Emploi et politiques sociales

Témoignage : à l'heure de la fusion, le Pôle Emploi ne convainc pas par ses services

26 février 2009 • Julien Lamon

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La crise économique est difficile, 90.200 personnes inscrites à l'ex ANPE (désormais Pôle Emploi) sont venues grossir malgré elles le nombre de chômeurs au mois de janvier 2009. Heureusement nous dit-on, le Pôle Emploi, dont la mise en place a été pour le moins difficile, va renforcer son accompagnement. Le témoignage de Mlle M. inscrite au chômage depuis le 1er janvier, apporte un éclairage sur ce que le Pôle Emploi offre en matière d'accompagnement renforcé…

Fin décembre, le contrat à durée déterminée de Mlle M., dans la société d'édition X., arrive à échéance. En pleine crise économique, dans un secteur en difficulté, la reprise d'une activité rapidement risque d'être difficile. Il va falloir s'accrocher et utiliser toutes les opportunités. Première formalité, l'inscription au chômage, afin de bénéficier de l'aide au retour à l'emploi si une nouvelle offre d'embauche peine à venir. Première difficulté pour Mlle M., les agents du nouveau Pôle Emploi, issu de la fusion de l'ANPE et de l'Unedic, sont en grève. Ajoutons à cela l'afflux non anticipé de chômeurs, les services du Pôle Emploi répondent mal… Le site Internet est inaccessible, impossible de s'inscrire en ligne, les lignes téléphoniques sont saturées. Après une semaine d'essais infructueux, et un après-midi passé au téléphone, un rendez-vous est tout de même obtenu, il aura lieu une semaine plus tard.

Etape 1 : l'inscription administrative

Mlle M. habite Paris, c'est donc dans une antenne de son arrondissement qu'elle sera reçue. A son arrivée en salle d'attente, on lui remet un formulaire A4 intitulé « Préparez votre premier entretien », de quatre pages en gros caractères dans lequel elle doit renseigner ses coordonnées, son parcours professionnel et d'autres informations visant à préparer un entretien de retour à l'emploi. Au bout d'une dizaine de minutes d'attente, elle est reçue par un agent des Assedic. Aimable et professionnelle, elle effectue en dix minutes les formalités nécessaires à l'inscription administrative. Les indemnités chômage pourront être versées dans deux mois environ. Mais il faudra pour cela suivre le parcours de retour à l'emploi. Le formulaire que Mlle M. a rempli ne sert à rien pour le moment, il est destiné à un autre rendez-vous, avec une conseillère de l'ex-ANPE. Par chance, un créneau est disponible dans l'Agence du même arrondissement le même jour. Notre chercheuse d'emploi l'accepte, se disant que les formalités prendront moins de temps que prévu.

Etape 2 : l'entretien ANPE

Munie de son document déjà rempli, Mlle M. arrive à son deuxième rendez-vous. Elle est reçue par un agent dans les locaux de l'ANPE. C'est un open space dans lequel exercent une demi-douzaine de conseillers, chacun disposant d'un espace séparé par des cloisons. Contrairement à l'accueil précédent, celui-ci est plutôt froid. La conseillère est peu loquace et semble se ficher de son interlocutrice. Un bonjour de circonstance, une première remarque : « je vois que vous étiez inscrite il y a deux ans, souhaitez-vous toujours travailler dans le même domaine professionnel ? ». La réponse est affirmative, Mlle M. s'était en effet inscrite à l'ANPE deux ans auparavant, suite à la fin de son premier emploi dans la région de Basse Normandie. La conseillère prend le formulaire et s'applique derrière son écran d'ordinateur. Au bout de quelques minutes, elle demande si Mlle M. a déjà commencé à chercher un nouvel emploi et si elle se sent autonome dans sa recherche. Réponses affirmatives. L'entretien se termine. La conseillère déclare qu'un prochain rendez-vous est nécessaire dans une agence spécialisée dans les métiers de l'Edition. Elle remet à Mlle M. un imprimé, le « projet personnalisé d'accès à l'emploi »… Étonnée de cet entretien surréaliste, Mlle M. rentre chez elle. Elle s'empare du document et le compare avec celui que lui avait remis l'ANPE deux ans auparavant. Surprise, les deux documents, sont quasiment identiques ! Seules les années d'expérience ont été modifiées ! Pas un mot sur les nouvelles exigences salariales, sur la mobilité, sur la maîtrise de nouveaux logiciels qu'avait précisé Mlle M… Une petite phrase a été ajoutée en commentaire : « Vous consultez régulièrement Asfored »… C'est en effet le site Internet spécialisé dans les offres d'emploi de l'Édition. 4 à 5 annonces nouvelles y sont publiées chaque jour, alors que le site de l'ANPE n'offre environ qu'une annonce par semaine dans ce domaine… L'accompagnement de Pôle Emploi commence bien…

Etape 3 : l'entretien spécifique

Passe une semaine, il faut se rendre dans l'agence spécialisée, entre autres, dans les métiers de l'Edition. Mlle M. s'attendait à un entretien individuel avec un spécialiste… Ce sera une réunion d'information collective. Le conseiller ANPE, devant une demi-douzaine de personnes, expose, muni d'un ordinateur, à quoi sert le Pôle Emploi. La présentation dure 45 minutes et reste extrêmement générale : «  vous pouvez consulter les offres en ligne, vous avez à votre disposition des annuaires professionnels dans les locaux de l'ANPE… ». Une chance, il se dit spécialiste de la création d'entreprises. Mlle M. a entendu parler du statut d'auto-entrepreneur, qui facilite justement les démarches des créateurs d'entreprises. L'édition faisant beaucoup appel à des travailleurs free lance, pour des travaux de relecture, de correction, de mise en page…, elle se pose la question de la pertinence du statut. La question est posée, le « spécialiste » annonce : «  Vous avez entendu parler de ce nouveau statut d'auto-entrepreneur, je ne crois pas que l'on puisse créer sans prélèvement une entreprise, je n'y fais pas confiance… évidemment, je vous dit cela dans cette pièce, mais je nierai officiellement avoir tenu de tels propos. ». Suite à cet exposé, le conseiller remet à chacun une feuille de projet spécialisé. Trois personnes ont la même : « l'inscription à une formation pour élaborer un projet professionnel et une stratégie de recherche d'emploi ». Pas d'échange, aucune information pertinente sur son domaine professionnel, Mlle M. a perdu son temps. Elle espère que la formation sera au moins intéressante, puisqu'elle est obligée de s'y rendre, une semaine plus tard.

Etape 4 : L'atelier « stratégie de recherche d'emploi »

Mlle M. s'attend à une formation adaptée, puisqu'elle est autonome dans sa recherche d'emploi, connaît le milieu, active ses relations depuis plus d'un mois déjà, et attend la réponse de l'Urssaf pour sa création d'entreprise en tant qu'auto-entrepreneur. Mais elle va au devant d'une désillusion… La formation va durer 3 jours et demi. Elle devait être adaptée au monde de l'édition. Avec Mlle M. se trouvent ainsi réunis un caméraman, un monteur vidéo, une comédienne, un agent artistique, un menuisier, une vendeuse de produits biologiques et un responsable de rayons. Un public complètement disparate en matière de formation, de degré d'expertise et d'expérience et de domaine d'activité. Le formateur, quant à lui, n'y connaît pas grand chose, il a été prévenu au dernier moment et n'a évidemment aucune information sur les stagiaires. La formation sera complètement inutile : indiquer que l'on cherche du travail en répondant aux offres, indiquer que l'on active son réseau professionnel, remplir un questionnaire de bilan professionnel auquel le formateur ne donnera aucune explication et entraînements bidons aux entretiens, le formateur étant évidemment incapable de connaître les métiers des différents élèves. La justification de cette formation est évidemment ailleurs… Il s'agit de remplir un document intitulé pompeusement « stratégie de recherche d'emploi, bilan de prestation » qui sera signé et remis ensuite au conseiller Pôle Emploi référent de chaque stagiaire. Mais inutile de s'attendre à voir ce conseiller « personnel ». C'est seulement au bout de trois mois passés au chômage qu'un premier rendez-vous sera fixé.

En attendant l'éventuel appel de son conseiller référent, suite à ces trois rendez-vous et cette formation, Mlle M. a déjà signé un nouveau contrat de travail. Pas le poste de ses rêves, pas le salaire espéré non plus, mais dans le domaine de l'édition. En période de crise, elle ne fait pas trop la fine bouche. Évidemment, les conseillers et formateurs du Pôle Emploi ne lui ont rien appris. Est-ce vraiment ce que l'on peut attendre d'un service public qui coûte désormais plus de deux milliards d'euros par an au contribuable ?

Commentaires

  • Par tpe électricité • Posté le 02/03/2009 à 11:34 Nous somme une TPE du bâtiment. Nous recrutons nos salariés par notre réseau professionnel, exit les agences pour l'emploi sauf les privées pour les intérimaires.

    Le PE, comme le sphinx des cendres duquel il est ressuscité est resté l'exemple même de cette chimère égyptienne; si vous lui posez une question, il vous répond par une autre question...

    Ce qui est malheureux actuellement c'est que comme pour toute réforme administrative il y a un "certain temps" de rôdage et que la situation dramatique dans laquelle nos entreprises s'enfoncent ne permet aucune latitude d'incompétence ou de questionnement.

    Il nous faut aujourd'hui des gens compétents et réactifs, des guerriers, pas de bons administratifs qui s'occupent de l'intendance et de l'enregistrement des éclopés.

    Dans deux mois nous serons dans une galère pire qu'après la guerre de 39-45 et le pôle emploi aura définitivement perdu la boussole, la carte et... la guerre.

    Il serait temps de cesser les réformes inutiles qui rajoutent du bordel là ou il y en avait déjà suffisamment.

    Quant à nous, les entreprises, nous apprendrons à nous passer de ces gens-là, qui devenus superflus finiront eux aussi par être remplacés par des privés.
  • Par SB • Posté le 28/02/2009 à 10:48 Je compatis au désarroi de Mlle M. pour avoir vécu hier la même mésaventure ! ou similaire
    Très bonne accueil de l'ex-assedic... par contre, l'ex-anpe ! Il faut être fort dans sa tête pour ne pas se laisser couler par la démotivation face à ce genre de personne. Je comprends les personnes qui craquent, il ne pourrait en être autrement !
    Suite à la fin d'un CDD, doublé d'un congé maternité (aie, et là, c'est le drame !) je me réinscris en tant que demandeur d'emploi. Finalement, ce que nous attendons nous, en tant que prestations salariales n'entre pas en ligne de compte... j'avais demandé un emploi dans un rayon de 50 kilomètres maximum "aller" et sur la fiche récapitulative, je lis 100 km. J'aurais été célibataire et sans enfant, pourquoi pas ! Mais là... la vie de famille et la vie privée ça ne compte pas à leurs yeux. Il faut être 200% à LEUR disposition, prétextant ainsi notre disponibilité pour les employeurs... (vous n'avez pas de nounou pour garder votre fils? alors vous serez radiés... ok, mais sans emploi, je la paie comment ma nounou ? bref...)

    De même, "madame, dans 4 mois, si vous n'avez pas trouvé de travail dans votre branche, il faudra penser à changer de métier." Mais pour qui elle se prend pour me dire quel métier je dois faire ? Je sors tout juste des études, en alternance, et jamais je n'avais été au chômage. J'avais d'ailleurs trouvé mes employeurs seule, sans leur aide... Et je crois bien que cela ne risque pas de changer !
  • Par Klondike • Posté le 27/02/2009 à 21:38 Oui, il parait que devant l'afflux actuel de chômeurs les services du Pôle Emploi n'arrivent plus (y sont-ils arrivés un jour ??)à faire leur travail...

    Une seule solution: embaucher d'autres agents en CDI en tenant compte du taux d'absentéisme chronique, ça devrait faire baisser les nbre de "sans emploi"!

    La cause étant tellement sérieuse et consensuelle, le contribuable devra se plier une fois de plus à cette pantalonnade bien pensante.
  • Par BATAILLARD • Posté le 27/02/2009 à 18:45 Ce n'est pas en rebaptisant l'ANPE ET LES assedics que l'on va transformer les agents chargés de l'emploi... des autres.
    La recherche d'emploi du privé doit être confiée à d'ex chômeurs, dont une partie du salaire doit être au % de personnes reclassées...
    Pas de fonctionnaires frileux n'ayant aucune connaissance de l'entreprise - c'était déjà le cas il y a 35 ans

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