Emploi et politiques sociales

Temps de travail : Goodyear et Renault, même problème, mais chut…

Pour aller au-delà de l'affaire Titan-Montebourg

28 février 2013 • Bertrand Nouel

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Cessons de faire le compte des échanges de noms d'oiseau entre MM. Taylor et Montebourg, de convoquer les mânes du Général Lafayette et de généraliser le débat à la France entière, même si le dirigeant de Titan a complètement tort de vouloir se livrer à cette généralisation. Dans sa seconde réponse, ce dernier paraît recentrer le débat, qui est celui du temps de travail dans l'usine d'Amiens Nord et rien d'autre. Mais un débat qui risque hélas de polluer la conclusion de la négociation entre les partenaires sociaux chez Renault, qui porte sur la même problématique.

Les insultes de M. Taylor, adressées de façon générale à un ministre, au gouvernement de la France et aux syndicats, sont inadmissibles. Cela dit, fallait-il faire fuiter sa réponse dans les médias, au risque de provoquer un sursaut général de patriotisme et des échanges d'amabilités sans fin alors qu'il faut bien se poser la question de cet échec terrible à Amiens Nord, sans chercher à élargir le débat ? Dans sa seconde réponse, M. Taylor recentre comme il faut ce dernier : « A aucun moment Titan n'a demandé de baisser les salaires. Nous avons juste dit que si on voulait être payé pour sept heures de travail, il fallait en travailler au moins six. »

Inutile de brandir, comme certains médias le font, des statistiques générales sur le temps de travail en France, comparé à celui de l'Allemagne (quel rapport ?). De mauvaise foi, au surplus, une comparaison établie sur la base de la totalité des heures travaillées par tous les salariés en France, y compris à temps partiel, car Titan n'est évidemment préoccupé que par le travail à temps complet à Amiens Nord. On dévie complètement le débat.

En revanche il est surprenant que personne n'ait fait le rapprochement avec la négociation que mène Renault, et qui est censée avoir donné lieu à un accord au cours de la dernière journée, la onzième, le 19 février. Renault, qui mène ces négociations avec la plus grande discrétion, attend incessamment la réaction des syndicats à ses dernières propositions. Or le point essentiel porte précisément sur l'augmentation du temps de travail, que Renault voudrait voir remonter à 1.603 heures par an, au lieu des 1.500 (et moins) effectivement travaillées dans ses usines en raison des accords passés avec les syndicats, très exagérément généreux en termes de congés et temps de pause. Certes, il ne s'agit pas de caricaturer la situation comme le fait M. Taylor en parlant de 3 heures de travail par jour, mais le problème est au fond le même. Il s'agit, sur certains sites industriels français, de revenir seulement à une durée raisonnable de travail, dans le cadre de la durée légale actuelle de 35 heures.

Le patron américain dit la même chose, en rappelant qu'aux États-Unis ses ouvriers travaillent six heures et demie, et qu'il voudrait que les ouvriers français travaillent au moins 6 heures. Pas de quoi s'en scandaliser, ni convoquer Lafayette et les plages du débarquement. Mais un problème limité, le même que celui que Renault cherche à résoudre en ce moment même. Rappelons que le gouvernement lui-même appuie Renault, et espérons que cette malheureuse polémique ne polluera pas la conclusion heureuse des négociations qui est d'une importance capitale pour l'industrie automobile française… et n'est pas sans rapport évidemment avec l'industrie du pneu elle-même.

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