Emploi et politiques sociales

Réduire le secteur public ou voir s'écrouler l'industrie

Les preuves par l'autofinancement comparé France-UK

25 juin 2009 • Bernard Zimmern

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Le discours du Président Sarkozy et son obstination à vouloir le renouvellement d'un fonctionnaire seulement sur deux partant à la retraite soulève chez certains la question de la dégradation possible du service public.

A cette inquiétude, on peut déjà répondre qu'avec les augmentations des embauches dans les collectivités locales, le nombre total de fonctionnaires en France, c'est-à-dire de ceux payés par l'argent public, continue de s'accroître.

Il n'est pas non plus certain que plus de fonctionnaires signifie amélioration du service public. Tous ceux qui ont travaillé dans les sciences du travail savent qu'avec un excès de personnel, la qualité des prestations se dégrade car l'effort de chacun n'est plus tourné vers la satisfaction des utilisateurs mais vers la protection du domaine que chacun s'est constitué. Trop de fonctionnaires, c'est être assuré que des formalités administratives ayant perdu tout intérêt seront préservées ou même étendues car l'objet n'est plus de satisfaire à des conditions légales mais de maintenir les postes de ceux qui font remplir ou contrôlent ces formalités.
L'exemple de France Télécom qui a réduit ses effectifs de moitié et dont la réactivité à la clientèle s'est considérablement améliorée est là pour le prouver.

Mais il existe un autre argument encore plus fort, c'est que l'industrie est en train de s'effondrer sous nos yeux sous le poids des charges que lui fait supporter l'Etat (dont les salaires des fonctionnaires représentent près de la moitié).

La comparaison de l'autofinancement des entreprises anglaises et françaises (voir graphique), alors que les deux pays ont des populations comparables, montre que cet autofinancement est devenu presque double en Grande-Bretagne. Cette ressource financière, générée par l'entreprise grâce à son activité et à sa rentabilité, est absolument essentielle. Elle lui assure compétitivité et pérennité à travers sa capacité à investir et à introduire l'innovation dans son processus de production. En 2007, les entreprises anglaises ont disposé de 110 milliards d'euros de plus que les entreprises françaises pour financer leur croissance. Une telle différence s'explique par les prélèvements obligatoires beaucoup plus lourds qui pèsent sur les entreprises françaises (60 milliards de plus en 2007 [1]), mais aussi par l'environnement dans lequel elles évoluent. Une rigidité excessive du marché du travail ou une administration bureaucratique induisent en effet des coûts très importants.


Autofinancement des Sociétés Non Financières (€ Mds)

Source : Eurostat

Il n'est alors pas étonnant, comme nous l'avons déjà publié à partir des travaux de l'IRDEME, que les entreprises anglaises se développent deux fois plus vite que les françaises tant en capitaux propres qu'en effectifs, l'un étant d'ailleurs lié à l'autre car on ne développe pas des emplois sans développement des investissements et donc des capitaux. Ce qui explique un taux de chômage anglais, qui avant la crise était tombé en dessous de 5% contre, dans les meilleures périodes 8% pour nous, et même maintenant reste de 2 à 3 points en dessous du taux français.

[1] Source : Comptes Nationaux Eurostat

Commentaires

  • Par amygdales60 • Posté le 29/06/2009 à 10:11 L'article de Bernard Zimmerm et de Guillaume Varnier ne nous éclaire pas franchement sur le commment rompre avec les défauts congénitaux d'une France de fonctionnaires, voulue par des fonctionnaires pour des fonctionnaires. Par ailleurs au manque de rendement financier que vous dénoncez pour la majorité de nos entreprises (hors CAC40), s'ajoute fondamentalement la sous-capitalisation chronqiue de ces dernières. C'est là que prend tout son sens l'effet pervers d'un état omni présent qui soutient au travers de mesures d'aides à la création et au développement qui finissent par faire perdre de vue aux entrepreneurs leur véritable niveau de compétitivité financière !

    Cela explique aussi pourquoi plus de 50% des entreprises nouvellement crées disparaissent avant le cinquième anniversaire.

    Non les choses ne se présentent pas de manière aussi simpliste que vous le faites : il nous faut drastiquement diminuer les dépenses de l'Etat, comme ont su le faire d'autres pays comparables, relancer activement la chasse à toutes les fraudes, sociales, fiscales et mettre sur pied un véritable plan de développement scientifique et technique de la France (oublier les pôles de compétitivité à faire du vent). C'est par la recherche et l'innovation que les gains financiers peuvent être réalisés... les autres comme les pays dont la France qui suivent le train-train en dehors du Spatial, du Nucléaire et du Transport ferroviaire, ne peuvent que compter les jours et tuer le temps avec des plans de chômage partiel, ou de réduction de tempsp de travail, plus alambiqués les uns que les autres.

    Allez, chausser d'autres lunettes en cette période de crise, c'est peut-être là que se retrouveraient celles et ceux qui ont envie que la France gagne.
  • Par Bernard Zimmern • Posté le 27/06/2009 à 11:56 Nous avons écrit et publié en 1999 un livre qui a eu près de 10.000 acheteurs "à tout fonctionnaire son chômeur" montrant chiffres en main qu'un fonctionnaire de plus crée un chômeur de plus (mais pas deux ou trois). Donc vous ne pouviez mieux dire.

    Mais il faut aussi ne pas pousser ce raisonnement à l'absurde: nous avons besoin de fonctionnaires ; c'est comme de tout : jusqu'à un certain point c'est bénéfique ; au-delà, nuisible et le point d'équilibre est en France très largement dépassé.
  • Par GARCIA • Posté le 27/06/2009 à 11:56 "Il n'est pas non plus certain que plus de fonctionnaires signifie amélioration des services publics".......

    Tant que vous utiliserez de tels euphémismes, le message ne passera pas.

    Il aurait fallu écrire:" Il est absolument certain que plus de fonctionnaires signifie dégradation des services publics", ce qui par ailleurs aurait été plus cohérent avec la suite de votre article.

    J'aurais également aimé lire ce que tous les économistes sensés affirment depuis fort longtemps, à savoir qu'un fonctionnaire inutile engendre 2 à 3 chômeurs........
  • Par Bernard Zimmern • Posté le 26/06/2009 à 09:31 Toutes les études comparatives avec la Grande-Bretagne sont faites hors secteur financier

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