Emploi et politiques sociales

URGENCES ; concentré des maux de l'hôpital

05 juillet 2005 • Agnès Verdier-Molinié

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A l'hôpital, les urgences, cela se voit. C'est au rez-de-chaussée, on passe forcément devant et toute la société finit un jour par s'y retrouver. Depuis l'explosion de la bombe canicule/35 heures, les médias témoignent enfin des choses étranges qui s'y déroulent parfois. Patrick Pelloux a même éclipsé José Bové sur les plateaux de télévision.

Les urgences : des malades et leurs familles qui attendent des heures durant. Des médecins qui téléphonent tout azimut à la recherche d'un placement adapté pour leurs patients. Des infirmières, des secrétaires médicales, des médecins transformés en psychologues ou en assistantes sociales voire en vigiles musclés. Des médecins urgentistes spécialisés qui soignent des bobos. Des malades parqués des jours entiers dans les couloirs. Dans les services d'urgences en crise, la pression est forte, la désorganisation aussi. A l'Assistance publique hôpitaux de Paris (AP-HP), qui regroupe les 40 hôpitaux de Paris sous une seule direction, il n'existe pas de gestion centralisée des lits libres. Les 3 types de clientèle : urgences, bobos et problèmes sociaux ne sont pas correctement canalisés. Trop de personnels sont occupés à faire un travail pour lequel ils ne sont ni formés, ni adaptés. Soignants et soignés prennent des risques.

Monsieur Gharbi : « Devant nos services d'Urgences, figure la pancarte "Urgences" mais nous ne recevons pas de dotation ou financement de l'ARH comme les hôpitaux ou les UPATOU privés... Nous accueillons tout de même plus de 18 000 urgences par an. 10 000 à la Clinique Pasteur de Pézenas et 8 000 à la Clinique des 3 Vallées de Bédarieux

Nous sommes juste rémunérés lorsqu'un acte technique est réalisé au sein de la structure ou lorsqu'un patient est hospitalisé. Ainsi pour toutes les consultations ou actes dits de "Bobologie" alors que les UPATOU ont 400 000 € de subvention annuelle et 25 € par passage... nous n'avons absolument rien... Bien sûr, nous accueillons tous les malades : nous avons 50% des patients soignés en urgence qui sont à la CMU et même des patients pas assurés du tout. Nous avons même 60 000 € d'impayés par an.

Il est souvent dit que les Urgences des cliniques n'accueillent que les patients faciles ou solvables, c'est complètement faux ! Nous prenons en charge les indigents comme les autres alors que nous n'avons pas de budget pour faire fonctionner nos Urgences.

L'ARH Languedoc Roussillon nous a tout de même accordé pour Bédarieux qui est à plus d'une heure de Béziers, 200 000 € de subvention alors que pour un service UPATOU, la dotation est de 400 000 € et 25 € par patient, comme explicité ci-dessus, soit un écart annuel de plus de 400 000 € avec un établissement UPATOU.

Dans l'autre de nos cliniques (la Clinique Pasteur de Pézenas - 10 000 urgences accueillies) services d'urgences tant et si bien que si nous avons (à notre charge financière !...) des Aides Soignants disponibles, nous n'avons pas toujours un infirmier disponible immédiatement sur place et il arrive que les patients se plaignent que cela ne correspond pas à la charte des UPATOU alors que nous n'en sommes pas. C'est dantesque ! »

Le Professeur Debré décrit fort bien la cascade des engorgements : "Des urgences arrivent et il n'y a pas de place pour hospitaliser celles qui doivent l'être parce que les services de médecine aiguë ou de chirurgie sont pleins. Eux-mêmes sont pleins parce qu'il y a trop de lits fermés et trop de malades qui n'ont rien à y faire et parce qu'on ne peut pas dégager certains malades dans les services de soins subaigus, eux-mêmes incapables de trouver des lits dans les services chroniques, avant des mois".

Pourquoi ? Tout simplement car il est impossible de supprimer des lits au service du Professeur Untel ou dans la ville du Député Maire Untel. De surcroît, les syndicats refusent. Il faut bien comprendre qu'il est plus prestigieux de conserver des lits de haute spécialité plutôt que des lits de suite. De façon générale, il existe en France beaucoup trop de services et de lits « aigus », en théorie de haute performance et toujours très coûteux, et pas assez de places pour des soins "de suite".

Beaucoup de ces services dits de pointe, de ces plateaux techniques, ne sont pas assez actifs pour être compétents et sont donc dangereux. Les mécanismes administratifs en place n'arrivent pas à les transformer en soins de suite. Et pas seulement dans le fin fond de la Lozère. Madame Morice, chirurgien cardiaque le dit : "Dans la région parisienne, il y avait 50 centres de cardiologie interventionnelle – la Hollande pour une même population en a 7". Dix ans et de nombreuses réunions de concertation plus tard : on a 2 centres de plus (soit 52).

Refus d'assistance

Les urgentistes des hôpitaux publics viennent de mettre fin à une nouvelle grève dénonçant l'engorgement des services d'urgences publics. De façon concomitante, le Président de la Fédération Hospitalière Privée (FHP), Ken Danis, déplore que les services du 15 et le SAMU n'aiguillent pas les patients sur les services d'urgences des 120 établissements privés qui en sont officiellement dotés en France (dits UPATOU). Les Urgences privées pourraient accueillir 500 000 patients de plus par an sur l'ensemble du territoire. C'est peu ? Non, pour écrêter les pics d'activité, c'est beaucoup. Même au cours de la canicule de l'été 2003, certains services d'urgences privés étaient restés vides.

Sur le terrain, le fossé entre urgences privées et urgences publiques est ressenti comme une injustice d'autant plus que nombre d'établissements privés ont des services d'urgences qui accueillent les malades 24 heures sur 24 sans pour autant avoir le moindre agrément des ARH. Dans la région de Béziers, Monsieur Gharbi dirige deux établissements de soins privés qui accueillent les patients 24 h sur 24 dans deux services d'Urgences : la clinique de Pézenas soigne en urgence 10 000 patients par an, celle de Bédarieux en soigne 8 000 par an. Pourtant, aucun de ces deux services n'a-t-il d'accréditation officielle UPATOU ?

Et dans les hôpitaux mutualistes ?

A la MGEN, la coopération étroite entre hôpitaux et services sociaux de la Mutuelle constitue un atout très important pour un placement optimum des malades.

M. Fessler, directeur
des établissements MGEN

Il s'avère que les services du 15, établis au sein des CHU, n'ont pas le réflexe de travailler avec les établissements privés. Le 15 ne fait appel aux Urgences privées que sur ordre de l'Agence Régionale d'Hospitalisation (ARH). Ce réflexe de travailler aussi avec les Urgences privées pourrait permettre de ne pas déclencher trop régulièrement le « Plan blanc », et de soulager les médecins hospitaliers publics. Chaque année, une cinquantaine de cliniques, volontaires pour assurer les urgences, se voient refuser leur accréditation par le ministère. A Paris, aucune clinique n'est habilitée « Urgences ». L'Etat ne veut pas de concurrent pour les services d'urgences publics. Surtout, évitons de nous remettre en question, cela pourrait faire débat.

Depuis la publication de cet article dans notre revue Société Civile n°49, le témoignage d'un malade qui a eu affaire aux Urgences nous est parvenu.

Lire le témoignage

Commentaires

  • Par Thibaut • Posté le 12/11/2008 à 10:50 Il y a quelques années, un audit a été demandé et réalisé aux Urgences de Beaujon (CLICHY) par une structure privée, amenant à des réorganisations et à un gain de temps sur les temps d'attente de quasiment 50 %.

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