Emploi et politiques sociales

Aides publiques à l'exportation : beaucoup de bureaucratie pour peu de résultats

Quelles sont les attentes des entreprises ?

30 avril 2007 • Julien Lamon

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Environ 13 000 entreprises, quasiment toutes des PME, font appel au réseau public d'aides aux exportations, sur un nombre moyen de 100 000 exportateurs annuels, soit moins de 12 % du total, signe d'une faible utilité des aides publiques à l'export. Les sondages auprès des entreprises viennent confirmer cette intuition. Ainsi, déjà en 1995, une étude effectuée auprès de 270 entreprises européennes indiquait que plus des deux-tiers des PME exportatrices n'avaient pas recherché d'aides financières.

Plus récemment, une étude du groupe Altares auprès de 600 PME françaises exportant régulièrement, donnait des résultats édifiants. En effet, seulement 0,8 % des PME citaient « l'accompagnement efficient des autorités françaises nationales et locales » comme facteur clé de réussite à l'exportation. De plus, à peine 56 % des entreprises interrogées considéraient que les concours financiers de l'Etat sont utiles. Chiffres faisant douter de la validité de l'indicateur de la LOLF affichant 97 % de satisfaction chez les entreprises clientes du dispositif UbiFrance !

L'iFRAP a interrogé quelques entrepreneurs, chefs de PME (CA inférieur à 10 millions d'euros) ayant bénéficié d'un appui aux exportations pour connaître l'avis du « terrain ». Tout d'abord, leurs commentaires concordent avec les enquêtes d‘opinion. La clé de la réussite à l'export est la présence sur le terrain pour conquérir de nouveaux marchés. Se développer à l'export engage donc des coûts importants et prend du temps. En moyenne, les différents entrepreneurs rencontrés sont d'accord pour évaluer la durée d'un projet d'export à 3 ou 4 années pour un coût annuel d'environ 100 000 euros. Une trésorerie solide est donc nécessaire pour tenter le pari de l'export, puisque les premières retombées financières ne se produisent qu'après avoir dépensé entre 300 000 et 400 000 euros. Dans ces conditions, les systèmes visant à diminuer les coûts ou garantir les pertes éventuelles sont accueillis favorablement par les différents acteurs. Ainsi, le dispositif VIE, cumulé avec l'assurance prospection Coface et les crédits d'impôt export, judicieusement compatibles (un des points très positifs des dernières réformes du dispositif Cap Export de Christine Lagarde), reçoivent un accueil chaleureux. L'autre facteur clé de succès est l'importance du réseau de connaissances à l'étranger, constitué de consultants et experts du commerce international mais aussi d'entrepreneurs dont le partage de leurs expériences évite bien souvent aux nouveaux entrepreneurs des erreurs lourdes en temps et en argent.

Néanmoins, la multiplicité extrême des acteurs publics qui ne fait que refléter le mille feuille administratif et une multiplicité des aides publiques telles, que les PME et même les correspondants des grands groupes ne s'y retrouvent pas. En effet, les structures amont qui contribuent à alimenter le flux sont multiples : plates-formes d'initiative locale, comités d'agglomération conseils généraux, CCI, CRCI, DRCE, Conseils Régionaux, UbiFrance et bouche à oreille...

Enfin, nombreux sont les entrepreneurs ou les acteurs économiques à considérer que les PME portent également une certaine responsabilité dans la faiblesse du développement à l'export : c'est souvent l'impulsion « gauloise » du moment plutôt qu'une véritable stratégie de développement à l'international qui les décide à franchir le cap. Pourtant, une réflexion préalable est indispensable quand on sait qu'il faut au moins 2 ans pour faire aboutir un projet d'export !

Les PME françaises à l'export : une faiblesse structurelle

Selon les douanes, le nombre d'entreprises françaises exportatrices plafonne autour de 100 000 chaque année, 40 000 d'entre elles seulement exportant tous les ans. La comparaison avec les 200.000 entreprises exportatrices allemandes laisse songeur… Pire, les résultats des dernières années semblent moins bons que ceux de la fin des années 90, ce qui est confirmé, comme nous l'avons vu, par la dégradation du solde commercial ces dernières années. Ce constat est à relativiser en partie, car les exportations des entreprises françaises augmentent encore chaque année, même avec un nombre réduit d'acteurs.


Pourtant, il reste une difficulté majeure qui obère notre succès à l'export, la principale, l'essentielle, liée à la structure de nos PME : leur taille insuffisante. La comparaison avec l'Allemagne est ô combien cruelle : 18% des PME allemandes exportent contre 4% en France : explication limpide qui tient à deux constats :


Plus grande est une entreprise et plus sa propension à exporter est élevée : 2% pour les très petites entreprises (TPE : moins de 10 salariés) à comparer à 22% pour les entreprises de 10 à 250 salariés ;

En France, 93% de TPE contre 64% en Allemagne. En effet, la capacité d'une entreprise à exporter dépend en priorité de sa taille et de sa capacité à se développer. Comme le montre le graphique 4 ci-dessous, réalisé à partir des données Insee sur les années 1997 à 2004, la part du chiffre d'affaires réalisé à l'export croît linéairement avec la taille des entreprises.

Cette croissance est d'autant plus forte et régulière pour les entreprises dont les effectifs sont compris entre 50 et 1 000 personnes, soit les véritables moyennes entreprises dont la France manque cruellement, comme le montrent les statistiques de l'OCDE présentées sur le graphique 5 ci-dessous. La France dépasse ses voisins allemands et anglais en nombre de TPE, mais souffre d'un déficit d'entreprises grosses et moyennes (plus de 50 salariés).

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