Emploi et politiques sociales

Retour sur la baisse de 68% des créations d’emplois en 2018

20 février 2019 • Corentin Droz-Georget

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Les créations nettes d’emplois privés diminuent de 67,7% en 2018 par rapport à 2017 selon les derniers chiffres de l’Insee. En effet, 106.100 emplois ont été créés en 2018 en ce qui concerne le secteur privé, c’est trois fois moins qu’en 2017 (328.200 emplois créés).

La première constatation générale est une diminution importante (67,7%) des créations nettes d’emplois privés tous secteurs confondus, à savoir l’agriculture, l’industrie, la construction, le secteur tertiaire marchand et le secteur tertiaire non-marchand. Après une belle progression de ces créations depuis 2015, l’année 2018 marque un véritable coup de frein. Le graphique ci-dessous montre l’évolution de ces créations d’emplois entre 2012 et 2018. Certes la France réussit encore à créer des emplois mais ce ralentissement peut être inquiétant.

Source : Insee, Acoss-Urssaf, Dares, https://www.insee.fr/fr/statistiques/3713288

Dans le secteur agricole l’année 2018 aura été plus fructueuse que la précédente avec 5.800 emplois créés contre 4.200 en 2017. Comme le montre le graphique suivant, les créations nettes d’emplois ne suivent pas une tendance générale d’années en années.

Source : Insee, Acoss-Urssaf, Dares, https://www.insee.fr/fr/statistiques/3713288

S’agissant de l’industrie, malgré la diminution des destructions d’emplois amorcée en 2015 et les récentes créations nettes d’emplois lors des trois premiers trimestres de 2018, le secteur voit à nouveau disparaitre des emplois au quatrième trimestre 2018.

Source : Insee, Acoss-Urssaf, Dares, https://www.insee.fr/fr/statistiques/3713288

En ce qui concerne le secteur de la construction, on observe depuis 2017 des créations nettes d’emplois après une longue période de destruction. Cependant, dans ce secteur également on assiste à une diminution des créations nettes passant de 27.500 emplois créés fin 2017 à 19.000 fin 2018.

Source : Insee, Acoss-Urssaf, Dares, https://www.insee.fr/fr/statistiques/3713288

Le secteur tertiaire marchand, qui est le secteur qui crée le plus d’emplois dans l’économie n’échappe pas à la tendance générale du ralentissement des créations nettes d’emplois. Après une période d’augmentation depuis 2014 atteignant 293.800 emplois créés en 2017, ce secteur subit une très forte diminution et atteint 82.200 emplois créés en 2018, soit une diminution de 72%.

Source : Insee, Acoss-Urssaf, Dares, https://www.insee.fr/fr/statistiques/3713288

Finalement, le secteur tertiaire non-marchand, principalement constitué par les administrations publiques, l’enseignement, la santé humaine et l’action sociale, a subi une très forte diminution des créations nettes d’emplois. Depuis 2016, les créations nettes d’emplois sont passées de 29.500 au troisième trimestre 2016 à -1.000 (soit 1.000 destructions) au deuxième trimestre 2018. La chute des créations dans ce secteur est principalement due « au fait de la diminution […] du nombre de bénéficiaires de contrats uniques d’insertion (CUI) et d’emplois d’avenir »[1]. En 2017, l’Insee prévoyait que la baisse de ces contrats continuerait en 2018 avec 36.000 contrats aidés en moins au premier semestre 2018[2]. Certes, on observe une légère augmentation des créations nettes à la fin 2018 pour finir l’année avec 2.300 emplois créés, cependant ce redressement reste très marginal.

Source : Insee, Acoss-Urssaf, Dares, https://www.insee.fr/fr/statistiques/3713288

Nous pouvons observer qu’au quatrième trimestre 2018, tous les secteurs présentaient une diminution dans les créations  nettes d’emplois, hormis le secteur tertiaire non-marchand. Certes, tous les secteurs, sauf celui de l’industrie, sont encore créateurs d’emplois. Le secteur tertiaire marchand porte, à lui seul, environ 77,5% de la totalité des emplois créés pour 2018 et subit entièrement la destruction de 29.000 postes d’intérim[3].

Le chômage en France et en Europe

Le chômage au sens du BIT

Le BIT donne sa propre définition du chômage afin que celle-ci puisse être appliquée à tous les pays. Ainsi, avec une définition commune il est possible de faire des comparaisons internationales. Au sens du BIT, une personne au chômage est une personne en âge de travailler (15 ans ou plus) répondant à trois conditions cumulatives. Il faut « être sans emploi, c’est-à-dire ne pas avoir travaillé au moins une heure durant une semaine de référence ; être disponible pour prendre un emploi dans les 15 jours ; avoir cherché activement un emploi dans le mois précédent ou en avoir trouvé un qui commence dans moins de trois mois. »[6]

Selon les dernières estimations de l’Insee le taux de chômage de la France (hors Mayotte), au sens du Bureau international du travail (BIT), s’établirait à 8,8% pour le quatrième trimestre 2018. C’est une diminution de 0,3 point par rapport au troisième trimestre. En ce qui concerne la France métropolitaine, ce taux serait de 8,5% de la population active, soit 2.468.000 de personnes, ce qui représente également une baisse de 0,3 point[4]. Cependant, ces chiffres restent bien supérieurs à la tendance européenne qui a vu une réelle baisse du chômage en 2018 (à raison de la correction effectuée par l'institut des variations saisonnières). Selon les données Eurostat [5] :

  • En décembre 2017, le taux de chômage dans la zone euro était de 8,6% contre 7,9% en décembre 2018 : soit une baisse de 0,7 point ;
  • En décembre 2017, le taux de chômage de l'Union européenne à 28 était de 7,2% contre 6,6% en décembre 2018 : soit une baisse de 0,6 point ;
  • En décembre 2017, le taux de chômage en France était de 9,1%... un taux inchangé en décembre 2018. 

D’après les derniers chiffres de Eurostat, le chômage au sens du BIT dans l’Union européenne s’établirait à 6,6% en moyenne. La France figure dans les pays ayant les plus hauts taux de chômage, en quatrième position après la Grèce, l’Espagne et l’Italie. Le graphique ci-dessous représente l’évolution du taux de chômage au sens du BIT en Allemagne, en Pologne, en France et en Italie.

Source : les données sont issues de Eurostat, hormis pour la France depuis 2016 qui sont issues des derniers chiffres révisés de l’Insee du 14.02.19

De plus, il est nécessaire de prendre en considération les personnes dans le halo autour du chômage. En effet, « en France métropolitaine, parmi les personnes inactives au sens du BIT, 1,5 million souhaitent un emploi sans être considérées au chômage au sens du BIT : elles constituent le halo autour du chômage. Leur nombre augmente de 32.000 entre les troisième et quatrième trimestres 2018 »[7].

Ce qui frappe donc c'est la stagnation du chômage en France au sens du BIT qui planchonne à 9,1% (Eurost) ou s'améliore légèrement Insee (8,8%) alors que celui de la zone euro (19 pays) baissait, même corrigé des variations saisonnières de 0,7 point pour atteindre les 7,9%. Il semble que nous atteignons ici en France, notre niveau de chômage structurel. Si l'on veut par ailleurs se faire une idée de la population souhaitant trouver un emploi, il faut alors ajouter les 1.500.000 personnes autour du halo aux 2.468.000 chômeurs en France métropolitaine, on obtient un total de 3.960.000 personnes soit près de 13,7% de la population active. Cela donne une idée des efforts structurels qui restent à accomplir par les pouvoirs publics.

Source : Insee, « Le taux de chômage en France diminue de 0,3 point, à 8,8% de la population active »

Conclusion

Les créations nettes d’emplois ont très fortement diminué en 2018 par rapport à 2017, de près de 68%. Le chômage diminue, certes, mais à un rythme bien trop lent : -0,1 point par rapport à 2017 pour la France métropolitaine et le halo autour de ce dernier augmente. Le taux de chômage au sens du BIT de la France est supérieur de près de 2 points à la moyenne de l’Union européenne. Pour 2019 les institutions de statistiques et de prévisions économiques ne prévoient pas une amélioration de la situation. La croissance devrait encore diminuer à 1,3%, ce qui impactera le chômage et les créations nettes d’emplois de manière négative. Pour récupérer un rythme de croissance et de créations d’emplois positif, l’exécutif doit nécessairement revoir le système fiscal, en particulier la fiscalité du travail et des entreprises, qui représente l'une des principales barrières aux créations d’emplois.


[1] Insee, note de conjoncture, fiche emploi 2017

[2] Insee, note de conjoncture, fiche emploi 2017

[5] Eurostat, communiqué de presse, euroindicateurs, 31 janvier 2019

[6] Insee, définition chômage au sens du BIT, https://www.insee.fr/fr/metadonnees/definition/c1129

 

Commentaires

  • Par reiller • Posté le 23/02/2019 à 17:48 Oui, mais enfin la fonction publique cesse de croitre . Et c'est de bon augure pour les créations d'emplois marchands à venir, toutes choses égales par ailleurs, car la technologie réduit le besoin d'emplois.
  • Par claude schafer • Posté le 21/02/2019 à 20:07 Les causes de la faiblesse des créations nettes d'emplois en France sont nombreuses. Cependant, pourquoi la France est le pays d'Europe où la baisse du chômage est la plus faible ? Essentiellement parce que la France est le SEUL pays d'Europe qui n'a pas fait d'effort pour améliorer la compétitivité de ses entreprises vis-à-vis de ses concurrentes étrangères. On parle souvent du CICE, mais on oublie que ce CICE n'a fait que rendre l'augmentation des prélèvements sur les entreprises pendant les deux premières années du quinquennat de F. Hollande. l

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