Emploi et politiques sociales

Récente augmentation de la création d'entreprises : Uniquement sur des entreprises créées sans salariés

Colloque "Une comparaison France - Royaume-Uni. Le retard français : 7 millions d'emplois."

25 février 2004 • l'équipe de la Fondation iFRAP

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Sandrine Gorreri, diplômée en 1995, DEA en gestion organisation des entreprises (Dauphine Paris IX), collabore à l'iFRAP depuis 1997 et a été récemment consultante pour le gouvernement Wallon dans un groupe de prospective sur les politiques d'entreprises.

Les derniers chiffres de la création d'entreprises ont montré une hausse assez importante avec 20.000 créations nouvelles en 2003, ce qui représente une croissance de 10% rien que pour l'année 2003, résultat qui a été largement relayé dans les médias.

Le tableau suivant analyse une cohorte d'entreprises créées en 1994, pour lesquelles nous avons observé le nombre d'emplois créés trois ans après, en 1997. Ces entreprises ont été réparties par capitalisation de départ et par statut juridique.

Entreprises Individuelles Personnes Morales Total
Capitaux de départ de 0 à 500 KF de 500 KF à 5 MF Plus de 5 MF
Nombre de créations 85 000 38 000 4 500 625 128 125
En % du total 66 % 29 % 3,5 % 0,5 %
Total emplois créés sur 3 ans 84 789 115 000 44 000 47 000 290 789
Emplois moyens nets par entreprise 1 3 10 75

L'emploi moyen créé par entreprise est très différent selon la capitalisation et le statut juridique de l'entreprise. Si les 20.000 créations d'entreprises récentes sont des entreprises individuelles, au bout de trois ans, cela ne peut faire que 20.000 emplois créés supplémentaires et, à ce rythme-là, il faudra des dizaines d'années, voire davantage pour résoudre le problème du chômage en France.

Ces chiffres sont confirmés par un graphique qui analyse la cohorte d'entreprises créées en 1994 sur sept années par type de créations, en distinguant trois courbes :

- personnes physiques,
- personnes morales,
- personnes morales avec un capital social supérieur à 100 K€ au départ.

Ce graphique permet de constater que la catégorie des personnes physiques ne permet pas de constituer un potentiel d'emplois à long terme sur lequel il est possible de compter.

Des doutes ont été émis quant à la qualité et à la nature des 20.000 créations d'entreprises récentes, ainsi l'INSEE explique que cette forte hausse ne concerne que les entreprises sans salariés au démarrage, le nombre d'entreprises avec un ou plusieurs salariés étant resté stable entre 2002 et 2003.

Toujours en ce qui concerne ces entreprises, il s'agit essentiellement de créateurs aidés ; le nombre de créateurs qui ont bénéficié des mesures ACCRE et des facilités qui sont mises en place est assez important. Par ailleurs, la nature des projets reste relativement modeste. Nous sommes là plutôt dans la catégorie self-employment, c'est-à-dire l'entreprise individuelle où une personne cherche à créer son propre emploi.

Enfin, la situation des self-employment est assez mouvante d'un pays à l'autre. En France, cela regroupe les catégories artisans, indépendants, les non-salariés, mais quels que soient les pays, ce sont des catégories qui restent stables. Dans ce domaine, aucun rattrapage n'est à effectuer pour la France qui reste stable sur le long terme. De toute façon, le fait d'encourager des entreprises à se créer dans ce domaine, avec ce statut de particuliers, serait, à long terme, défavorable à l'emploi. Ce n'est certainement pas la catégorie prioritaire de création d'entreprises à encourager, mais ce sont les entreprises avec salariés, à fort potentiel de croissance qu'il faut encourager.

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Cet article fait partie du colloque Une comparaison France - Royaume-Uni. Le retard français : 7 millions d'emplois.

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