Emploi et politiques sociales

Répartition des bénéfices

Combien de tiers dans le quatre-quarts ?

17 février 2009 • Bertrand Nouel

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La confidence, plus que la proposition présidentielle sur la répartition jugée idéale des profits, à savoir un tiers pour l'investissement, un autre pour le capital et un dernier pour le travail, suscite espoirs et aussi confusion, mais n'est pas, en tout état de cause, tombée dans l'oreille de syndicats sourds.

Pas de confusion d'abord : on parle bien de répartition des profits, c'est-à-dire des bénéfices et pas de la répartition capital/travail. Cette dernière est comme on sait accrochée depuis un demi-siècle, avec peu de variations, au chiffre de 65% en faveur des salariés.
Donc le Président a parlé, on le présume, du résultat net (après impôts) mais avant investissements, une fois prise en compte l'intégralité des charges y compris la masse salariale.

Dans les entreprises publiques, les syndicats ont flairé le bon coup. La CGT et FO, traditionnellement hostiles à la participation, ont refusé d'entrer dans le jeu du dividende salarial proposé par l'Etat, au motif que ce serait un piège pour ne pas augmenter les salaires. Dans la même logique, la CGT de Renault s'est même manifestée pour réclamer que la disparition prévue de l'intéressement dans la période actuelle soit… compensée par des augmentations de salaires !

Le tour de passe-passe aboutirait donc à obtenir au titre d'une charge pesant sur l'entreprise ce qui participait jusqu'à maintenant de la répartition de profits. Comme si par exemple les actionnaires capitalistes disposaient d'une option pour transformer leurs actions en obligations. Un peu grossier quand même.

A la SNCF, pour remercier les 158.000 cheminots de leurs bons et loyaux services, l'Etat va, au titre du dividende salarial, distribuer une prime de 207 euros à chaque salarié. Idem à la RATP où les 45.000 agents émargent cette fois au niveau de 700 euros chacun (soit 28% de la capacité bénéficiaire totale). A France Télécom, les syndicats brocardent la direction pour ne pas mettre en œuvre la « généreuse » proposition présidentielle. Avant de demander de nouveau à intégrer ledit dividende dans les salaires ?

Autrement dit, le jeu syndical, du moins celui de la CGT, consiste à réclamer l'application générale du dividende salarial proposé par le pouvoir dans le cadre de la règle des trois tiers, mais dans le même temps à demander la transformation de ce dividende en augmentation de salaire lorsque l'on peut craindre qu'il n'y ait pas de profits à distribuer.

Mais il y a plus. Le contribuable aimerait bien en effet s'inviter à la table du festin, en tant que quatrième convive. La SNCF a distribué, sur un bénéfice net d'environ 1 milliard d'euros, 130 millions à l'Etat, son seul actionnaire, et environ 50 millions au titre du dividende salarial. Mais dans le même temps l'Etat a versé 8,3 milliards de subventions à la SNCF !

La RATP vit elle aussi largement de subventions, et ne distribue aucun dividende à l'Etat. France Télécom avait quant à elle réalisé en 2001 une perte de 20 milliards (l'Etat était seul actionnaire à l'époque). EDF, où les revendications syndicales sont fortes, distribue des dividendes importants à l'Etat, qui détient 85% du capital, mais l'Etat a investi de tout temps des sommes considérables dans l'entreprise.

En résumé, avant de penser à répartir les profits par trois, ou deux après investissements, on aimerait bien au pire transformer le gâteau en quatre-quarts, et même, comme le disait Coluche, que le contribuable dispose d'une part plus égale que celle des salariés !

Commentaires

  • Par Luidgi • Posté le 21/02/2009 à 12:56 Toujours 2 discours de la part de l'Etat.
    D'un côté des subventions, véritablement données aux organismes, sans aucun retour et distribution de dividende conséquente.
    De l'autre des aides (qui sont en fait des prêts à 8 ou 9 % d'intérêts - bien entendu par démagogie et volontairement on utilise le mot aides plutôt que le mot prêt, avec retour obligatoire et spoliation de l'actionnaire, et, bien entendu, interdiction de distribuer un dividende aux actionnaires. Il est vrai qu'avec un taux aussi confortable, l'Etat s'octroie un super-dividende.
  • Par Ph LEMBO • Posté le 20/02/2009 à 17:01 Une distribution de dividendes à La SNCF ?
    Et ainsi lors de la prochaine crise - qui ne saurait tarder compte tenu de l'état du "fret" - le chef de l'Etat parlera du "bonus immoral" des cheminots qui demandent une ralonge annuelle de 11 milliards d'euros aux contribuables ...
  • Par MKL • Posté le 20/02/2009 à 10:27 En 2008, en France, 200 milliards d'€ de bénéfices sont allés au capital alors qu'ils auraient dû être distribués aux salariés si l'on était resté à l'équilibre de 1980, soit 4000€/an par actif !
    Quand les politiques finiront-ils par admettre que le problème à l'origine de la baisse de la part des salaires dans le PIB est LE CHOMAGE ET LA PRECARITE DE MASSE ?
    Avec, en France, quasiment 5 millions de chômeurs/rmistes et précaires à 800€/mois, par peur de basculer du "mauvais côté", toute négociation salariale ne se résume souvent qu’à un : "Si t’es pas content tu peux aller voir ailleurs" !
    Rééquilibrons le rapport de forces salariés/employeurs par la création de millions d'emplois et le pouvoir d'achat augmentera naturellement.
    La méthode : une forte RTT "intelligente" (anti 35h en quelque sorte), dont à la fois le salarié de tout type d'entreprise, l'entreprise elle-même et la société toute entière tireront bénéfice, sans ruiner l'Etat.
    La semaine de 4 jours "à la carte" est expérimentée en France depuis 15 ans avec succès sur 400 PME/TPE : sa généralisation créerait au minimum 1,6 million d'emplois en CDI (études Ministère du Travail / Patrick Artus).

    Voir les ouvrages de Pierre Larrouturou à sujet et sur http://nouvellegauche.fr
  • Par JVx • Posté le 20/02/2009 à 08:58 Plusieurs remarques :
    1/ les syndicats parlent de profits alors qu'il s'agit là d'une notion peu rigoureuse et qui ne figure pas dans le plan comptable. ça leur permet d'intégrer aux profits certains impôts, les mises en réserves et l'investissement.
    2/ On ne parle jamais de la part de l'Etat dans ces profits. Or il y a une longue cascade d'impôts et taxes dont il résulte que l'Etat pompe plus de la moitié du PNB.

    (encore compte-t-on dans le PNB les dépenses de l'Etat... de sorte qu'on arrive à minimiser le pourcentage de ses dépenses par ses éventuels gaspillages... (hé hé!).
    3/ Concernant l'EDF, prendre en compte aussi que le contribuable paye systématiquement les dégats des tempêtes. Peut-être serez-vous intéressé par le fait que les coefficients de sécurité intervenant dans le calcul des poteaux et pylônes EDF sont inférieurs à 2. IL y a effectivement un optimum économique pour ce coefficient en dessus duquel c'est un manque à gagner, et en dessous duquel il y a vraiment trop de dégats à faire rembourser par l'Etat. C'est le propre de toute entreprise d'Etat, car bien entendu un manufacturier privé, ne peut pas se le permettre. L'Etat est l'éternel assureur à perte des entreprises d'Etat. Il est juste vis-à-vis du contribuable qu'il en récupère une contrepartie sur les dividendes.
    4/ Si on partage les dividendes avec les salariés, alors les cours de bourse seront évidemment plus faibles. Or il est intéressant pour l'entreprise de pouvoir faire des augmentations de caîtal à bon compte. Ex: Un entreprise comme Dassault systèmes rapportait avant la crise environ 1,2 % de la valeur de l'action, ce qui permet à l'entreprise d'emprunter à ses actionnaires à un taux réduit.

    Dans cet exemple on note déjà que le particulier fortuné français ira chercher ailleurs ses dividendes puisque une telle rémunération est largement compensée par les impôts ISF IR etc qu'il doit payer. On s'étonnera que nos entreprises appartiennent à des fonds étrangers! Par ailleurs elles pourront être rachetées plus facilement.
    Donc la propo Sarko est stupide.
    A vrai dire je crois que nos politiques, fonctionnaires et syndicats vont finir par tuer l'entreprise française. Mais que dire du patron des patrons, incapable d'expliquer des choses si simples?

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