Emploi et politiques sociales

Réprimer la privatophobie

04 septembre 2006 • Philippe François

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Il existe des lois contre le racisme. D'autres contre le sexisme. Les enfants sont particulièrement protégés. L'homophobie n'est plus tolérée. Maltraiter les animaux peut conduire en prison. Mais les travailleurs du secteur privé restent démunis face aux agressions. Faut-il une loi ?

A propos de la SNCF

Louis Gallois, PDG de la SNCF, Revue Débats,

"La SNCF est une entreprise qui veut conserver son âme ; elle vit sur des valeurs qui ne sont pas celles d'une entreprise comme les autres, des valeurs pour lesquelles la rentabilité financière n'est pas le seul objectif de l'activité ; le sentiment de rendre un service à la collectivité nationale joue un rôle extrêmement puissant et sert de ciment au corps social et de légitimation à son travail. [1]

A propos de France Telecom

Attac, Argumentaire contre les privatisations :

"Ainsi, depuis l'ouverture de son capital, France Telecom se détourne de plus en plus de ses missions de service public et se comporte de plus en plus comme une vulgaire firme transnationale privée."

"Le service public est aussi fait du dévouement obscur et quotidien de millions de salariés dans les hôpitaux, les écoles, et ailleurs. Parfois, comme ce fut le cas à l'occasion des tempêtes de 1999, ce dévouement à l'intérêt général, ce souci de l'autre apparaît au grand jour !"

A propos du 3939, (renseignements téléphoniques de l'administration)

Jean-Pierre Brard, Député communiste, à l'Assemblée Nationale :

"Votre rapporteur spécial s'inquiète cependant d'un risque de privatisation du service de renseignement administratif, et de baisse de la qualité du service rendu aux usagers. La compétence des agents de l'administration est un gage de l'excellence de ce service, qui ne doit pas se perdre au profit d'un opérateur privé dont le seul objectif est de faire des profits à partir de l'argent public."

A propos du retard des passeports fabriqués par l'Imprimerie Nationale

Jean-Pierre Brard, Député communiste, à France Inter :

"On ne peut quand même pas confier leur fabrication à n'importe qui !"

A propos d'EDF

CGT, CFDT, SUD, Tract du centre de recherche EDF de Chatou :

"Menaces sur la sûreté ! Est-ce raisonnable de confier la sûreté des centrales nucléaires ou des réseaux de gaz à des intérêts privés ?"

CGT :
"On ne peut pas tolérer qu'on dégrade le service public en le livrant au privé."

RAPPELS

Dans le monde, la majorité des centrales nucléaires sont gérées par des entreprises privées. La seule à avoir provoqué des milliers de morts était gérée par une entreprise publique.

En Allemagne les compagnies d'électricité sont privées depuis longtemps. Elles gèrent des centrales nucléaires. Les Allemands ne manquent pas d'électricité. En cas de tempête, les lignes électriques sont réparées aussi vite qu'en France.

À Air France, le taux d'accidents n'a pas augmenté depuis sa privatisation.

En France, si on a souvent été victime de coupures d'électricité (publique), on n'a jamais souffert de coupures d'eau (privée).

30 % des Français naissent dans les cliniques privées qui réalisent aussi 60 % des opérations chirurgicales, à la satisfaction générale des patients qui les ont choisies.

Les pays étrangers qui ont confié leurs passeports à l'entreprise privée française en question ne semblent pas considérer ses salariés comme "n'importe qui".

L'iFRAP traite souvent du secteur public, en publiant des faits, en dénonçant des systèmes souvent légaux mais pernicieux, jamais en s'en prenant aux personnes, par exemple :

Le coût des billets produits par la Banque de France est supérieur à celui des billets produits à l'étranger.– Les salariés d'EDF prennent leur retraite après 37,5 années de cotisation au lieu de 40 ans pour ceux du privé et pour les fonctionnaires. – La réversion des retraites des fonctionnaires est automatique, celle de la Sécurité Sociale dépend du niveau des ressources du survivant.

Les Français qui travaillent dans le secteur privé supportent difficilement de devoir financer ces avantages, mais ce qu'ils n'admettent plus du tout, c'est le mépris affiché à leur égard par des personnels du secteur public, surtout quand ce sont les dirigeants et les responsables politiques ou syndicaux qui s'expriment.

"Ni bonne, ni nonne, ni conne"

Par ce slogan, les infirmières des hôpitaux ont eu le courage de proclamer leur normalité. L'idée que les employés du secteur public seraient des sortes de moines soldats ou de saints laïcs uniquement motivés par leur mission sacrée est un mythe. Si en 2006, en France, il existait 5 000 000 de ces phénomènes, cela se saurait. Dans le public comme dans le privé, chacun cherche à équilibrer différents intérêts : celui de son travail, les siens propres, ceux de son employeur et ceux de ses clients. Heureusement, puisque l'histoire récente a confirmé que "qui veut faire l'ange fait la bête".

[1] Maintenant qu'il dirige Airbus (société privée) Monsieur Gallois apprendra que ses salariés ont aussi des valeurs !

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