Emploi et politiques sociales

Une grève ou la révolte des médecins généralistes ?

Une question de dignité et non de 23 euros

11 mars 2010 • Philippe François

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Pour que des médecins généralistes se décident à faire grève, il faut vraiment qu'ils aient été poussés à bout. Fermer son cabinet est un geste très difficile pour cette profession. Cela consiste non pas à perturber des clients inconnus comme c'est le cas pour les conducteurs de trains de la SNCF qui se mettent en grève, mais à décevoir à 99 % des personnes que le médecin suit depuis des années et connaît personnellement.

Depuis des décennies, le message flou de certains syndicats laisse croire que la solution au problème des généralistes consiste à augmenter le prix de la consultation de 1 euro. La demande de passage à 23 euros est au mieux le symptôme d'un mal beaucoup plus profond.

Seuls face à l'Assurance Maladie (CNAM), les généralistes sont contraints à une pratique uniforme et stakhanoviste de la médecine. En 2010, les malades et les praticiens recherchent au contraire des modes différenciés d'exercice de la médecine, respectant bien sûr les règles scientifiques fixées par la Haute Autorité de la Santé. Exemples de pratiques qui amélioreraient la qualité des soins, généreraient des économies et rendraient leur place au généraliste : développement de la prévention, médecine de groupe, délégation d'actes à d'autres professionnels de la médecine, suivi personnalisé des patients, filières de santé …

Cette diversité est incompatible avec le monopole de l'assureur CNAM qui ne veut voir qu'une seule tête dans le rang des médecins, d'autant plus qu'il est contrôlé par un autre monopole, l'Etat. Cette diversité n'est d'ailleurs pas non plus souhaitée par la plupart des syndicats de médecins qui y voient un risque pour l'unité de cette corporation.

Des complémentaires santé commencent à développer des centres de conseils à leurs adhérents et de filières, mais ne représentant que 10% des dépenses de la CNAM, leurs moyens sont insuffisants.

Les généralistes ne sortiront du piège de la CNAM que quand les assurés pourront choisir leur assureur au premier euro, et que les médecins pourront négocier leur pratique médicale et leurs tarifs avec plusieurs assureurs, mutualistes, privés ou publics.

Lire aussi : Les médecins généralistes piégés par le monopole de la CNAM (La consultation à 23 € n'est pas la solution)

Commentaires

  • Par Philippe François • Posté le 22/03/2010 à 22:46 Je suis surpris par la violence de votre commentaire. D'après notre enquête, il y a au moins autant de médecins libéraux que de médecins hospitaliers qui travaillent énormément. Mais très peu de médecins libéraux qui travaillent 35 heures, alors que ce cas existe dans certains services de certains hôpitaux.

    Votre conjoint le sait certainement parfaitement, et je suis toujours surpris par le niveau de solidarité entre fonctionnaires : les excellents refusent d'admettre qu'ils ont des collègues beaucoup moins engagés dans leur profession. A ce niveau, ne craignez-vous pas que la solidarité risque de passer pour de la complicité?
    J'imagine que vous avez aussi lu l'article de fond auquel renvoyait le petit article que vous commentez. Il me semblait justement avoir montré que le problème de fond des généralistes n'est pas celui de l'argent et des 23 euros, mais un problème de pratique médicale. Si certains ne déshabillent plus les enfants... c'est bien parce que la CNAM les a entraînés dans cette impasse.
  • Par MALKO • Posté le 22/03/2010 à 22:46 Je suis ahuri à la lecture des réactions des internautes : mon épouse est trispécialiste (Bac +13) et exerce en milieu hospitalier : c'est un choix d'intégrité professionnelle, il en reste... (service public exclusif, pas de consultation privée avec dépassements possibles, alors qu'elle pourrait car elle est ancien chef de clinique) qui se paie par 80 à 90 heures de travail hebdomadaire, notamment les weekend, les fériés et les ponts où même les libéraux en association se permettent de ne pas travailler alors qu'ils auraient des problèmes de tiroir caisse ??? Laissez moi rire... De l'avis de patients de plus en plus nombreux, ce qui prend le plus de temps lors d'une consultation de 10 minutes chez certains généralistes, c'est la lecture de la carte vitale et la phase d'encaissement, c'est dire... Certains généraistes ne prennent même plus la peine de déshabiller les enfants pour l'examen. Où l'on s'étonnera aussi que certains signes de maltraitance à enfants soient passés à la trappe... Et l'on vous expliquera alors que l'on est mieux soigné dans le privé alors que de mon point de vue de candide, j'y vois surtout des médecins à la solde des labos (pour les prescriprions, les congrès et les nombreux avantages "en nature") et qui profitent d'un secteur économique protégé voire assisté - merci la Sécurité Sociale et les complémentaires santé, n'en déplaise au pseudo esprit dit "libéral" de certains médecins du privé.
  • Par Philippe François • Posté le 20/03/2010 à 10:20 Je suis surpris par votre commentaire qui ne parle que d'euros alors que je croyais avoir montré que le problème n'est pas du tout dans le passage aux 23 euros, et qu'il s'agit de développer des pratiques médicales plus conformes aux souhaits des malades et des médecins. C'est ce qui est fait en Allemagne et aux Pays-Bas, pays où les soins sont très bien assurés pour tous.

    Par ailleurs, Barack Obama ne cherche absolument pas à supprimer le libre choix de son assurance maladie au premier dollar. L'article publié par l'iFRAP l'explique très clairement.
    Réforme Obama de l'assurance maladie, un exemple pour la France ...13 janv. 2010 ... Barack Obama l'avait promis, il aura tenu parole:
    http://www.ifrap.org/Reforme-Obama-de-l-assurance-maladie-un-exemple-pou...
  • Par Marie 11 • Posté le 20/03/2010 à 10:20 ça veut dire en avoir, beaucoup, des euros (voir système américain qui laisse encore aujourdh'ui des dizaines de millions d'adultes et d'enfants sur le carreau). Au moment où Obama lutte pour changer ça, vous prônez ce système ?

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