Emploi et politiques sociales

Toujours 6.574.100 demandeurs d'emploi en 2018

Toutes catégories A, B, C, D et E en France (métropole et dom, hors Mayotte)

31 janvier 2019 • Corentin Droz-Georget

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Une diminution de 38.200 demandeurs d’emploi de catégorie A, de 21.400 pour la catégorie B, une augmentation de 15.000 de catégorie C, de 14.700 pour la catégorie D, une diminution de 5.700 pour la catégorie E et une diminution globale de 35.600 demandeurs d’emploi par rapport au troisième trimestre. Voici les chiffres du chômage du quatrième trimestre 2018 que la direction de l’animation de la recherche, des études et des statistiques (DARES), rattachée au ministère du Travail et Pôle Emploi viennent de publier. Revenons sur ces chiffres et sur ce qu’ils peuvent nous dire sur l’état de l’emploi dans le pays.

Source : DARES, Pôle emploi, « Demandeurs d’emploi inscrits à Pôle emploi au quatrième trimestre 2018 », janvier 2019.

Pour rappel, il existe cinq catégories de demandeurs d’emploi en France. La catégorie A, regroupe l’ensemble des personnes sans emploi, qui doivent effectuer des recherches d’emploi quel que soit le type de contrat (CDI, CDD, temps plein, temps partiel, etc.). Les catégories B et C sont relatives aux personnes ayant exercé une activité réduite de moins de 78 heures pour la catégorie B et de plus de 78 heures pour la catégorie C. Ces catégories doivent néanmoins effectuer des « actes positifs de recherche d’emploi ». La catégorie D concerne les personnes sans emploi qui ne sont pas disponibles dans l’immédiat et qui ne doivent pas effectuer des « actes positifs de recherche d’emploi ». Finalement, la dernière catégorie, la catégorie E, est relative aux personnes pourvues d’un emploi et non tenues d’effectuer des « actes positifs de recherche d’emploi », cela représente essentiellement les personnes bénéficiant d’un contrat aidé[1].

Evolution des taux de chômage selon le ministère du Travail et Pôle emploi

Pour la France métropolitaine uniquement, le nombre de demandeurs d’emploi de catégorie A, qui représentent 61% de l’ensemble des demandeurs d’emploi, a diminué de 1,1% par rapport au troisième trimestre 2018, ou de 1,5% par rapport à 2017 pour arriver à 3.418.600 personnes, soit une diminution de 38.000 personnes par rapport au trimestre précédent. Les effectifs des catégories A, B et C, diminuent également dans l’ensemble de 0,8% par rapport au troisième trimestre ou de 0,3% par rapport à 2017 pour arriver à 5.605.000 personnes, soit une diminution de 44.600 personnes par rapport au trimestre précédent. Enfin, si l’on ajoute à cela les catégories D et E, on constate une baisse générale de 0,6% par rapport au troisième trimestre ou de 0,9% par rapport à 2017 pour arriver à un total de 6.237.100 personnes, soit une diminution de 35.600 personnes par rapport au trimestre précédent[2].

Source : DARES, Pôle emploi, « Demandeurs d’emploi inscrits à Pôle emploi au quatrième trimestre 2018 », janvier 2019.

En prenant en compte les départements-régions d’outre-mer (hors Mayotte)[3], on constate que les tendances sont les mêmes que celles de la France métropolitaine. En effet, on observe une diminution de 1,4% pour la catégorie A, une diminution de 0,2% pour les catégories A, B et C et, concernant l’ensemble des catégories, on observe une baisse de 0,8% par rapport à 2017. Ainsi pour l’ensemble de la France on dénombre 5.915.700 demandeurs d’emploi de catégories A, B et C dont 3.676.500 pour la catégorie A uniquement et un total, toutes catégories confondues, de 6.574.100 personnes[4] fin 2018.

Ces diminutions sont cependant et malheureusement marginales par rapport à l’évolution générale du nombre de demandeurs d’emploi qui a explosé depuis 2008.

Source : DARES, Pôle emploi, « Demandeurs d’emploi inscrits à Pôle emploi au quatrième trimestre 2018 », janvier 2019.

En effet, en observant les évolutions de chaque catégorie de manière distincte, on constate que la catégorie C a très fortement augmenté depuis 2008 pour atteindre un total de 1.467.000 demandeurs d’emploi en 2018. Le graphique ci-dessous représente l’évolution de toutes les catégories entre 2008 et 2018. On constate que les catégories D et E sont relativement stables depuis 2010. Cependant, en ce qui concerne les catégories B et C, on remarque une augmentation globale sur 10 ans. Ainsi, en prenant en compte uniquement les variations entre 2016 et 2018, les effectifs de la catégorie C sont passés de 1.301.700 à 1.467.000 personnes, soit une augmentation de 165.300 personnes ou encore 12,7%. Sur la même période les effectifs de la catégorie A sont passés de 3.726.600 à 3.676.500, soit une diminution de 50.100 personnes ou 1,34%[5]. Ainsi, comme on peut le constater sur le graphique ci-dessous, sur les deux dernières années les effectifs de la catégorie A ont diminué trop lentement pour compenser la forte augmentation des effectifs de catégorie C (solde positif de 115.200 personnes). Parallèlement, le taux d’activité des personnes de 15 à 64 ans passe de 71,4% en 2016[6] à 72,3% au troisième trimestre 2018[7], soit une augmentation de 0,9%. Autrement dit, on assiste à un transfert de demandeurs d’emploi de catégorie A vers les catégories B et C.

Source : DARES, Pôle emploi, « Demandeurs d’emploi inscrits à Pôle emploi au quatrième trimestre 2018 », janvier 2019.

Un autre aspect de ces chiffres du chômage est important pour comprendre l’état actuel du chômage et de l’accès au marché du travail : l’ancienneté d’inscription des demandeurs d’emploi des catégories A, B et C. Le graphique suivant illustre cette situation préoccupante. On constate que depuis 2008, le nombre de demandeurs d’emploi inscrits depuis un an ou plus ne cesse d’augmenter. Ces personnes représentent la part des demandeurs d’emploi la plus éloignée de l’emploi. 

Source : DARES, Pôle emploi, « Demandeurs d’emploi inscrits à Pôle emploi au quatrième trimestre 2018 », janvier 2019.

Afin d’être précis, il est nécessaire de prendre en compte l’évolution de la population active. Sur la période de 2010 à 2018 (chiffres du 3ème trimestre), on constate une augmentation de 5,4% du taux d’activité (des 15-64 ans), soit environ +1.523.200 alors que le nombre de demandeurs d’emploi inscrits depuis un an ou plus a augmenté de 75,95% en passant de 1.505.100 à 2.648.200, soit 1.143.100 personnes en plus. Cela montre la difficulté du marché de l’emploi français à réduire son taux de chômage tout en intégrant les nouveaux actifs.[8] 

Le chômage au sens du Bureau International du Travail

Les nombreuses catégories de demandeurs d’emploi utilisées par le ministère du Travail et Pôle emploi sont propres à la France et par conséquent ne nous permettent pas de faire des comparaisons internationales.

Le Bureau international du travail (BIT), donne sa propre définition du chômage afin que celle-ci puisse être appliquée à tous les pays. Ainsi, avec une définition commune il est possible de faire des comparaisons internationales. Au sens du BIT, une personne au chômage est une personne en âge de travailler (15 ans ou plus) répondant à trois conditions cumulatives. Il faut « être sans emploi, c’est-à-dire ne pas avoir travaillé au moins une heure durant une semaine de référence ; être disponible pour prendre un emploi dans les 15 jours ; avoir cherché activement un emploi dans le mois précédent ou en avoir trouvé un qui commence dans moins de trois mois. »[9]

Au troisième trimestre 2018, la France avait un taux de chômage atteignant 8,9%, soit environ 2,6 millions de personnes[10], ce qui ne classe pas le pays dans les meilleurs élèves de l’Union européenne dont la moyenne est à 6,7%. Les estimations de l’Insee sur les chiffres du chômage pour 2018 seront publiées le 14 février 2019.

Source : Eurostat / Office fédéral de la statistique, Confédération suisse

Le « halo » du chômage au sens du BIT :

« Un chômeur au sens du BIT n'est pas forcément inscrit à Pôle emploi (et inversement). »[11] En effet, la définition du chômage du BIT ne prend pas forcément en compte certaines catégories de personnes qui sont considérées comme demandeurs d’emploi par le ministère du Travail et Pôle emploi, notamment les catégories B et C. En effet, les catégories B et C regroupent des personnes qui exercent une activité (cf. supra définitions des catégories), ce qui ne sera pas forcément pris en compte dans la définition du BIT qui exclut les personnes ayant travaillé une heure sur une semaine. De plus, « certaines personnes souhaitent travailler mais sont « classées » comme inactives, soit parce qu'elles ne sont pas disponibles rapidement pour travailler (deux semaines), soit parce qu'elles ne recherchent pas activement un emploi. Ces personnes forment ce qu'on appelle un « halo » autour du chômage »[12]. Ainsi, d’après les données de l’Insee, le halo du chômage atteignait 1.608.200 personnes en 2017[13].

L’indicateur NEET (Not in Employment, in Education or Training), l’autre mesure du chômage

Un autre indicateur qui commence à être de plus en plus utilisé, notamment par l’Union européenne est le NEET qui est l’acronyme de not in employment, in education or training. C’est un indicateur qui « correspond au pourcentage de la population d'un groupe d'âge et d'un sexe donnés, qui est sans emploi, et qui ne participe pas à une éducation ou à une formation »[14]. Cet indicateur prend en compte les personnes qui ne sont pas pourvues d’emploi et qui n'ont participé à aucune action d'éducation ou de formation, formelle ou non formelle, au cours des quatre semaines précédant l'enquête. Ceci rapporté au total de la population du même groupe d’âge et de sexe[15].

Ainsi, cet indicateur nous permet d’analyser les difficultés rencontrées par les jeunes européens face à l’entrée sur le marché du travail. Comme pour l’indicateur du chômage au sens du BIT, le NEET nous permet de faire des comparaisons internationales ainsi que de sélectionner plusieurs groupes d’âges différents. Le graphique ci-dessous représente le NEET pour la population de 20 à 34 ans dans plusieurs pays européens en 2017. Là encore, la France n’affiche pas un très bon score. En effet, 18,2% des jeunes de 20 à 34 ans sont, ni en emploi, ni en éducation, ni en formation. Cependant, la moyenne de l’Union européenne s’élève à 17,2%, la France se situe plus proche de la moyenne européenne du NEET que de celle du chômage au sens du BIT.

Source : Eurostat, https://ec.europa.eu/eurostat/statistics-explained/index.php/Statistics_on_young_people_neither_in_employment_nor_in_education_or_training

Conclusion

Depuis plusieurs années les chiffres du chômage stagnent aux alentours des 9%, et ne diminuent que marginalement depuis 2017. Cette stagnation peut s’expliquer en termes de chômage structurel et croissance potentielle. Le chômage structurel correspond au taux de chômage atteint lorsque le PIB effectif atteint le PIB potentiel. Cela correspond à la part du chômage incompressible sans changement de politique économique. Le chômage conjoncturel dépend, lui, comme son nom l’indique, de la conjoncture, c’est-à-dire de la position de l’économie dans le cycle économique. Ainsi, lorsque l’économie est en récession, le chômage conjoncturel augmente. D’après les estimations de la Commission européenne, le chômage structurel atteignait 9,2% pour l’année 2017[16]. Selon l’Insee, le taux de chômage au sens du BIT s’élevait à 8,9% de la population active au troisième trimestre 2018. Ainsi, d’après ces chiffres on peut estimer que le taux de chômage en France est très proche du taux de chômage structurel (qui ne peut pas être calculé exactement), ce qui signifie que le pays doit réformer son système économique s’il veut voir la courbe du chômage réellement baisser. Pour ceci, il est nécessaire de flexibiliser le marché du travail dans son ensemble, autant du côté des employés que des employeurs.


[3] Dorénavant, lorsque nous parlerons de la France, cela prendra en compte les départements-régions d’outre-mer hors Mayotte.

[7] Insee, le taux de chômage est stable au troisième trimestre 2018, https://www.insee.fr/fr/statistiques/3648425#titre-bloc-17

[9] Insee, définition chômage au sens du BIT, https://www.insee.fr/fr/metadonnees/definition/c1129

Commentaires

  • Par Keomar • Posté le 02/02/2019 à 13:07 Votre conclusion rejoint l'analyse macronienne: le chômage proviendrait essentiellement de l'organisation du pays. Pour moi les principales causes sontt la faible compétitivité de l'économie française, beaucoup trop chargée fiscalement, et le sectarisme industriel qui continue de phantasmer une France sans cheminées, avec uniquement des gens derrière des ordinateurs, cerveaux du monde. Bel objectif, mais nous ne sommes pas les seuls à être inventifs! Autre cause, le surinvestissement en IdF au milieu d'un territoire qui devient une jachère. Pourquoi "investir" des milliards par dizaines, ou même par centaines, dans des transports collectifs en IdF alors que le surcroît d'activité pourrait être reporté dans des régions où les besoins d'infrastructure seraient bien moindres? L'été dernier j'étais en Espagne, un pays où des succès considérables ont été obtenus en matière de chômage: des usines neuves partout. L'inadaptation des chômeurs français aux besoins du marché, souvent mise en avant, vient aussi de cette orientation typiquement française du développement en col blanc. En renforçant encore ce dogmatisme et en alourdissant encore les charges des entreprises le soi-disant libéral gouvernement actuel va dans le mur, et ça commence à se voir, même s'il se permet de triompher avec ses 1% de chômeurs en moins sur un an (il faut croire qu'ils ont prévu de rester en place 100 ans!) Toutes les options économiques de ce gouvernement sont erronées: il fallait augmenter la TVA et non la CSG, mettre l'argent dans les entreprises et non pas chez les actionnaires, maintenir la taxe d'habitation etc. Bizarre que M. Macron qui était si clairvoyant auparavant, avec ses autocars et ses magasins ouverts le dimanche, soit devenu cette espèce de gourou demandant à chacun d'adhérer sans chercher à comprendre. Bizarre aussi que tant de gens se laissent hypnotiser. Croyez-vous que les réformes Schröder, si souvent citées, auraient été efficaces dans une Allemagne sans usines, avec presque 50% de taux de prélèvements, 100% de dettes, 3,5% de déficit et sur un territoire où tous les investissements seraient allés à Berlin?
  • Par D. Huger • Posté le 01/02/2019 à 16:06 Il est intéressant aussi de regarder le tableau des flux, entrées et sorties de Pôle Emploi. On y apprend que les sorties pour reprise d'emploi ne constituent que 21% du total, les entrees en stage ou en formation 11%. Que devient la majorité des gens qui sortent (fin de droits ou radiation)?
  • Par lapaladine • Posté le 31/01/2019 à 20:36 Autre solution pour diminuer le chômage : - la formation, l'apprentissage - ré-industrialiser la France car ce n'est ni avec les services ni le tourisme ni les banques ni les start up qu'on réduira le chômage. La France ne doit pas devenir un Disney land. - baisse de tous les impôts et taxes jusqu'à devenir un paradis fiscal comme l'Irlande, la Suisse, le Luxembourg, etc. les entreprises reviendront en France. Mais les politiques sont tous des drogués d'impôts, de vrais communistes qui s'ignorent!

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