Emploi et politiques sociales

Santé et médicaments

Rapport IGAS sur le Mediator : l'administration était avertie

17 janvier 2011 • Philippe François

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Dans la crise du Mediator, il est tout à fait possible que le laboratoire Servier soit responsable, voire coupable, mais ce que le rapport de l'IGAS montre avec certitude, ce sont les erreurs de l'administration publique, voire ses fautes. Cet aspect ne doit pas être oublié.

Le rapport de l'Inspection Générale des Affaires Sociales (IGAS) affirme que l'administration publique, et notamment l'Agence Française de Sécurité Sanitaire des Produits de Santé (l'AFSAPS), a été « anesthésiée » ou « roulée dans la farine », par son fabricant si l'on comprend bien. Comme excuse, c'est court, d'autant plus que des alertes avaient été lancées par des spécialistes reconnus comme le Professeur Philippe Even en 2004 dans son livre : « Savoirs et Pouvoir, pour une nouvelle politique du médicament » publié au Cherche midi avec Bernard Debré.

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Savoirs et pouvoirs, Pr P. Even et Pr B. Debré

La table des matières du chapitre intitulé « L'Etat et les médicaments » était tout à fait éloquente :

Les défaillances de l'Etat français

- Un appareil de contrôle désarticulé, aveugle et opaque

- Commissions ministérielles

- Le manque d'indépendance des experts et des membres des commissions

- La Commission française d'autorisation des médicaments

- Le grand œuvre de la commission de transparence. SMR et ASMR : tous les médicaments sont excellents

- L'absence de politique du médicament

Un aspect particulièrement troublant dans cette affaire est l'absence de réaction de l'Etat quand ce médicament a été interdit à l'étranger. On est habitué à une certaine préférence nationale dans le choix des voitures des ministères, des centrales nucléaires ou des avions de chasse, mais est-ce tolérable quand il s'agit de médicaments ?

Cette nouvelle bavure de l'Etat confirme qu'il est urgent de recentrer son action sur les sujets essentiels comme celui de l'approbation des médicaments, au lieu de le faire se disperser tous azimuts.

Sur ce sujet, lire aussi notre note : Déremboursement des médicaments, la transparence en question, publiée par l'iFRAP sur ce sujet en décembre 2005.

Il est impossible de croire que la n-ième réforme de l'AFSAPS garantira son bon fonctionnement. Dans ces domaines pointus, les experts français sont peu nombreux et il est inévitable qu'ils aient été ou soient à l'avenir liés à l'industrie pharmaceutique. Il est indispensable que cet organisme, et à travers lui le ministère, soit tenu de se prononcer publiquement sur la validité d'un médicament chaque fois qu'il est éliminé dans un des pays réputés les plus compétents de l'OCDE (Etats-Unis, Suède, Suisse, Allemagne, Royaume-Uni, Danemark par exemple). Cela réduira les conflits d'intérêts.

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Enquête sur le Mediator, IGAS, janvier 2011

Commentaires

  • Par Dr J-F HUET • Posté le 21/01/2011 à 21:05 Bonjour,

    Vous écrivez "Cette nouvelle bavure de l’Etat confirme qu’il est urgent de recentrer son action sur les sujets essentiels comme celui de l’approbation des médicaments, au lieu de le faire se disperser tous azimuts."

    Qu'entendez-vous exactement par "approbation des médicaments" et quels pourraient être les critères de cette approbation? L'absence totale de toxicité a priori? Des effets bénéfiques ou nocifs connus à 100% avant la mise sur le marché? Pensez-vous que ces objectifs soient réellement atteignables ? Savez-vous qu'on commence à peine à comprendre comment agissent les anesthésique 200 ans après la première anesthésie? Même si c'est difficile à admettre la médecine progresse en grande partie de façon EMPIRIQUE "l'approbation" des médicaments " n'est pas garantie de façon définitive quelles que soient les "certitudes" du départ

    L'autre raison pour laquelle ce but est encore plus inaccessible vous est certainement mieux connue; En France on tente désespérément de faire fonctionner des canards boiteux en refusant toute réforme de structure lAfssap? L'IGAS le Sécurité Sociale en sont les exemples les plus criants parmi une multitude d'autres
    Bien cordialement
    Dr J-F HUET
  • Par Docteur J-F HUET • Posté le 21/01/2011 à 13:36 Bonjour,
    Il est tout a fait douteux qu'on soit en mesure de dépasser le niveau des présomptions dans la plupart des décès imputés au MEDIATOR

    Pour prouver sa responsabilité il faut

    1° une prise de MEDIATOR et pas d'un autre dérivé amphétaminique licite ou non,prescrit ou non

    ET

    2° que cette prise médicamenteuse ait entraîné soit une hypertension artérielle pulmonaire documentée soit une valvulopathei caractéristique documentée ou les deux ensemble

    ET

    que ces anomalies aient provoqué une hypertension artérielle pulmonaire mortelle ou un dysfonctionnement ventriculaire d'origine valvulaire mortel

    ET

    qu'aucune co-morbidité associée n'ait pu aboutir au même résultat dans le même temps
    Bon courage à ceux qui veulent VRAIMENT la vérité les autres peuvent continuer à gesticuler
    Dr J-F HUET
  • Par Docteur J-F HUET • Posté le 21/01/2011 à 13:17 Bonjour,
    D'où vient cette nouvelle prétention qui consiste a croire qu'on peut connaître TOUS les effets bénéfiques ou non des médicaments AVANT de les avoir utilisés de façon massive.

    Il faut accepter un certain empirisme en matière thérapeutique TOUS les GRANDS médicaments ont été utilisés AVEC SUCCES parfois BIEN AVANT que le mécanisme intime de leur action soit connu (digitaline dérivés nitrés aspirine...) De plus de nombreuses actions bénéfiques ou nocives sont découvertes régulièrement pour tous les médicaments bien après leur mise sur le marché s'ils sont suffisamment étudiés

    La sécurité totale n'existera JAMAIS et si on la recherche il est à craindre que cela soit au dépens de l'innovation et des essais thérapeutiques dont la plupart se sont révélés bénéfiques pour la population

    Enfin les études rétrospectives actuelles sur le MEDIATOR sont d'une affligeante nullité et leur niveau de preuve n'est pas supérieur à celles tenandt à prouver son efficacité

    Aucune étude au niveau de preuve suffisant pouvant donner lieu à des recommandations de haut grade dans le diabète la dyslipidémie ou l'obésité n'a jamais été publiée concernant le MEDIATOR qui a donc été prescrit et réclamé par les patients d façon TOTALEMENT EMPIRIQUE et maintenu sur le marché par LAXISME PUR

    Son succès s'explique par l'espoir qu'il a suscité de pouvoir traiter ce qu'on appelle "le syndrôme métabolique" de façon commode mais probablement aussi par la dépendance psychique et même physique induites par sa nature amphétaminique
    Dr J-F HUET
  • Par Dudufe • Posté le 21/01/2011 à 12:59 La " Sécu" a continué allègrement à rembouser ce médicament pas forcément efficace et surtout dangereux alors que depuis 2004 elle ne rembourse plus les préparations magistrales phytothérapeutiques efficaces et pas dangereuses.Lobby quand tu nous tiens...

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