Emploi et politiques sociales

SNALC : le syndicat qui n'aime pas les grèves

28 février 2005 • Nicolas Lecaussin

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A l'heure du retrait de la réforme du Bac de la loi Fillon suite aux manifs des lycéens et lorsque tout le monde s'accorde à dire que l'Education nationale est impossible à réformer, un syndicat d'enseignants se fait remarquer par ses prises de position "décalées". Depuis cent ans, le SNALC (Syndicat national des lycées et collèges) a choisi de lutter pour l'amélioration des enseignements et non pas pour demander toujours plus de moyens.



Leur siège du IXème arrondissement n'a rien à voir avec les immeubles imposants de la CGT ou de FO. Quelques bureaux, deux petites salles de réunions, les militants sont à l'étroit dans cette rue située en plein quartier de grossistes. Cela n'empêche pas le SNALC d'être centenaire et de connaître une histoire pleine de péripéties…

Cent ans d'indépendance

Fondé en 1905, le SNALC se démarque tout de suite des autres syndicats en refusant la politisation. La Fédération refuse en 1911 d'adhérer à la Fédération générale des fonctionnaires. Dans l'entre deux-guerres, la question qui se repose avec le plus d'acuité est celle de l'affiliation à la CGT par le biais de la Fédération générale des fonctionnaires. Les congrès nationaux donnent lieu à des discussions passionnées, et même à des incidents, entre tenants de l'adhésion et partisans de l'autonomie. Si une bonne part des dirigeants du syndicat, dont le président Edmond Lackenbacher, sont pour l'entrée à la CGT, de nombreux adhérents de la base reprochent à celle-ci ses engagements politiques. Une consultation est organisée en 1933, une autre en 1934. A chaque fois, l'adhésion à la CGT est repoussée, car elle ne peut atteindre la majorité statutaire des deux tiers. L'environnement syndical et politique se transforme avec la réunification de la CGT en mars 1936 et la victoire du Front populaire en mai. Aussi la question de l'affiliation à la CGT est-elle de nouveau posée par les confédérés. Mais, pour la troisième fois, le congrès national de 1937 rejette massivement l'adhésion par plus de 63% des suffrages exprimés. Les confédérés avaient fait savoir à l'avance qu'ils se retireraient en cas de vote négatif. Tandis que les minoritaires participent, au sein de la CGT, à la création du Syndicat du Personnel de l'Enseignement Secondaire, le SPES-CGT, et que d'autres universitaires fondent le Syndicat général de l'Education nationale (SGEN), qui adhère à la CFTC, le Syndicat national se réorganise après ce qui n'est ni une scission ni une exclusion, mais la sécession d'une minorité, s'ouvre à toutes les catégories du personnel de l'enseignement secondaire et prend la dénomination de Syndicat National des Lycées, Collèges et Cours Secondaires, mais interdit la double appartenance.

Des objectifs réels

Le SNALC est un syndicat qui se différencie des autres aussi par l'originalité de ses propositions. Voici quelques-uns de ses objectifs : assurer une vraie transmission des savoirs à l'école, supprimer le collège unique, en finir avec les IUFM, mettre un terme aux gaspillages d'argent public au sein de l'Education nationale, diversifier les cursus scolaires, assurer un syndicalisme apolitique et indépendant.

A la Libération, le SNALC est pratiquement le seul à s'opposer au plan "marxisant" Langevin-Wallon présenté dans un rapport remis le 19 juin 1947 et qui, à la jonction de deux courants d'avant-guerre, l'école unique pour les structures, l'école nouvelle pour la pédagogie, veut démocratiser l'enseignement. Il préconise la prolongation de la scolarité jusqu'à dix-huit ans et la mise en place d'un tronc commun. Ce projet, qui sera à la base de tous les projets de réforme ultérieurs, quels qu'en soient les initiateurs, ne manque pas de susciter inquiétudes et réserves au SNALC. Au congrès national de 1949, le SNALC déclare à propos de ce Plan : "La culture semble sacrifiée à la pédagogie".

La première grève en… 1971

Dans les années 1950, le SNALC est incontestablement minoritaire, mais il reste représentatif. Son audience augmente sensiblement à partir de 1968, car il est le seul à refuser le désordre et l'illusion. Il incrimine l'imprévoyance et la démission des autorités, refuse de s'associer à des mouvements à caractère ouvertement politique et révolutionnaire et met très fermement en cause la politique démagogique du ministre Edgar Faure. Il déjoue les manœuvres de récupération, met en garde contre la double appartenance qui ne profiterait qu'à des organisations de circonstance à la représentativité factice, dénonce en même temps l'influence malfaisante de l'oligarchie politico-syndicale qui tient l'Education nationale. Il s'élève contre l'injustice dans l'attribution des décharges de service et l'ostracisme des médias. Il publie en 1970 un Livre noir des événements de mai 1968 jusqu'en décembre 1969. Sa commission pédagogique s'attache à mettre au point le projet SNALC de réforme de l'enseignement. S'il prend nettement position contre la présence des délégués de parents et d'élèves dans les conseils de classe, il remporte une victoire avec la création, en 1970, du travail à temps partiel : c'est en effet depuis 1920 qu'il réclamait les "demi-services". Les élections aux conseils d'administration traduisent sa progression : celle-ci est confirmée aux élections professionnelles de 1969, où il obtient cinq sièges nationaux et des sièges académiques partout, alors que les syndicats de la FEN et le SGEN enregistrent un net recul, et, en 1971, il entre au Conseil de l'enseignement général et technique (CEGT). Pour la première fois depuis la guerre, il prend l'initiative d'une grève de deux jours à la rentrée 1971.

Sous le ministère Jospin, le SNALC s'en prend au simulacre de consultation dans le cadre du rapport Bourdieu-Gros, dénonce la faiblesse ou le manque de réaction des autorités devant les atteintes à la laïcité dans l'affaire du foulard islamique et adresse des critiques sévères aux Instituts universitaires de formation des maîtres (IUFM) mis en place à partir de 1990-1991. Le 23 janvier 1992, il occupe la salle du Conseil national des programmes pour protester contre les projets qui aboutissent à mutiler l'enseignement des langues vivantes.

Durant les années 1990, sous les ministères Lang, Allègre ou Ferry, le Syndicat continue à mettre en cause le "pédagogisme", les gaspillages et le maintien du collège unique. La récente loi Fillon est partiellement combattue surtout pour son manque d'audace, mais le SNALC continue à préférer l'action utile aux manifs et aux grèves stériles.

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