement, a été élu un gouvernement dont les lignes directrices vont, sur le papier, dans le bon sens: baisser la fiscalité, les dépenses, «transformer» le modèle et renouer avec l'attractivité… Or, le véritable reflux de la fiscalité et de la dépense publique est encore loin d'être amorcé. Il est donc encore trop tôt pour dire si on a évité le mur.

La loi travail aura-t-elle des conséquences vertueuses sur l'emploi, et si oui, quand ?

La baisse du chômage est la seconde préoccupation des Français et on aurait pu attendre des mesures beaucoup plus fortes dans les ordonnances comme une remise en cause des 35 heures, la redéfinition de la cause réelle et sérieuse du licenciement, le report des obligations au passage de seuils à 10 ou à 50 salariés… On aurait pu aussi imaginer rendre plus flexible l'utilisation des CDD, en augmenter le nombre de reconductions possibles, comme l'ont fait les Italiens. Il n'en est toujours rien puisque pour pouvoir signer un CDI de chantier, il faut que la branche ait validé cette possibilité. Les branches conservent un pouvoir exorbitant. Cela pénalise les jeunes et petites entreprises qui souhaiteraient (et ont besoin pour grandir) de règles plus souples. À noter: les conventions de branches sont facultatives en Allemagne et n'existent pas au Royaume-Uni.

Plus de souplesse pour les petites entreprises, c'est au demeurant ce que le gouvernement défend en réservant la consultation directe entre l'employeur et ses salariés aux PME mais, en même temps, il met une sacrée barrière pour la signature d'accords puisqu'il faut réunir la majorité des 2/3 avec les syndicats.

Dans le Macronomètre, notre observatoire des réformes du gouvernement, nous avons évalué que les ordonnances travail ne créeront, à l'horizon 2022, qu'entre 17 000 et 50 000 emplois. C'est loin d'être suffisant.

Hormis cette loi, qu'est-ce que les PME ont gagné depuis dix mois et qu'attendent-elles de plus?

Les PME gagnent avec la baisse de l'impôt sur les sociétés à 25% et la transformation du CICE en baisse de charges. Selon nos estimations, ces deux mesures devraient permettre la création de 335 000 emplois à l'horizon 2022.

La baisse de la fiscalité du capital (flat-tax et impôt sur la fortune immobilière) aura aussi un effet positif sur l'économie mais pour être assurés que les TPE et PME en bénéficient, il faudrait flécher beaucoup plus les investissements des particuliers vers le capital des jeunes pousses. Or, pour l'instant, la majorité se focalise plus - et pour la énième fois - sur une redirection de l'épargne qui passe par les banques et les compagnies d'assurance. Problème: ces investissements n'iront jamais financer les entreprises en création. Sur ce sujet, les Britanniques ont un outil très puissant qui permet de déduire de son impôt sur le revenu 30 % de son investissement en capital des jeunes entreprises et ce jusqu'à 1 million de livres par an… avec exonération de taxation des plus-values à la sortie. Qu'attendons-nous pour les imiter? Que les chantres de la fiscalité du capital démontrent dans 18 mois que la baisse n'a pas permis de créations d'emplois?

Par ailleurs, les PME ont de plus en plus de fiscalité locale à assumer. Cette fiscalité, qui pèse sur la production (et non sur les bénéfices réalisés!) est beaucoup plus lourde en France qu'en Allemagne et elle ne fait qu'augmenter ces dernières années (encore +2,6 % en 2016). Il est urgent de les baisser.

ISF, taxe d'habitation… Emmanuel Macron a-t-il lancé une révolution fiscale ou sommes-nous encore dans des ajustements à la marge?

Nous partons de loin, nous sommes les champions de la fiscalité en Europe. La dernière livraison Eurostat est claire: 47,6 % de prélèvements obligatoires quand la moyenne européenne est à 41 %. Le gouvernement a prévu de baisser la fiscalité de 20 milliards mais il faudrait a minima doubler cet objectif. Or, cela est impossible sans une baisse massive des dépenses publiques.

Le gouvernement semble repousser les économies à plus tard. Que pensez-vous de cette stratégie?

C'est (encore et toujours) LE sujet majeur. Didier Migaud a d'ailleurs largement insisté là-dessus cette semaine face au président Macron. Il n'y a, à ce stade, presque aucun ajustement structurel de la dépense publique. La baisse des dépenses publiques annoncée n'est, de surcroît, pas documentée. Et elle est largement survendue: sur les 80 milliards de baisses de dépenses affichés d'ici 2022, seulement la moitié correspond à une réalité et on ne sait pas sur quelles mesures tangibles ces économies reposent.

Quant à la réduction des emplois publics promise par Emmanuel Macron, elle est aujourd'hui à l'arrêt: 1 600 postes supprimés en 2018 au niveau de l'État sur une promesse de 120 000 suppressions de postes d'ici 2022. Le compte n'y est pas.

Cela dit, ces sujets préoccupent clairement l'exécutif qui a compris que la réforme de l'État se décidera en 2018 (ou pas!). La pression a été mise en la matière dès le 3 janvier aux ministères par le président et le Premier ministre. Le gouvernement a par ailleurs créé un Comité d'action publique 2022, Cap22, pour trouver des pistes d'économies. Souhaitons que ce Comité aille au fond des choses contrairement à la révision des politiques publiques ou à la modernisation de l'action publique: réorganisation des missions publiques, report de l'âge de départ à la retraite, réforme du statut public et embauches sous contrat, augmentation du temps de travail dans les administrations, fusion des aides en complément de revenu avec imposition à l'impôt sur le revenu, réduction du nombre d'élus, réforme de la gestion de l'Assurance maladie, rénovation de la gestion paritaire, suppression d'un échelon local, externalisations, réhabilitation du Parlement dans son rôle de contrôle et d'évaluation des politiques publiques… À l'évidence, il y a encore du «pain sur la planche»! Et la France n'a pas le temps d'attendre car nos partenaires continuent de réformer pendant que nous risquons de procrastiner encore. Oui, le niveau «maximal» d'ambition doit être de mise.