Emploi et politiques sociales

Voeux présidentiels : la CGT toujours en grève !

06 janvier 2011 • Christian Arnault

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L'absence de Bernard Thibault à la cérémonie des vœux présidentiels a constitué une surprise considérable chez les observateurs de la vie politique française : une première dans l'histoire de la Vème République. Depuis l'élection de Nicolas Sarkozy, c'est bien la CGT qui était devenue semble-t-il l'interlocuteur privilégié du gouvernement, à la place de la CFDT qui avait notamment tenu ce rôle - à ses dépens - au moment de la réforme Balladur des retraites.

Et effectivement, la réforme des retraites de 2010 ménage largement les intérêts fondamentaux de la CGT et de ses principaux bataillons d'adhérents. Les avantages dont bénéficient les 5 millions de fonctionnaires par rapport aux salariés du secteur privé sont préservés. Et surtout, les privilèges dont bénéficient les salariés des entreprises publiques comme la SNCF, RATP, EDF par rapport aux fonctionnaires et aux salariés du privé sont intacts. La seule mesure de convergence adoptée est l'alignement très progressif du taux de cotisation des salariés de ces régimes spéciaux sur celui du privé. Nul doute que cette augmentation sera compensée par des augmentations de salaire équivalentes.

Par ce minime mais bruyant coup d'éclat, Bernard Thibault veut-t-il faire oublier cette proximité et souhaite-t-il se poser en champion de tous les salariés ? Ou a-t-il voulu renforcer son prestige interne face à des militants de la SNCF dont le leader (Didier Le Reste) avait des positions beaucoup plus extrémistes ? Ou regrette-t-il le temps des grandes grèves de 1995 à la fin desquelles il s'était affirmé comme leader de la CGT ?

Sur le fond du problème les organisations syndicales, dont la CGT, reprochent au gouvernement de « ne pas avoir été entendues ni même écoutées » sur la réforme des retraites. La CGT considère même que cette réforme des retraites s'apparente à un choix de société qui concerne des millions de salariés et qu'il faut à tout prix sauver notre retraite par répartition.

Pratiquement, tout le monde est d'accord sur le constat et la nécessité de sauver notre système de retraite par répartition qui en fait n'en a plus que le nom. Il est devenu un système par « distribution » où le financement n'est plus assuré par les cotisations mais pour une bonne partie par les impôts et par la dette. Un système qui est en place dans les régimes spéciaux, par exemple celui de la SNCF d'où est issu Bernard Thibault…

On pourra toujours s'interroger sur la méthode employée par le gouvernement pour mener à bien cette réforme. Faut-il rappeler qu'en Suède, entre 1984 à 1990, les travaux d'une commission composée de politiques, de membres des syndicats et d'organisations patronales ont produit un rapport qui a été très mal accueilli par l'opinion publique. Seule une nouvelle commission composée exclusivement de politiques a réussi à tracer les grandes lignes d'orientation de la réforme qui a été rendue publique en 1994.

Les députés suédois travaillèrent alors pendant quatre années afin de mettre au point les détails d'une réforme qu'ils votèrent en 1998 pour une entrée en application à partir de 2001. Preuve du consensus remporté par la réforme, la puissante Confédération générale du travail (LO), comprenant 1.831.000 adhérents (27% de la population active) a reconnu que ce nouveau système de retraites était plus équitable que l'ancien !

En France, pour préparer à partir de 2013 la prochaine réforme des retraites, le gouvernement a retenu la méthode et des objectifs plutôt proches de ceux proposés par la CFDT. C'est peut-être aussi contre cela que Bernard Thibault se manifeste.

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