Emploi et politiques sociales

Y a-t-il des bons riches ?

23 septembre 2010 • Bernard Zimmern

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L'émission Complément d'Enquête du 20 septembre 2010 restera peut-être comme l'une des plus intéressantes émissions de la série.

Elle a permis au grand public d'apercevoir certaines des faces cachées de l'affaire Bettencourt, depuis l'île d'Arros dans les Seychelles en passant par le photographe Banier et en terminant par le procès intenté par sa fille, sans oublier Eric Woerth que l'émission a tenté
d'écorcher au passage.

Mais le présentateur de l'émission a parfaitement compris que les riches ne sont pas exclusivement des personnes qui cherchent à jouir de leur fortune, les mauvais riches, mais qu'il existe aussi de bons riches, ceux qui se servent de leur argent pour aider leurs semblables et il nous a entraînés aux Etats-Unis où les fondations créées par les milliardaires sont légion (il a aussi cité une fondation parisienne).

C'est là où l'émission, sur un thème capital, s'est avérée bien faible. Peut-être parce qu'il aurait fallu lui consacrer toute la soirée.

A côté des mauvais riches, ceux qui jouissent égoïstement de leur fortune, qui corrompent, trichent avec la loi, y a-t-il de bons riches, ceux qui, malgré l'argent qui pleut dans leur escarcelle, continuent de vivre une existence modeste et se disent comme Dale Carnegie, le
grand philanthrope américain, que le pire péché est de mourir riche ?

La ligne de démarcation entre bons et mauvais riches n'est pas simple, mais les bons riches se trouvent très souvent chez la « new money », ceux qui ont créé leur fortune, moins dans la « old money », ceux qui sont riches par héritage, comme Madame Bettencourt.

La force des Etats-Unis est d'avoir, d'après la revue Forbes, plus de la moitié des fortunes qui sont de la new money, pas de l'old.

Et le système fiscal y contribue, taxant énormément les héritages mais déduisant de l'impôt sur le revenu les dons aux fondations (qui ne sont plus un moyen de transmettre en douce sa fortune aux héritiers).

L'impôt de succession, avec un taux marginal de prélèvement de 55% [1] en ligne directe, de près de 80% pour les petits-enfants, pousse les « new money » à donner la plus grande partie de leur fortune à des fondations charitables comme Bill Gates ou Warner
Buffett. Ces riches ont d'ailleurs compris que le meilleur cadeau qu'ils pouvaient faire à leurs enfants n'était pas de les pourrir avec l'argent non mérité par leur valeur ou leur labeur, mais de leur donner les moyens de réussir par eux-mêmes.

La remarque en fin d'émission, d'une sociologue très « orientée », expliquant que les fondations détournaient l'argent que l'Etat aurait fait bien mieux fructifier, était à cet égard attristante. Elle aurait peut-être pu se demander pourquoi les dix premières universités américaines, toutes fonctionnant au moins en partie avec des donateurs privés, sont en tête du classement de Shanghai, et la première université française à la 40ème place. Ou pourquoi la recherche universitaire américaine produit proportionnellement dix fois plus de prix Nobel que la française.

Si nous avions beaucoup plus de bons riches, nous pourrions avoir plus de cliniques, de musées, de think-tanks qui viennent concurrencer l'administration et ouvrir de nouvelles voies.

Mais encore faudrait-il garder nos bons riches et ne pas les bouter hors de France avec l'ISF. Car nos bons riches sont partis et continuent de partir vers la Belgique, la Suisse ou la Grande-Bretagne.

Nos bons riches, ce sont nos jeunes entrepreneurs qui créent, en partant le plus souvent de rien, des start-up dont les effectifs explosent. Ils sont notre « new money ». Mais l'ISF et la condamnation des riches sans distinction les poussent rapidement à vendre, sinon à s'exiler.

Rejeter les riches hors des frontières, mais garder sinon inviter toute la misère du monde sont-ils les deux faces d'une même médaille ? Et qui en profite ?

[1] Réduit par le Président Bush mais qui va revenir en 2011 à son niveau d'avant, comme le souhaitent d'ailleurs des riches comme Gates et Buffet.

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