Emploi et politiques sociales

Relation entre violence et chômage

Une relation intrinsèque ?

20 janvier 2007 • Nicolas Lecaussin

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Pour nos sociologues et autres chercheurs subventionnés, les causes sont entendues : c'est le chômage, le manque de subventions aux associations, l'absence de structures sociales (?) introduites par la gauche et détruites par la droite (comme si l'insécurité avait baissé entre 1997 et 2002, les électeurs l'ont bien montré le 21 avril).

De toute manière, à chaque fois que les banlieues s'embrasent, une grande partie des médias et des analystes de service accuse le taux élevé du chômage et les conditions de vie (d'habitat) comme étant les causes principales de la violence. Or, une lecture attentive des chiffres et un regard lucide sur la réalité montrent que ces assertions sont sans fondements. Tout d'abord, les "jeunes" en question sont souvent (environ 30% d'après les statistiques du ministère de l'Intérieur) mineurs et donc sans lien avec un quelconque taux de chômage. Leur devoir est d'étudier à l'école ou de faire des formations.

Mais regardons les statistiques des taux de chômage dans les départements concernés par les violences de novembre 2005. Il s'agit du taux de chômage enregistré au troisième trimestre 2005. Il est vrai que la Seine-Saint-Denis où les violences ont été importantes pendant tous le mois de novembre connaît un taux (13,4%) au-dessus de la moyenne nationale (9,8%) mais ce même taux était aussi celui de l'Aisne et des Ardennes où pourtant il n'y a pas eu d'émeutes. Dans le Nord-Pas-de-Calais, même si le chômage atteint les mêmes niveaux, ou bien dans l'Hérault où il est même plus élevé (14,4%), les quartiers pauvres de ces départements n'ont pas connu les violences des autres départements (certains quartiers des villes du Nord beaucoup plus défavorisés que ceux de la région parisienne ne connaissent pratiquement jamais de violences urbaines).

Autres paradoxes : des villes qui ont connu des nuits d'une rare violence comme Evreux (dans cette ville on a parlé carrément de "guérilla urbaine") et Trappes se situent dans des départements où le chômage est en dessous de la moyenne nationale (9,6% dans l'Eure et 7,4% dans les Yvelines, deux fois moins que dans l'Hérault !). Dans cette catégorie on pourrait rajouter la ville de Pau dont le quartier de l'Ousseau (qui venait d'être réhabilité) s'est transformé en champ de bataille durant le mois de novembre 2005. Le taux de chômage dans les Pyrénées-Atlantiques était de 8,6% (en dessous donc de la moyenne nationale) alors que les Pyrénées-Orientales – où il n'y a pas eu de violences – avait un taux de… 13,2% pratiquement autant qu'en Seine-Saint-Denis. Enfin, des villes comme Strasbourg et Rennes, connues pour leurs quartiers très "agités" (pratiquement tous les ans des dizaines de voitures sont brûlées) se trouvent dans des départements où le chômage a toujours été en dessous du taux national : 8,4% dans le Bas-Rhin et 7,1% en Ile-et-Vilaine. Qui plus est, le quartier de Hautepierre à Strasbourg n'est ni un ghetto ni un ensemble de barres mais un quartier normal, bien desservi bordé d'arbres et doté de nombreux espaces verts.

Alors, la faute au chômage ? C'est une des explications dans certains cas mais ce n'est sûrement pas la principale cause comme essaient de nous le faire croire nos chercheurs étatisés.

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