Emploi et politiques sociales

Trente navires commandés à Cherbourg par le Mozambique : à quel prix ?

12 septembre 2013 • Philippe François

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Pour les salariés des Constructions mécaniques de Normandie (CMN), une excellente nouvelle, cette commande de 30 navires et de 200 millions d'euros ; et aussi pour le député-maire de Cherbourg, Bernard Cazeneuve, par ailleurs ministre du Budget. Mais à quel coût pour la France ? Le Mozambique est un des pays les plus pauvres du monde.

Le carnet de commandes de CMN était pratiquement vide. Sur les 340 salariés de l'entreprise, 80 étaient en chômage technique depuis 9 mois (depuis février 2013). Cette commande rendue publique à la veille de l'annonce d'une extension du chômage ne conduira d'ailleurs à aucune nouvelle embauche. Une situation dramatique dans une ville de 38.000 habitants, mais très favorable aux clients potentiels, certains de pouvoir négocier des prix et des conditions exceptionnelles, souvent financées au moyen de subventions opaques de l'État français, prêt à tout pour obtenir des commandes.

C'est ce que le précédent gouvernement avait dû mettre en œuvre pour obtenir la commande du paquebot géant Oasis aux chantiers STX de Saint-Nazaire. D'après Seatrade Insider l'armateur avait obtenu de la COFACE un prêt de 892 millions d'euros garanti par l'État à hauteur de 100%, représentant la quasi totalité du coût du bateau et remboursable sur une période de 12 ans après la livraison. Cette fois-ci non plus, le ministre du Budget n'a pas indiqué les « efforts » faits par la BPI, ou la COFACE, ou le ministère des Finances, ou d'autres organismes publics, pour obtenir cette nouvelle commande au chantier naval de sa ville. D'après la COFACE, même si la situation du pays s'est améliorée depuis la fin de la guerre civile : En termes de gouvernance, l'environnement des affaires au Mozambique reste difficile et le pays pâtit de la persistance de la corruption ainsi que de services publics et d'une justice aux performances médiocres. Dans ce contexte de déficit courant élevé, la devise devrait continuer de subir des pressions à la baisse. La COFACE évalue ce pays C, correspondant à une probabilité élevée de défaut des entreprises.

Conclusion

La situation générale de l'emploi en France et celle locale à Cherbourg, peuvent sans doute justifier ces interventions d'urgence de l'État. Mais la France ne doit pas se spécialiser dans des grands contrats d'exportation souvent déficitaires. Des « coups » comme la vente de ces navires au Mozambique, ou comme celle du TGV au Maroc également financée en partie par notre pays, ne peuvent remplacer les réformes de fond qui permettraient à la France de redevenir compétitive et de vendre ses produits sans subvention et à des clients solvables.

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